Climat et biodiversité : comment la planète devrait se mettre à la diète

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Selon le régime préconisé, la consommation de fruits, légumes, légumineuses et oléagineux devrait doubler.
Selon le régime préconisé, la consommation de fruits, légumes, légumineuses et oléagineux devrait doubler. (Crédits : Pexels/CC0 License.)
37 experts proposent un "régime planétaire mondial", permettant de nourrir mieux 10 milliards de personnes en 2050 tout en respectant l'environnement. Il exigerait une véritable "nouvelle révolution agricole mondiale", mais ses objectifs resteraient "atteignables".

Une variété d'aliments végétaux, des graisses surtout non saturées, et de faibles quantités d'aliments d'origine animale, de céréales raffinées, d'aliments ultra-transformés et de sucres ajoutés : ce n'est plus seulement la recette des nutritionnistes pour améliorer la santé individuelle, mais aussi celle d'une panoplie de chercheurs pour assurer la survie de la planète. À l'issue d'un projet de trois ans, 37 experts en santé, nutrition, développement durable, systèmes alimentaires, économie et gouvernance politique, provenant de 16 pays, proposent dans un rapport publié par la revue médicale The Lancet et la Fondation EAT un "régime planétaire mondial", permettant de nourrir mieux 10 milliards de personnes en 2050 tout en respectant l'environnement.

14 grammes de viande rouge, 500 de fruits et légumes

Selon le régime préconisé, environ 35% des 2.500 calories assumées par jour devrait être constitué de céréales intégrales et tubercules, alors que 15% devrait provenir des protéines, de préférence végétales mais aussi animales. La consommation mondiale de viande rouge devrait diminuer de 50% (pour être plafonnée à 14 grammes par jour), comme celle de sucre. La consommation de fruits, légumes, légumineuses et oléagineux devrait en revanche doubler : le régime inclut 500 grammes de fruits et légumes quotidiens.

L'application de ces objectifs globaux devrait toutefois tenir compte de la situation dans les divers pays, précise le rapport. Ainsi, si les pays d'Amérique du Nord devraient diviser par 6,5 leur consommation actuelle de viande rouge, ceux d'Asie du Sud pourrait encore la doubler. L'objectif des chercheurs est en effet surtout d'établir des références communes fondées sur les meilleurs données scientifiques disponibles, pouvant ensuite être déclinées localement en fonction des économies et des cultures locales.

Moins de morts prématurés et de pollution

Un tel régime permettrait en premier lieu d'éviter la mort prématurée d'environ 11 millions de personnes par an, due à des régimes aujourd'hui souvent soit trop pauvres soit trop riches, selon les latitudes. Il améliorerait notamment les apports d'acides insaturés et de micro-nutriments.

Le "régime planétaire" permettrait également d'éviter l'impact négatif que le système alimentaire a aujourd'hui sur la planète.

« Notre définition d'une production alimentaire durable implique qu'on n'utilise pas de terres supplémentaires, qu'on préserve la biodiversité existante, qu'on réduise l'utilisation d'eau et qu'on la gère de manière responsable, qu'on réduise substantiellement la pollution d'azote et de phosphore, qu'on produise zéro émissions de dioxyde de carbone, et qu'on n'augmente aucunement les émissions de méthane et d'oxyde nitreux », explique le professeur Johan Rockström, codirecteur de la commission.

L'étude calcule notamment qu'afin de nourrir sainement 10 milliard de personnes en 2050, les émissions de méthane et d'oxyde nitreux - les principales émissions de gaz à effet de serre dues à l'agriculture -, devraient rester proches de celles de 2010 (5,2 gigatonnes), à savoir comprises entre les 4,7 et les 5,4 gigatonnes.

« Cela suggère que le la décarbonisation du système énergétique mondial doit progresser plus rapidement que prévu pour faire face à la nécessité de nourrir sainement les humains sans endommager davantage la planète », concluent-ils.

"Une collaboration et un engagement mondiaux sans précédent"

Le nouveau régime exigerait toutefois une véritable « nouvelle révolution agricole mondiale », impliquant « une collaboration et un engagement mondiaux sans précédent ». Elle passerait tout d'abord par des politiques facilitant l'accès à cette alimentation plus saine et durable, y compris financièrement. Elle demanderait aussi la mise en place de stratégies visant à privilégier la diversité des productions végétales aux dépens du modèle intensif.

La "révolution" impliquerait également une gestion plus équitable de l'utilisation des terres et des océans, incluant des actions de protection et restauration. Enfin, le rapport évoque la nécessité de réduire le gaspillage alimentaire : dans les pays à bas ou moyens revenus, en accroissant les investissements dans les infrastructures et les technologies afin de mieux y préserver les aliments, et dans les pays riches, en améliorant les habitudes de consommation et la logistique.

« La transformation que réclame la commission n'est ni superficielle ni simple, et demande des systèmes, des incitations et des réglementations complexes, avec des communautés et des gouvernements qui, à divers niveaux, ont un rôle à jouer dans la redéfinition de notre alimentation », observe Richard Horton, rédacteur en chef de The Lancet.

Le professeur Tim Lang - que La Tribune a déjà interviewé -, abonde en ce sens :

« Bien que des transformations majeures des systèmes alimentaires aient eu lieu en Chine, au Brésil, au Vietnam et en Finlande au XXe siècle, montrant que les régimes alimentaires peuvent changer rapidement, l'humanité n'a jamais cherché à changer le système alimentaire aussi radicalement, rapidement ou massivement [que nous le proposons aujourd'hui]. »

"Notre relation avec la nature tient la réponse"

Ce dernier met toutefois en garde : « Tout retard augmentera la probabilité de ne pas atteindre des objectifs cruciaux en matière de santé et de climat ». La bonne nouvelle est néanmoins que les objectifs fixés sont « atteignables, et il existe des opportunités pour adapter les politiques internationales, locales et commerciales », tempère-t-il.

