Corruption, dévaluation, absence de réformes : les maux qui agitent le Liban depuis près d'un an

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(Crédits : OMAR IBRAHIM)
Le pays, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit 170% du Produit intérieur brut - annonce qu'il ne paiera pas une première tranche de sa dette. Déjà accablé économiquement, la spectaculaire explosion qui a eu lieu mardi 4 août à Beyrouth, vient accentuer les difficultés du pays.

Le Liban est secoué par sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par une dépréciation inédite de sa monnaie ayant plongé près de la moitié de la population dans la pauvreté.

L'effondrement économique, qui a entraîné des licenciements massifs, provoque aussi une flambée des prix dans un pays qui a été le théâtre pendant plusieurs semaines à partir de l'automne 2019 d'un soulèvement inédit contre la classe politique.

 "Pénurie" de dollars

Le 29 septembre 2019, des centaines de manifestants se rassemblent à Beyrouth pour dénoncer la situation économique, sur fond de craintes concernant la stabilité de la livre libanaise.

Le 26, les propriétaires de stations-service avaient annoncé une grève pour protester contre des taux de change fluctuants et une "pénurie" de dollars, nécessaires pour payer leurs fournisseurs. Ils s'étaient rétractés avec un accord gouvernemental leur permettant de payer en livres.

Selon des médias, les banques et bureaux de change limitent leurs ventes de billets verts par crainte d'une baisse des réserves en devises étrangères.

La population se soulève contre un projet de taxe

Le 17 octobre, le gouvernement annonce une taxe sur les appels via WhatsApp. La colère des Libanais explose.

"Le peuple réclame la chute du régime", scandent les manifestants qui brûlent des pneus et bloquent des routes.

Le gouvernement renonce aussitôt à cette taxe mais des milliers de personnes continuent à manifester.

La mobilisation va culminer avec des centaines de milliers de manifestants certains jours réclamant le renouvellement de toute la classe dirigeante, quasi inchangée depuis des décennies et accusée de corruption.

Instabilité politique

Le 19 décembre, l'universitaire Hassan Diab est désigné Premier ministre pour remplacer Saad Hariri, poussé à la démission fin octobre.

Mais l'appui apporté à sa nomination par le mouvement chiite Hezbollah, qui domine la vie politique, et ses alliés attise la colère d'une partie de la rue.

Le 21 janvier 2020, le Liban se dote enfin d'un gouvernement, formé par un seul camp politique, celui du Hezbollah et ses alliés, majoritaires au Parlement.

Une dette à 170% du PIB

Le 7 mars, le Liban - qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit 170% du Produit intérieur brut - annonce qu'il ne paiera pas une première tranche de sa dette, d'un montant de 1,2 milliard de dollars.

Le 23, il annonce qu'il ne paiera pas l'ensemble de ses bons du Trésor émis en dollars.

Le 30 avril, Hassan Diab annonce que le pays va demander une aide du Fonds monétaire international, après l'adoption par le gouvernement d'un plan de relance de l'économie.

Le 13 mai, le Liban entame des négociations avec le FMI.

En mai, le président du syndicat des bureaux de change Mahmoud Mrad est arrêté et le directeur des opérations monétaires à la Banque centrale Mazen Hamdane est inculpé de "manipulation de la monnaie nationale".

Plusieurs changeurs et banquiers soupçonnés de manipulations spéculatives ont été arrêtés.

Des réformes attendues "depuis trop longtemps"

A la mi-juin, des manifestations ont lieu à Beyrouth et à Tripoli (nord) après une nouvelle dégringolade de la livre.

Le 29, le directeur général du ministère des Finances, qui participe aux négociations avec le FMI, démissionne en citant des désaccords concernant la gestion de crise, second négociateur à jeter l'éponge en moins de deux semaines.

Le 8 juillet, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian exhorte les autorités libanaises. "Aidez-nous à vous aider, bon sang!".

Les 23 et 24, le ministre français en visite au Liban fustige "le côté passif" des autorités et réclame des réformes attendues "depuis trop longtemps".

