Comment l'argent de la Banque mondiale pour les pays pauvres s'évapore vers les paradis fiscaux

Le "taux de fuite" moyen de l'aide envoyée vers les pays pauvres (en clair: l'argent détourné) est estimé à environ 7,5%, ont calculé des chercheurs au détour d'une étude réalisée pour le compte de la Banque mondiale. La publication de cette étude a créé quelques remous après que le magazine britannique "The Economist" a avancé qu'elle pourrait être l'une des raisons de la démission de l'économiste en chef de la Banque mondiale, Pinelopi Koujianou Goldberg.

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Ces versements d'aide (...) coïncident avec une augmentation importante de transferts vers des centres financiers offshore connus pour leur opacité fiscale, comme la Suisse, le Luxembourg, les îles Caïman et Singapour, expliquent les auteurs de l'étude. (Photo : David Malpass, président de la Banque mondiale depuis avril 2019, prononce une allocution lors d'une table ronde sur le thème Apprendre la pauvreté: jeter les bases du capital humain à la réunion annuelle de fin 2019)
"Ces versements d'aide (...) coïncident avec une augmentation importante de transferts vers des centres financiers offshore connus pour leur opacité fiscale", comme la Suisse, le Luxembourg, les îles Caïman et Singapour, expliquent les auteurs de l'étude. (Photo : David Malpass, président de la Banque mondiale depuis avril 2019, prononce une allocution lors d'une table ronde sur le thème "Apprendre la pauvreté: jeter les bases du capital humain" à la réunion annuelle de fin 2019) (Crédits : Reuters)

L'aide débloquée par la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres semble déclencher des transferts de fonds en direction de comptes offshore, ce qui suggère un détournement de cette aide, selon une étude publiée mardi par l'institution financière.

"Ces versements d'aide vers les pays les plus dépendants coïncident avec une augmentation importante de transferts vers des centres financiers offshore connus pour leur opacité fiscale", comme la Suisse, le Luxembourg, les îles Caïman et Singapour, expliquent les auteurs de l'étude.

Le "taux de fuite" moyen est estimé à environ 7,5% de l'aide, estiment-ils.

Comparaison des données de la Banque mondiale avec celles de la BRI

Cette étude s'est concentrée sur 22 des pays les plus pauvres -- principalement en Afrique -- en comparant les chiffres de la Banque mondiale avec ceux des versements à l'étranger compilés par la Banque des règlements internationaux.

La publication de cette étude a provoqué des remous après que le magazine britannique The Economist a avancé la semaine dernière qu'elle pourrait être l'une des raisons de la démission de l'économiste en chef de la Banque mondiale, Pinelopi Koujianou Goldberg.

La Banque mondiale assure n'avoir pas voulu étouffer la publication de l'étude

Mais l'institution financière s'est défendue contre les rumeurs selon lesquelles elle avait voulu étouffer sa publication.

Son brouillon "a été relu plusieurs fois et s'en est retrouvé amélioré", a-t-elle dit dans un communiqué.

Des transferts d'argent qui "coïncident" dans le temps

Si elle ne précise pas quelles sont ces améliorations, une première version de l'étude expliquait que les versements d'aide "causaient" des transferts d'argent vers l'étranger.

La version finale du document préfère dire qu'ils "coïncident avec" ces transferts d'argent.

L'étude suggère que plusieurs explications sont possibles pour ces fuites, mais elle en élimine la plupart.

"L'aide détournée par les politiques au pouvoir, les bureaucrates et leurs acolytes est cohérente avec la totalité des schémas observés", se contente-t-elle de souligner, ajoutant que les effets "sont plus importants pour les pays les plus corrompus".

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REPÈRES

L'objectif de la Banque mondiale est, selon sa profession de foi mise en exergue sur son site Internet, de "mettre fin à la pauvreté extrême" et de "promouvoir une prospérité partagée". La vénérable institution, fondée en 1944 par Harry Dexter White et le célèbre économiste John Maynard Keynes, compte aujourd'hui 189 États membres, ainsi que plus de 10.000 employés dans le monde répartis dans environ 130 antennes à travers le monde.

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Commentaires 10
à écrit le 03/12/2020 à 23:38
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Je suis très heureux envers marketing.Et j'aimerais votre aide financière s'il vous plaît.

à écrit le 07/03/2020 à 12:46
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Mais c'est ça son rôle ... l'élite au pouvoir en occident soutien des régimes despotique et aliénés à sa cause ... elle leur donne des prêts qui en partie retourne vers ses banques (après un petit lavage dans les paradis fiscaux) ...les peuples qui g...

à écrit le 26/02/2020 à 7:13
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La banque mondiale est une coquille vide, les dessous de sa politique de protection pour ses clients pays pauvres ce n'est pas une aubaine. Silence radio dan les officines, plutôt regardé à ce qu'il profite cette obligation de ses dettes ? S'il n y a...

à écrit le 22/02/2020 à 0:01
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Notons que depuis toujours la banque mondiale est dirigée par un américain. Donc il a toute la boîte à outil puisque comme vous le savez les américains en cas de soupçons de corruption ont une loi récente qui leur donne directement accès sur les Clo...

à écrit le 20/02/2020 à 15:01
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Le problème est toujours le même avec le pognon qui coule à flots... ça rend les gens tellement c...qu'ils en veulent toujours plus, et il suffit de voir ce que les plus riches de la planète font avec pour s'en rendre compte...c'est à celui qui aura ...

à écrit le 20/02/2020 à 14:29
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Si j'avais du donner un chiffre, j'aurais peut-être dit 30% voire au delà.. et il faudrait encore rajouter les "frais d'administration" locaux..Les états développés aux pays sous-développés devraient donner des aides en nature, ie la reconstruction d...

à écrit le 20/02/2020 à 12:38
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Un taux d'évaporation de 7,5 % des aides octroyées par la WB paraît être dans la moyenne des détournements de fonds sur les marchés publics dans le monde. Il aurait été intéressant de comparer les chiffres actuels aux chiffres des années 1970 et de c...

à écrit le 20/02/2020 à 12:11
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La banque mondiale a raison, les coïncidences ne sont pas des preuves absolues même si on peut se douter que l'étude pointe du doigt une réalité. Les paradis fiscaux sont un problème que les gens corrompus ne sont pas pressés de résoudre.

le 20/02/2020 à 12:45
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Juncker ne s' est en effet jamais pressé de purger le Luxembourg

à écrit le 20/02/2020 à 10:27
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Mais si les impôts n'étaient pas aussi élevés dans le monde les riches n'auraient pas à planquer tout leur pognon là dedans, enfin voyons ! Ces braves gens qui à la sueur de leurs fronts travaillent dur 24h sur 24... Ah la la tout ces jaloux qui ...

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