Après six mois de guerre commerciale, les exportations chinoises se diversifient
Julien Gouesmat

Les exportations chinoises vers l’Europe ont grimpé de plus de 10 %. (Photo d’illustration.)
Tyrone Siu
Julien Gouesmat

Les exportations chinoises vers l’Europe ont grimpé de plus de 10 %. (Photo d’illustration.)
Tyrone Siu
Ce lundi, les douanes chinoises ont publié les chiffres du commerce du mois d'août. La deuxième économie mondiale voit ses exportations augmenter de seulement 4,4 % sur un an, bien moins que les 5 % anticipés par l'agence Reuters ou les 5,5 % des prévisions de Bloomberg. Même déception du côté des importations qui marquent le pas, avec une hausse de seulement 1,3 %, moitié moins qu'attendu. Les États-Unis sont les principaux clients qui ont manqué à l'appel au cours du mois d'août : les exportations chinoises y ont chuté de 11,8 % par rapport à juillet, selon des calculs de l'AFP.
Si les chiffres paraissent importants, ils sont avant tout le contrecoup d'un commerce plus fort en juillet. En effet, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier a marqué le retour des hostilités commerciales. Les trois premiers mois de présidence ont fait augmenter les tarifs douaniers américains jusqu'à 145 % pour les produits chinois, de quoi largement diminuer les échanges commerciaux entre Washington et Pékin. Alors qu'elle exportait aux États-Unis pour 41 milliards de dollars de biens en janvier, la valeur cumulée des biens envoyés par la Chine à cette même destination ne valait plus que 18 milliards de dollars en juin. Une chute de plus de 54 %.
À la faveur des négociations diplomatiques et commerciales entre les deux pays, les tarifs douaniers ont diminué à partir du mois de mai, rassurant les investisseurs. Le mois de juillet a ainsi permis d'effectuer les nombreuses livraisons en attente, la valeur des exportations chinoises aux États-Unis augmentant de 39 % ce mois-là par rapport au précédent. Mais les chiffres du mois d'août publiés ce lundi sont venus rappeler qu'en dépit des négociations, les taxes douanières restent élevées : 30 % de droit d'entrée dans le territoire américain pour les produits chinois. Après l'effet d'embellie de juillet, nourri par l'écoulement de livraisons longtemps différées, la réalité du commerce reprend vite le dessus.
Cependant, malgré la baisse des échanges sino-américains, certains pans économiques de la Chine continuent de surprendre par leur vigueur. C'est le cas de l'industrie, dont la production continue de croître à la faveur des exportations hors États-Unis. Dans une note publiée en fin de semaine dernière, le cabinet Oxford Economics indiquait relever ses prévisions de croissance de la valeur ajoutée industrielle chinoise à 5,5 % en 2025, la production ayant « largement dépassé nos attentes », précise le cabinet.
Certaines régions bénéficient donc d'une réorientation des flux chinois. C'est particulièrement le cas pour les pays proches de Pékin en Asie du sud-est et Asie centrale. La demande y est forte, notamment en raison des investissements chinois colossaux. C'est la stratégie « China+1 » - développée bien avant le mandat Trump - qui permet de conserver la base industrielle en Chine, mais complétée par une implantation en Asie du Sud-Est. Cette forme de « nearshoring » est connue de longue date pour les pays de l'Association des pays d'Asie du Sud-Est (Asean), où la main-d'œuvre est moins chère qu'en Chine et les conditions plus favorables au commerce. Longtemps considérée comme moins sujette aux tensions géopolitiques, la région a finalement attiré l'attention de Washington, qui a assujetti le Vietnam à des droits de douane de 20 %, la Thaïlande et le Cambodge à 19 %. Toujours moins que les 30 % appliqués à Pékin.
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Moins connue dans la région, cette stratégie s'illustre désormais en Asie centrale. Pilier des « nouvelles routes de la soie », elle reçoit à la fois de nombreux investissements chinois, afin de produire sur place, ainsi qu'un nombre croissant de produits Made in China. Côté commerce, cette stratégie s'est particulièrement illustrée à travers les révélations de Reuters, à la fin juin, au sujet du maquillage de véhicules neufs en véhicules d'occasions par Pékin, afin de les exporter à moindre coût en Asie centrale. De la même manière côté investissement et logistique, « depuis 2022, le Middle Corridor, reliant la Chine à l'Europe, via le Kazakhstan, la mer Caspienne et le Caucase, a gagné en importance stratégique », analyse Matthieu Hébrard dans une note pour l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).
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