"Ce pays, il faut le dire, est au bord de l'abîme et si des actions ne sont pas entreprises alors il risque de devenir un pays en dérive", déclare M. Le Drian.

"Il lui manque des informations concernant les réformes" entreprises par Beyrouth, rétorque le 28 juillet le Premier ministre libanais.

Le 3 août, le chef de la diplomatie Nassif Hitti démissionne en raison de désaccords avec le gouvernement et met en garde contre le risque de "faillite étatique" du Liban.

Il déplore "l'absence d'une réelle volonté pour entreprendre une réforme structurelle et totale qui est nécessaire et qui est réclamée par notre société et par la communauté internationale".

Charbel Wehbé, ancien ambassadeur et conseiller diplomatique du chef de l'Etat, le remplace.

Le mardi 4 août, une double explosion dans le port de Beyrouth cause la mort d'une centaine de personnes et fait près de 4.000 blessés selon un bilan provisoire.

Lire aussi : Le vol à main armée, dernier recours pour des Libanais affamés

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Commentaires
a écrit le 07/08/2020 à 0:20 :
Quand j'ai lu le titre , j'ai cru qu'on parlait de l'UE ...qui n'a toujours pas été capable de taxer les GAFAM alors que les commentaires, souvent plus intéressants que certains articles d'ailleurs , abordaient le problème en 2010 avec le risque d'une disparition de la concurrence , qui évidemment arriva ... Effarant , quasiment aucune boite tech de premier plan en Europe pendant cette période, alors que les chinois ont répliqué sans vergogne le modèle américain en leur interdisant le marché de la data....
Si les dirigeants de l'UE et les technocrates ne sont pas corrompus , moi , je suis le pape ...
a écrit le 06/08/2020 à 22:05 :
Des réformes c'est bien mais au profit de qui?
Quand des puissances étrangères s’inquiètent de la situation économique d'un pays, c'est qu'elles y ont des intérêts, de l'argent à perdre ou à gagner. On sait de quel côté les réformes voulues penchent. Sans vouloir être complotiste, l'altruisme dans les relations internationales n'est pas la règle mais l'exception.
a écrit le 06/08/2020 à 17:29 :
Amusant si ce n'était les drames vécus par ces pauvres Libanais…moyens et du peuple ! Parce-que la "guerre" entre la CIA et le Hezbollah, les combines entre Israël et les US pour le futur, les ambitions de récupération des réserves d'or du Liban par les grandes banques US, tout cela c'est du pipeau? l'AFP est devenue une agence d'intox de premier ordre…les journalistes (les bons) le savent bien...
a écrit le 06/08/2020 à 17:25 :
La Filiale politique de l'Iran domine tout : AVENIR DESESPERE
a écrit le 06/08/2020 à 13:02 :
Corruption comme en France et en Grèce , tout est dit ... On y vient et j'enquêterais bien sur les comptes de nos politiciens amis du Liban ... Je me souviens d'un ancien président logé à l'oeil par un milliardaire libannais et visiblement, c'était tout à fait accepté par la classe politico-médiatique française donneuse de leçons au petit peuple.
a écrit le 06/08/2020 à 9:23 :
Le problème avec les mercuriens, c'est que 0.1 % de la population ne compte pas partager 50 % de leur richesse avec les autres
a écrit le 05/08/2020 à 18:45 :
Bon et Carlos Ghosn qu'est-ce qu'il devient ?

