Liban : Biden met en garde contre une « guerre généralisée »
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[Article publié le mardi 24 septembre 2024 à 10h17 et mis à jour à 20h37] La crainte d'un embrasement dans la région est de plus en plus forte. L'armée israélienne a annoncé ce mardi de nouvelles frappes visant des infrastructures et des armements du mouvement islamiste Hezbollah au Liban, après une journée de bombardements de grande ampleur lundi au cours de laquelle elle a dit avoir touché environ 1.600 cibles.
« Au cours des dernières heures, l'armée a frappé des cibles terroristes du Hezbollah dans le sud du Liban, notamment des lance-roquettes, des sites d'infrastructures terroristes et des bâtiments dans lesquels des armes étaient stockées », a-t-elle indiqué dans un communiqué.
L'armée de l'Etat hébreu a indiqué ce mardi avoir visé jusque-là « environ 1.600 cibles terroristes dans le sud du Liban et dans la vallée de la Bekaa », des bastions du mouvement pro-iranien qui bombardent régulièrement son territoire, en soutien à son allié gazaoui.
Pour mémoire, les échanges de tirs entre Israël et le Hezbollah - qui a juré de continuer à attaquer Israël « jusqu'à la fin de l'agression à Gaza » - ont gagné en intensité depuis la vague d'explosions des appareils de transmission du mouvement, attribuée à Israël, qui a fait 39 morts, selon les autorités libanaises, les 17 et 18 septembre au Liban.
Au Liban, le dernier bilan de ces frappes « a atteint 558 morts, dont 50 enfants et 94 femmes », a dit le ministre de la Santé Firass Abiad lors d'une conférence de presse mardi, selon lequel 1.835 personnes ont été blessées. Ce bilan « dément toutes les allégations israéliennes selon lesquelles seuls les combattants sont visés », a-t-il ajouté. « La vérité, malheureusement, est que la grande majorité, si ce n'est pas tous, sont des personnes non armées qui se trouvaient dans leurs maisons », a-t-il dit. Il s'agit du plus lourd bilan depuis la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël en 2006.
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« Des dizaines de milliers de personnes ont été forcées de quitter leurs maisons hier et cette nuit, et leur nombre ne cesse d'augmenter, », a par ailleurs déclaré un porte-parole de l'agence de l'ONU. « C'est une catastrophe, un massacre », a déclaré lundi à l'AFP Jamal Badrane, un médecin de l'hôpital du Secours populaire à Nabatiyé, une ville du sud. « Les frappes n'arrêtent pas, ils nous ont bombardés alors qu'on retirait des blessés », a-t-il déclaré.
Dans une vidéo publiée sur X (ex-Twitter), le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a recommandé en fin de journée aux Libanais de « s'éloigner des zones dangereuses » dans l'attente de la fin de « l'opération ». « Une fois notre opération terminée, vous pouvez rentrer en sécurité chez vous », a-t-il assuré. Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a, lui, dénoncé « un plan de destruction » de son pays, où les écoles resteront fermées mardi.
De son côté, le Hezbollah a revendiqué de nouveaux tirs dans la nuit de missiles Fadi 2 vers Israël. L'armée israélienne a bien confirmé avoir détecté une vingtaine de tirs, sans faire état de victimes. En une journée, elle a « neutralisé des dizaines de milliers de roquettes et de munitions », a affirmé le ministre de la Défense, Yoav Gallant, estimant que le Hezbollah vivait sa « semaine la plus difficile depuis sa création » en 1982. En fin de journée ce mardi, le Hezbollah a ajouté avoir visé une base militaire israélienne à proximité de Safed, dans le nord d'Israël, siège du commandement nord de l'armée israélienne. Deux salves de 90 roquettes au total ont été frappées.
Par ailleurs, une source proche du Hezbollah a indiqué mardi qu'un de ses responsables militaires, Ibrahim Kobeissi, avait été tué dans la frappe israélienne menée sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion de la puissante formation pro-iranienne, qui a fait six morts selon les autorités. Selon l'armée israélienne, qui confirme cette information, ce haut gradé commandait plusieurs unités, dont une de missiles guidés de précision, a été visé avec d'autres commandants de la force des missiles et roquettes du Hezbollah.
L'armée israélienne a annoncé ce mardi une « frappe ciblée » à Beyrouth, visant, selon le Hezbollah, le commandant pour le front sud de cette formation, Ali Karaké. La formation a assuré que ce dernier était indemne. Objectif pour Israël ? Inverser le « rapport de forces » dans le nord du pays, commente Benyamin Netanyahou, où il est déterminé à permettre le retour des dizaines de milliers d'habitants déplacés.
