Liban : le Hezbollah réplique et tire un missile balistique sur Israël
latribune.fr
Le Hezbollah libanais a justifié le lancement de ce missile sur le QG du Mossad car ce dernier est, selon lui, « responsable de l'assassinat de [ses] dirigeants » et « des explosions des bipeurs et des talkie-walkies ».
Dado Ruvic
Liban : le Hezbollah réplique et tire un missile balistique sur Israël
Le Hezbollah libanais a annoncé ce mercredi avoir tiré un missile balistique près de Tel-Aviv, en Israël, que la défense antimissile israélienne assure avoir intercepté. C’est la première fois depuis près d'un an de violences que le mouvement islamiste libanais lance un missile sur l’État hébreux, renforçant les craintes d’une généralisation du conflit au Moyen-Orient.
[Article publié le mercredi 25 septembre 2024 à 10h48, mis à jour à 16h18]Pour la première fois depuis le début des violences au Moyen-Orient - au lendemain du début de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023 -, le Hezbollah a annoncé avoir lancé un missile balistique sur Israël. Dans un communiqué, le puissant mouvement pro-iranien a précisé avoir « lancé un missile balistique Qader 1 à 06h30 (5h30 heure de Paris, ndlr) mercredi (...) visant le quartier général du Mossad (service de renseignements extérieurs israéliens, ndlr)dans la banlieue de Tel-Aviv ».
L'armée israélienne, de son côté, a assuré avoir intercepté le missile tiré depuis le Liban. « À la suite des sirènes qui ont retenti dans les régions de Tel-Aviv et de Netanya, un missile sol-sol a été identifié en provenance du Liban et a été intercepté par la défense aérienne », a indiqué un porte-parole militaire. Un autre a précisé que « c'est la toute première fois qu'un missile du Hezbollah atteint la région de Tel-Aviv ».
Ce tir constitue une « escalade » de la part du Hezbollah, a déclaré le lieutenant-colonel Nadav Shoshani lors d'un point presse. « Le Hezbollah essaie sans aucun doute d'aggraver la situation (...), ils essaient de terroriser de plus en plus de gens », a-t-il ajouté. L'armée a indiqué par la suite dans un communiqué avoir frappé le lanceur d'où le missile avait été tiré dans la région de Nafakhiyeh, au Liban. Ce dernier annonce 51 morts et plus de 220 blessés dans les frappes israéliennes de mercredi, a-t-on appris en milieu d'après-midi.
L'armée israélienne a par ailleurs annoncé mercredi le rappel de deux brigades de réserve qui vont être déployées dans le nord du pays, région faisant face à des tirs de roquettes quotidiens du mouvement islamiste Hezbollah au Liban, contre lequel Israël multiplie les bombardements depuis dimanche.
Réplique contre réplique
Le Hezbollah libanais a justifié le lancement de ce missile sur le QG du Mossad car ce dernier est, selon lui, « responsable de l'assassinat de [ses] dirigeants » et « des explosions des bipeurs et des talkie-walkies ». Pour rappel, les 17 et 18 septembre derniers, une série d'explosions d'appareils de transmission utilisés par des membres du mouvement islamiste libanais, attribuée à Israël, a eu lieu au Liban, causant 39 morts selon les autorités libanaises. Quelques jours plus tard, le 20 septembre, une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth a décapité l'unité d'élite du mouvement, al-Radwan, dont son chef Ibrahim Aqil.
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D'autres frappes israéliennes ont été menées par la suite depuis lundi, visant les bastions du Hezbollah dans le sud et l'est du Liban ainsi que dans la banlieue sud de Beyrouth. Parmi les victimes de l'une d'elle, mardi, un autre responsable militaire du Hezbollah, Ibrahim Mohammed Kobeissi. Ce mercredi, le ministère de la Santé libanais a annoncé que 23 nouvelles personnes ont été tuées dans des raids israéliens sur plusieurs localités.
Israël s'est affiché déterminé à poursuivre son assaut. « Nous continuerons de frapper le Hezbollah », a promis mardi le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Preuve en est dans la nuit de ce mardi à mercredi : des avions de chasse israéliens ont mené une série de frappes sur des cibles du Hezbollah sur le territoire libanais, selon l'armée, qui a dit avoir « frappé des terroristes opérant au sein de l'infrastructure terroriste, des installations de stockage d'armes, des lanceurs et d'autres cibles terroristes du Hezbollah », selon un communiqué. L'ambassadeur de l'État hébreux à l'ONU, Danny Danon, a pourtant assuré mardi qu'Israël n'avait « aucun désir » d'envahir le Liban au sol et préfèrerait une solution diplomatique.
Ces frappes aériennes s'ajoutent aux échanges de tirs transfrontaliers entre le Hezbollah et l'armée israélienne, qui ont commencé après le début de la guerre dans la bande de Gaza entre Israël et le Hamas, déclenchée par l'attaque du mouvement islamiste palestinien le 7 octobre sur le territoire israélien. Ces échanges de tirs ont provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes de chaque côté de la frontière israélo-libanaise.
Inquiétude sur la scène internationale
Dans ce contexte, de nombreux dirigeants ont appelé au calme dans la région. Cet acte « est assurément vivement inquiétant, évidemment pour les Israéliens, mais également pour nous », a déclaré à CNN ce mercredi, John Kirby, porte-parole du Conseil de défense nationale de la Maison Blanche.
« Une guerre généralisée n'est dans l'intérêt de personne », avait rappelé le président américain Joe Biden, la veille. Et d'insister : « Même s'il y a une escalade de la situation, une solution diplomatique est toujours possible. En fait, cela reste la seule voie possible vers une sécurité durable permettant aux habitants des deux pays de rentrer en toute sécurité chez eux à la frontière ». Des propos jugés toutefois « ni forts, ni encourageants » par le chef de la diplomatie libanaise, Abdallah Bou Habib, et qui « ne vont pas résoudre le problème libanais », selon lui.
La crainte que le conflit entre Israël et le Hezbollah libanais plonge le Moyen-Orient dans « une guerre totale » a aussi été mise en avant lundi par le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.
Certains pays ont ouvertement condamné les actions d'Israël. La guerre dans la bande de Gaza est un « crime de génocide », a ainsi dénoncé l'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, tandis que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a accusé l'État hébreux « d'entraîner toute la région dans la guerre ». Un avis partagé par les chefs de la diplomatie d'Égypte, d'Irak et de Jordanie. « Israël pousse la région vers une guerre ouverte », ont-ils déploré ce mercredi, dans un communiqué commun.
De son côté, la Chine a indiqué soutenir l'Iran « dans la sauvegarde de sa souveraineté, de sa sécurité, de son intégrité territoriale et de sa dignité nationale ». « Quelle que soit l'évolution de la situation internationale et régionale, la Chine sera toujours un partenaire digne de confiance pour l'Iran », a affirmé ce mercredi le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, au président iranien Massoud Pezeshkian, selon des propos rapportés par la télévision d'État CCTV.
Ce conflit et son risque d'escalade devrait en tout cas continuer de dominer la 79e session de l'Assemblée générale des Nations unie, qui se tient toute la semaine à New York, sur le thème « Ne laisser personne de côté : agir ensemble pour la paix, le développement durable et la dignité humaine des générations présentes et futures ». Pleinement d'actualité.