COP27 : en Égypte, une conférence décisive pour les pays du Sud, en première ligne face aux impacts du changement climatique

Pour la première fois depuis 2016, la conférence des Nations unies sur le changement climatique se tiendra sur le continent africain. Compte tenu du contexte économique, géopolitique et énergétique, les discussions s'annoncent particulièrement difficiles mais les pays du Sud pourraient reprendre la main sur les négociations. Particulièrement exposés aux effets du réchauffement climatique alors même qu'ils sont très peu émetteurs de gaz à effet de serre, ils réclament des compensations financières pour leurs « pertes et dommages » de la part des pays riches. Si un accord n'était pas trouvé sur ce point, cela affaiblirait considérablement le sentiment de confiance, déjà très fragilisé.
(Crédits : Photo by Markus Spiske on Unsplash)

Chaque année, l'espoir renaît. Malgré les déceptions de l'édition précédente, les fortes attentes pour la lutte contre le changement climatique ressurgissent à la veille de chaque conférence pour le climat. La COP27, qui se tiendra du 6 au 18 novembre prochain à Charm el-Cheikh en Egypte, ne déroge pas à la règle. « Un changement pourrait s'opérer », veut croire Thibaud Voïta, chercheur associé au Centre énergie et climat de l'Institut français des relations internationales (Ifri) et auteur de la publication COP27 : l'Egypte peut-elle donner un nouveau souffle aux conférences sur le climat ? Mais à cet espoir se greffe la réalité et toute sa complexité. « Les chantiers inachevés de la COP de Glasgow, l'aggravation de la crise climatique, les tensions sur les marchés des hydrocarbures et les risques de récession économique laissent présager d'une COP27 particulièrement difficile », écrit ainsi l'auteur.

L'année dernière, la COP26 de Glasgow avait, en effet, laissé derrière elle un goût d'inachevé. Les images de son président Alok Sharma, en larmes lors de la clôture des négociations, trahissaient la portée très limitée du pacte conclu par les quelque 200 pays réunis pour accélérer la lutte contre le changement climatique. Et pour cause, l'accord signé ne permet ni de tenir l'objectif de hausse des températures sous les 1,5°C, ni de répondre aux demandes pressantes d'accompagnement des pays pauvres, en première ligne face aux effets du réchauffement climatique.

Première COP en Afrique

Néanmoins, la COP27, la première à se tenir sur le continent africain depuis 2016, pourrait constituer un point de bascule. « On sort des COP européennes et on peut s'attendre à une reprise en main des pays du Sud, qui souffrent de plus en plus de l'impact du changement climatique. L'accent va être porté sur les problématiques d'adaptation », pointe Thibaud Voïta. Par ailleurs, Simon Stiell a repris en août dernier les rênes de l'ONU climat. « Est-ce que cela sera synonyme d'accélération des réformes et des processus ? », s'interroge Thibaud Voïta. Dans tous les cas, sa nomination constitue un signal fort car l'homme, jusqu'alors ministre de l'Environnement et de la résilience climatique de Grenade, vient d'un pays particulièrement vulnérable au changement climatique. Et il s'est, par le passé, engagé pour des politiques climatiques très ambitieuses, souligne le chercheur.

Cette année, les attentes des pays pauvres se concentrent surtout autour d'un mécanisme de compensation des pertes et préjudices. Les pays les moins développés sont, en effet, plus frappés par les effets du dérèglement climatique, tout en étant les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre.

« Les 46 pays les moins développés de la planète abritent 14% de la population mondiale et sont responsables d'à peine 1% des émissions de CO2 issues des énergies fossiles », rappelle ainsi Thibaud Voïta.

« Ce sujet des pertes et préjudices a été mis pour la première fois sur la table il y a 30 ans. Cela désigne les conséquences irréversibles du changement climatique. Lorsque s'adapter ne sert plus à rien », explique Fanny Petitbon de l'ONG Care. Cela peut être les dégâts causés par des événements météorologiques intenses, comme un ouragan ou des inondations. Mais cela peut être aussi le résultat de phénomènes à occurrence lente comme l'érosion côtière, la montée des eaux ou encore une sécheresse. Cela concerne des pertes économiques, comme la destruction d'infrastructures, des routes, des écoles, mais aussi des pertes non économiques, comme la disparition de cultures, de territoires ou encore les déplacements migratoires forcés.