« Notre relation avec la nature tient la réponse, et si nous pouvons manger d'une manière qui fonctionne pour notre planète ainsi que pour notre corps, l'équilibre naturel des ressources de la planète sera rétabli. La nature même qui aujourd'hui disparaît détient la clé de la survie humaine et planétaire », ajoute Richard Horton.

Selon les auteurs, les objectifs scientifiques définis dans le rapport doivent justement constituer la base sur laquelle conduire le changement.

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Commentaires
a écrit le 20/01/2019 à 11:57 :
cette article me fais penser qu il sufirais pour aide les gens a manger sainement qu ils sufirais de crees un teks avec des legume en mélangent avec sufissament de viande pour permentre a des milliers de gens a mange sainement alors faissons cela,?CELA LIMITERAIS NOTRE PRODUCTION DE VIANDE QUI DEMANDE TROP D ENERGIE NEGATIVE /TOUS EN Y FAISSANT DE L AGRICULTURE BIO?ON POURRAIS LES STESTES DANS LES QUANTINES SCOLAIRES AFINS QUE LES ENFANTS MANGENT PLUS EQUILIBRES???
a écrit le 19/01/2019 à 17:35 :
Le problème c'est :
10 milliards d'individus, les problèmes qui vont se poser ...et que je ne vois pas se regler dans la sérénité compte tenu du système économique ET financier, des contraintes écologiques, des objectifs du complexe-militaro-industriel, agro-economique, énergétique... J'y vois pas beau en terme de barbarie.
a écrit le 19/01/2019 à 9:54 :
Merci de me donner l'occasion de présenter ma soumission aux oligarques.
il est évident que moi mâle blanc suis responsable de tout, y compris des problèmes de la planète.
Je promet de faire amende honorable sans regarder de gauche et de droite sur les dégâts environnementaux causé par les immenses infrastructures inutiles, les jets privés, les conf type Davos et surtout l'incapacité de nos politiques à financer une réelle recherche publique.
a écrit le 18/01/2019 à 20:59 :
C’est un bon concept mais malheureusement la préparation d’acceptation se passe d’abord dans la psychologie des humains.
a écrit le 18/01/2019 à 15:47 :
Faudrait commencer par réduire la natalité, surtout dans les pays qui sont des bombes démographiques en devenir. Faire 4, 5 ou 6 enfants dans une terre peuplée de 7 milliards de d'humains est irresponsable! Sans parler que cela obère toute chance de développement économique dans ces pays. L'immigration devenant la seule perspective...
Réponse de le 18/01/2019 à 16:08 :
Encore un génie...
Réponse de le 19/01/2019 à 10:35 :
"réduire la natalité" Quelques françaises y ont pensé, le seul problème c'est qu'en France nous sommes, démographiquement, sur la pente savonneuse de la régression. Mais bon, ils y a des imbéciles partout, en ce moment, surtout chez nous.
Réponse de le 20/01/2019 à 12:12 :
REPONSE A JCML :LA PRISE DECONSIENCE DE JEUNES DE NE PAS AVOIR D ENFANT ET TRES SAINE.? ET JE LES AMIRE POUR CELA? CAR MOI JE N AURAIS PAS AIME VIVRE SANS ENFANTS ?MAIS JE ME SUIS LIMITE A DEUX. /PAR CONPTE POUR LES PAYS EN VOIES DE A FORTE NATALITE ILS LEURS MANQUE UNE EDUCATION SUR LE RISQUE DAVOIR TROP D ENFANTS AUX NIVEAUX DES PROBLEMES QUE CELA PEUR ENGENDRE POUR L AVENIR DE L HUMANITE?/ JE SAIS QUE SOUVENT C EST DU A LEURS EDUCATION ? IL EXISTE DES OMG QUI LES EDUQUE MAIS C EST UN TRAVAIL TRES LONG QUI SE HEURTE SOUVENT AUX RELIGIONS DE CES PAYS???
a écrit le 18/01/2019 à 14:03 :
Il me semble que ces "experts sont complètement passés à côté d'une mesure pourtant évidente et bien plus simple à mettre en oeuvre que notre transformation en herbivores: diminuer drastiquement la croissante folle de la population mondiale, en commençant par s'attaquer urgemment aux pays à la natalité complètement incontrôlée et insoutenable. Et que l'on ne vienne pas dire que c'est impossible: la Chine l'a fait en 2 générations seulement. Il suffit juste d'un peu de méthode et de "motivation"; et ça commence par l'accès des femmes à l'education.
Réponse de le 18/01/2019 à 16:08 :
@Polaris : je cite "une mesure pourtant évidente et bien plus simple à mettre en oeuvre " ; "Il suffit juste d'un peu de méthode et de "motivation"". Vous êtes au courant que vous ne jouez pas à un jeu vidéo ?
Croyez moi, le premier fléau dans le monde c'est la bêtise crasse des gens comme vous. Ce qui me fait vraiment peur c'est que vous n'êtes pas le seul, loin de là.
a écrit le 18/01/2019 à 9:16 :
On attend donc l'interdiction de la propagande agro-industrielle au sein des médias de masse qui nous envahissent de publicité pour nous inciter à consommer leurs produits trafiqués.

Ben vous êtes partis où tous !?

Ah mais oui c'est encore le citoyen dépossédé de tout qui doit faire l'effort, vachement crédible.

Le blabla et donc notre anéantissement en marches. On voit bien que les propriétaires de capitaux et d'outils de production ont parfaitement validé le fait de ne régner plus que sur un milliards d'habitants.

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