La maison de Carlos Ghosn à Beyrouth, au Liban, a été détruite après l'explosion dans la zone portuaire de la capitale. Selon le journal brésilien "O Estado de S. Paulo", c'est la femme de Carlos Ghosn, Carole, qui a donné cette information indiquant aussi que la famille allait bien."Nous allons tous bien, mais la maison est détruite. Beyrouth tout entier est détruit", a-t-elle déclaré au journal brésilien.
a écrit le 05/08/2020 à 15:31 :
Outre les problèmes de corruption ou autres, quand dans un pays la monnaie locale s’effondre il faut soupçonner que ce pays a un énorme déficit de la balance commerciale. C’est le cas du Liban. En faisant des recherches sur Internet je vois qu’en 2019 le Liban importait pour 19,239 milliards de dollars et exportait pour 3,731 Milliards de dollars, C’était déjà un déficit énorme mais qui était encore pire en 2018 (19,980 Milliards de dollars d’importations contre 2,952 Milliards de dollars d’exportations) Est-ce que les choses se sont aggravées depuis en relation avec la crise sanitaire ou d’autres raisons ? En France on n'est pas encore à de telles proportions de déficit commercial mais on ait quand même sur un mauvais chemin depuis que nous avons la "chance" d'avoir l'Euro.
Réponse de le 06/08/2020 à 16:35 :
Ce n'est pas la balance commerciale qui est la plus importante .Elle ne concerne que les échanges de marchandises .C'est la balance des paiements qui compte ,les flux financiers .Le Liban a vécu à crédit ,L'Etat ne peut pas rembourser ses dettes et les riches ne souhaitent surtout pas payer .
a écrit le 05/08/2020 à 10:49 :
La présence de réforme ne signifie pas que l'on aille vers un progrès car cela nécessite qu'un dogme se mette en place, et ne sert souvent que l’intérêt de peu de monde au dépens du plus grand nombre!
a écrit le 05/08/2020 à 10:40 :
C'est bien de dénoncer l'absence de réformes au Liban, mais quand on veut en faire une France, tous les médias sont contre.
Bref : la paille et la poutre.
L'aveuglement des salons parisiens qui inspirent tous ces discours conservateurs est le même que celui des nobles et des bourgeois d'avant 1789 : on ne se refait pas.
a écrit le 05/08/2020 à 3:38 :
Ce pseudo pays va exploser. La question est, au profit de qui.
a écrit le 04/08/2020 à 20:18 :
Heureusement qu'en France nous sommes à l'abri de ce genre de mauvaise gestion du gouvernement et que ce dernier suit scrupuleusement les règles de l'UE sur le déficit budgétaire de manière à nous éviter le surendettement et le risque d'insolvabilité. Notre classe politique et nos partenaires sociaux sont des gens responsables, qui se rendent bien compte que l'équilibre budgétaire est le gage d'un pays durable et de la soutenabilité de notre modèle social, et c'est pourquoi ils dirigent le pays de manière à le faire comprendre à la population française.
a écrit le 04/08/2020 à 20:17 :
Heureusement qu'en France nous sommes à l'abri de ce genre de mauvaise gestion du gouvernement et que ce dernier suit scrupuleusement les règles de l'UE sur le déficit budgétaire de manière à nous éviter le surendettement et le risque d'insolvabilité. Notre classe politique et nos partenaires sociaux sont des gens responsables, qui se rendent bien compte que l'équilibre budgétaire est le gage d'un pays durable et de la soutenabilité de notre modèle social, et c'est pourquoi ils dirigent le pays de manière à le faire comprendre à la population française.
Réponse de le 06/08/2020 à 17:34 :
Vous avez appris cela par coeur ou vous le lisez consciencieusement ? Apparemment c'est du genre message intox de seconde zone répété par le fonctionnaire de service. Amusant, ou alors, aberrant !
a écrit le 04/08/2020 à 18:56 :
Quand un pays n'est pas géré dans l'intérêt de sa population, ça donne ça. Heureusement, en france on est a l'abri de tels tracas.......
a écrit le 04/08/2020 à 18:33 :
La seule solution étant le gel des avoirs à l'étranger de toute la classe politique et dirigeante du pays, accumulés depuis la fin de la guerre civil et leur retour à la banque du Liban, comment voulez-vous que les députés le vote....?!
Le peuple n'a pas les moyens de l'imposer et la France non plus, la preuve avec la démission du ministre des affaires étrangères.
a écrit le 04/08/2020 à 18:10 :
Ces maux ont été déclenchés par la surnatalité qui a sévit au Liban depuis tant de décennies.

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