Les lignes bougent sur « les pertes et les préjudices »

Le coût économique de ces pertes pourrait s'élever à 580 milliards de dollars par an en 2030, mais jusqu'à présent les pays développés ont refusé d'accepter un texte qui reconnaîtrait leur responsabilité et pourrait de fait avoir des conséquences légales. Lors de la COP précédente, la proposition de création d'un fonds dédié n'a pas été suivie. A la place, « les discussions ont conduit seulement à un dialogue d'une durée de trois ans », regrette Aurore Mathieu, responsable politiques internationales du Réseau action climat.

« Les pays du Nord craignent de devoir verser des compensations extrêmement importantes, mais la pression est telle que les lignes sont en train de bouger, notamment parce que la Wallonie, l'Ecosse et le Danemark ont ouvert la porte à de possibles compensations », explique Thibaud Voïta. La compensation des « pertes et préjudices » est « un sujet compliqué » mais « nous sommes prêts à en discuter », a indiqué récemment la ministre tchèque Anna Hubackova.

« Un accord sur les pertes et dommages sera le principal test décisif pour la COP », a déclaré Antonio Guterres, le secrétaire général de l'Onu lors de la pré-COP27, qui s'est tenue au début du mois d'octobre en République démocratique du Congo (RDC). « Nous savons que des personnes et des nations souffrent actuellement. Elles ont besoin de décisions significatives maintenant. Le fait de ne pas agir sur les pertes et les dommages entraînera une plus grande perte de confiance et davantage de dommages climatiques. C'est un impératif moral qui ne peut être ignoré et la COP27 doit être le lieu d'action sur les pertes et dommages », a-t-il expliqué. Comme sources supplémentaires de revenus, le secrétaire général propose notamment d'instaurer une taxe exceptionnelle sur les superprofits des sociétés pétrolières et gazières.

Le chercheur Thibaud Voïta doute toutefois que ce nouvel élan se traduise par des obligations juridiques contraignantes. « Cela se traduira plutôt par des engagements, avec toute la fragilité autour de ces engagements », pointe-t-il en faisant référence à un deuxième sujet particulièrement sensible : celui des finances.

Un sujet de confiance internationale

En effet, en 2009, lors de la conférence de Copenhague, les pays développés s'étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 en faveur des pays en développement pour financer leurs actions de lutte contre le changement climatique. Mais la promesse n'a pas été tenue. Selon l'OCDE, les aides n'ont atteint que 83,3 milliards de dollars. Le Conseil européen « s'attend à ce que cet objectif soit atteint en 2023 », assure un texte adopté en début de semaine en vue de la COP 27, sans donner d'autre nouvelle cible chiffrée.

« Par ailleurs, seuls 21 milliards d'euros ont été versés sous formes de dons, le reste a été versé sous forme de prêts », pointe Guillaume Compain d'Oxfam France. « La qualité de ce financement peut aussi être discutée », ajoute-t-il, alors que dans certains cas les projets financés ne prendraient en compte le climat que de manière marginale. « Il y a un vrai sujet de confiance internationale. Les pays en développement attendent beaucoup plus des pays riches, notamment au niveau de l'adaptation, alors que plus de deux tiers des financements climat ciblent l'atténuation et non l'adaptation », explique Guillaume Compain.

Pour rappel, la lutte contre le changement climatique implique deux volets : l'atténuation qui consiste à réduire les émissions des gaz responsables du réchauffement de l'atmosphère et l'adaptation qui consiste à élaborer des solutions facilitant l'adaptation de la planète à ses conséquences.

Une COP moins inclusive

Alors que les précédentes COP avaient vu une très forte participation de la société civile, notamment marquée par les succès médiatiques de Greta Thunberg, la COP27 risque d'être moins inclusive, pointe Thibaud Voïta. "La mobilisation sur place sera extrêmement encadrée et prédéfinie par la présidence égyptienne", prévient également Aurore Mathieu du Réseau action climat, alors que des associations locales se sont déjà plaintes d'être exclues. "Les ONG étrangères pourraient avoir des problèmes de visa et les militants égyptiens feraient face à la répression du gouvernement", ajoute Thibaud Voïta. Le chercheur relève un autre motif d'exclusion, celui du prix exorbitant des chambres d'hôtels pour se loger sur place. Un minimum de 500 dollars par nuit aurait ainsi été imposé. Une somme considérable pour les délégations des pays en développement et pour les ONG.

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Commentaire 1
à écrit le 26/10/2022 à 15:31
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Ah, du coup, c'est plus "luttons contre le réchauffement", mais plutôt "comment va-t-on gérer le réchauffement", faut le dire, si on change d'objectif

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