Sur la scène internationale, de nombreuses voix s'élèvent pour appeler au calme dans la région. A commencer par celle du président américain, qui lors de son allocution aux Nations unies à New York, a mis en garde mardi contre une « guerre généralisée » au Liban, et estimé qu'il était « temps de finaliser maintenant » un accord de cessez-le-feu à Gaza. « Une guerre généralisée n'est dans l'intérêt de personne. Même avec l'escalade de la situation, une solution diplomatique est toujours possible », a ainsi déclaré Joe Biden.
De son côté, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a averti lundi que le conflit entre Israël et le Hezbollah libanais menaçait de plonger le Moyen-Orient dans « une guerre totale ». Le Haut représentant de l'UE a encore appelé à un cessez-le-feu le long de la Ligne bleue entre le nord d'Israël et le sud Liban où est implanté le Hezbollah. Pour rappel, la Ligne bleue des Nations unies sépare depuis 2000 les forces armées libanaises de celles d'Israël. Depuis New York, où se tient l'Assemblée générale de l'ONU, le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot a, lui, annoncé lundi que Paris demandait la convocation d'une « réunion d'urgence du Conseil de sécurité sur le Liban cette semaine ».
La crainte d'une escalade va dominer à partir de mardi la grand-messe annuelle de l'ONU, à laquelle participera pour la dernière fois le président américain Joe Biden. Malgré un engagement sans relâche depuis près d'un an, la diplomatie américaine semble impuissante à peser sur l'allié israélien. Ce dernier reste sourd aux appels à la désescalade au Liban. Un porte-parole américain a néanmoins assuré que les Etats-Unis allaient présenter des idées « concrètes » pour faire baisser la tension.
Par ailleurs, de nombreux pays, dont la Russie, le Qatar, l'Égypte et la Jordanie, ont fait part de leur inquiétude. Le G7 a souligné qu'« aucun pays n'a à gagner » d'une escalade au Moyen-Orient, pointant le risque d'un « conflit régional aux conséquences inimaginables ». Le Kremlin a dit mardi craindre une « déstabilisation complète » du Proche-Orient.
« Nous prêtons une attention particulière à l'évolution de la situation régionale, en particulier aux récentes explosions d'équipements de communication au Liban et sommes fermement opposés aux attaques aveugles contre les civils », a indiqué lundi de son côté le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi lors d'un entretien bilatéral à New York, en ajoutant que Pékin serait « toujours aux côtés » du Liban, selon un communiqué de son ministère diffusé mardi.
Au Moyen-Orient, l'Irak a dit vouloir une « réunion urgente » des pays arabes en marge de l'Assemblée générale de l'ONU pour « stopper » Israël, que la Turquie a accusé de vouloir « mener toute la région au chaos ». Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a également accusé Israël, ennemi juré de Téhéran, de vouloir « élargir » le conflit.
Dans la soirée, le Hamas palestinien a exigé une « action immédiate » de l'ONU pour mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza, affirmant son refus de nouvelles négociations en vue d'un cessez-le-feu qui donneraient à Israël « une couverture pour poursuivre son agression ».
Dimanche, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres s'était déjà inquiété que le Liban devienne un « autre Gaza ». D'ailleurs, il a estimé qu'il était « évident » que ni Israël, ni le Hamas, « ne souhaitaient réellement » un cessez-le-feu.
Pour rappel, la guerre dans la bande de Gaza a éclaté le 7 octobre 2023, quand le Hamas a mené une attaque dans le sud d'Israël qui a entraîné la mort de 1.205 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur les chiffres officiels israéliens qui inclut les otages morts ou tués en captivité à Gaza. Sur les 251 personnes enlevées, 97 sont toujours retenues à Gaza dont 33 déclarées mortes par l'armée.
En représailles, Israël a juré de détruire le mouvement islamiste palestinien, au pouvoir à Gaza depuis 2007 et qu'il considère comme une organisation terroriste de même que les Etats-Unis et l'Union européenne. L'offensive lancée par son armée à Gaza a fait jusque-là au moins 41.467 morts, en majorité des civils, selon les données du ministère de la Santé du gouvernement du Hamas, jugées fiables par l'ONU. Elle y a aussi provoqué un désastre humanitaire.
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(Avec AFP)
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