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Carlos Ghosn se pose en victime d'un complot, orchestré par "une poignée d'individus sans scrupules"

latribune.fr

Publié le 08 janvier 2020 à 15:25 - Mis à jour le 08 janvier 2020 à 16:48

L'homme d'affaires fait l'objet de quatre inculpations au Japon.

L'homme d'affaires fait l'objet de quatre inculpations au Japon.

Reuters

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Au cours d'une allocution très attendue, l'homme d'affaires de 65 ans a directement mis en cause Nissan, coupable, selon lui, de "collusion" avec le parquet japonais. L'industriel, qui fait l'objet de quatre inculpations, n'hésite pas à parler de "coup monté".

L'ancien PDG de Renault-Nissan Carlos Ghosn a dénoncé, ce mercredi, un "coup monté" contre lui et s'est dit décidé à "laver son honneur", lors de sa première apparition publique à Beyrouth depuis sa fuite rocambolesque du Japon, où il est accusé de malversations financières.

Devant un parterre de quelque 150 journalistes méticuleusement choisis par son équipe de communication, le capitaine d'industrie déchu, théâtral et doigt accusateur, l'a proclamé: "présumé coupable" par le système judiciaire japonais, il n'avait "d'autre choix" que de fuir face à des accusations "sans fondements". "J'étais otage" au Japon, a-t-il ajouté, arguant de son "innocence". L'homme s'est dit "prêt à rester longtemps" au Liban, tout en précisant qu'il était "prêt à être jugé n'importe où à condition d'avoir un procès équitable".

M. Ghosn, 65 ans, qui fait l'objet de quatre inculpations au Japon, a dénoncé la "collusion, partout" entre Nissan et le procureur japonais, particulièrement au sujet de son arrestation, "un coup monté" selon lui, alors qu'il s'apprêtait à organiser une fusion entre Renault et Nissan. "Mon calvaire inimaginable résulte d'une poignée d'individus sans scrupules et vindicatifs", a-t-il insisté.

"J'ai été arraché à ma famille et mes proches", a dénoncé, débout et gesticulant, Carlos Ghosn.

Présent pour"laver son honneur"

Interpellé en novembre 2018 à la descente de son jet au Japon, l'homme d'affaires avait été libéré sous caution en avril 2019, au terme de 130 jours d'incarcération.

Assigné à domicile, il avait interdiction de quitter le Japon dans l'attente d'un procès dont la date n'avait pas été fixée, ainsi que de contacter son épouse Carole, visée par un mandat d'arrêt japonais pour faux témoignage.

"Je n'ai pas fui la justice, j'ai échappé à l'injustice et à la persécution", a-t-il martelé en anglais - après un préambule décliné en arabe et en français également.

Il a alors assuré se présenter devant les médias du monde entier pour "laver son honneur", tandis que des documents défilaient derrière lui pour soutenir son propos.

Selon lui, ses avocats lui ont dit qu'il risquait d'attendre cinq ans avant le verdict de son procès, une manière pour lui de justifier encore son statut de fugitif.

Quatre inculpations

S'il a prévenu qu'il n'était pas "là pour raconter comment [il] a fui le Japon", le récit de cette fuite rocambolesque a tenu en haleine les médias et a suscité l'ouverture d'enquêtes au Japon et en Turquie, où M. Ghosn - détenteur des nationalités française, libanaise et brésilienne - a fait escale.

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Carlos Ghosn est soupçonné de s'être enfui en prenant un jet privé à l'aéroport international du Kansai, près d'Osaka (ouest japonais), avec deux complices présumés, de nationalité américaine, selon la télévision japonaise.

Il aurait échappé aux contrôles en se cachant dans un caisson de matériel pour des concerts, selon des médias japonais.

"C'est moi seul qui ai organisé mon départ", avait-il martelé avant la conférence. Carole Ghosn a elle assuré qu'elle n'était "au courant de rien" concernant la fuite de son mari.

M. Ghosn fait l'objet de quatre inculpations au Japon: deux pour abus de confiance aggravé et deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (aussi poursuivi sur ce volet), notamment des montants qu'il devait toucher après sa retraite estimés par la justice à 9,23 milliards de yens (74 millions d'euros) de 2010 à 2018.

En amont de sa conférence, le magnat déchu de l'automobile avait affirmé à une chaîne de télévision américaine posséder des "preuves réelles" montrant qu'on voulait le faire tomber au Japon et qu'il allait donner des noms.

"Complot"

Le Liban, qui n'a pas d'accord d'extradition avec le Japon, a reçu une demande d'arrestation d'Interpol. M. Ghosn pourrait être entendu par le parquet général, comme l'impose la procédure, selon une source judiciaire. Beyrouth affirme qu'il est entré "légalement" au Liban muni d'un passeport français.

Les autorités japonaises ont dénoncé une évasion "injustifiable", tandis que le groupe automobile Nissan l'a qualifiée d'"extrêmement regrettable".

Depuis le début, M. Ghosn, ses proches et sa défense soutiennent qu'il a été victime d'un "complot" ourdi par Nissan, avec la complicité des autorités japonaises.

"Qui faisait partie de ce complot ?, a interrogé Carlos Ghosn, devant les journalistes réunis ce mercredi. À l'évidence [Hiroto] Saikawa [ancien DG de Nissan, poussé à la démission pour avoir touché des rémunérations indues] en faisait partie, Hari Nada [ancien bras droit de Carlos Ghosn] en faisait partie et [Toshiaki] Onuma [responsable du secrétariat chez Nissan]. Mais il y a bien d'autres personnes. [Masakazu] Toyoda, membre du conseil d'administration, faisait le lien entre le conseil de Nissan et les autorités.

L'industriel a toutefois précisé qu'il n'accusera pas de responsables japonais "pour ne pas nuire au Liban".

Des procureurs ont tenté mercredi de fouiller les bureaux d'un de ses avocats, Junichiro Hironaka, et de saisir des ordinateurs mais l'accès leur a été refusé, les avocats invoquant la "confidentialité entre un avocat et son client".

Son équipe juridique en France a fustigé les accusations de Nissan, qui affirme avoir des preuves contre M. Ghosn, quelques heures avant la conférence de presse, qualifiant l'enquête du constructeur automobile japonais de "grosse déformation de la vérité".

Cette enquête "a été lancée et entreprise dans le but spécifique et prédéterminé d'écarter Carlos Ghosn", ont ajouté ses avocats dans un communiqué.

"Il n'y a plus d'alliance"

L'ancien PDG de Renault-Nissan a par ailleurs affirmé que ces deux sociétés automobiles avaient perdu, depuis son arrestation au Japon en novembre 2018, des dizaines de millions de dollars par jour.

"La valorisation de Nissan depuis mon arrestation a baissé de plus de 10 milliards de dollars. Ils ont perdu plus de 40 millions de dollars par jour pendant cette période", a-t-il dit aux journalistes.

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"C'est pas mieux pour Renault, parce que la valorisation de Renault a baissé, depuis mon arrestation, de plus de 5 milliards d'euros, ce qui signifie 20 millions d'euros par jour", a-t-il ajouté.

Au sujet de l'alliance Renault-Nissan, Carlos Ghosn a affirmé qu'elle n'existait plus.

"Il n'y a plus d'alliance. L'alliance a raté l'immanquable avec Fiat Chrysler. C'est incroyable, ils se sont alliés à PSA. Comment peut-on rater une occasion énorme de devenir un acteur dominant de son secteur ?"

(Avec AFP et Reuters)

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