Le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, entame une visite à Bruxelles, Paris et Berlin pour promouvoir la « stabilité » face à l’influence américaine. Mais derrière le discours officiel, les contentieux s’accumulent : un déficit commercial abyssal pour l’UE, des sanctions sur les voitures électriques et le cognac, et un quasi-monopole sur les terres rares. Un dialogue sous haute tension, avec en toile de fond le soutien de Pékin à la Russie.
Le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, entame ce lundi une tournée européenne qui le mènera à Bruxelles, Paris et Berlin. Objectif affiché par Pékin : consolider les relations avec le Vieux Continent pour en faire un pôle de « stabilité » face à un environnement international jugé instable et à l'influence américaine. Mais derrière cette volonté de dialogue se cache une série de contentieux économiques et géopolitiques qui placent l'Union européenne dans une position délicate.
Cette visite du diplomate chevronné de 71 ans intervient dans un contexte de rivalité stratégique accrue avec les États-Unis de Donald Trump. Pékin cherche activement des alliés pour contrer ce que son ministère des Affaires étrangères qualifie de « montée inquiétante de l'unilatéralisme, du protectionnisme et des comportements hégémoniques ». Dans une critique à peine voilée de la politique douanière américaine, le porte-parole de la diplomatie chinoise, Guo Jiakun, a appelé la Chine et l'UE à « préserver conjointement la paix et la stabilité mondiales, défendre le multilatéralisme et le libre-échange ». La tournée est ainsi présentée comme une main tendue pour bâtir une force « constructive dans un monde en proie aux turbulences ».
À Bruxelles, Wang Yi doit s'entretenir avec la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, dans le cadre d'un « dialogue stratégique de haut niveau ». Il se rendra ensuite en Allemagne pour rencontrer son homologue, Johann Wadephul, marquant la première visite de ce niveau depuis l'installation du nouveau gouvernement conservateur à Berlin en mai. En France, une rencontre est prévue avec le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui s'était lui-même rendu en Chine en mars.
Un dialogue stratégique sur fond de tensions commerciales
Malgré les discours apaisants, les points de friction entre Pékin et Bruxelles sont nombreux et profonds. Le déficit commercial de l'UE vis-à-vis de la Chine, qui s'élève à 357,1 milliards de dollars, constitue la toile de fond d'une relation économique de plus en plus tendue. Les Européens reprochent au géant asiatique des pratiques jugées déloyales, qui faussent la concurrence et pénalisent leurs entreprises.
Le conflit s'est cristallisé l'an dernier avec l'imposition par l'Union européenne de droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, une mesure vivement soutenue par Paris. La riposte de Pékin ne s'est pas fait attendre, ciblant notamment le cognac français. Sur ce dossier sensible, une source du ministère français de l'Économie indique qu'un « accord est stabilisé mais pas formellement validé par le ministère chinois du Commerce », laissant planer l'incertitude pour les producteurs français.
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La guerre commerciale se joue sur plusieurs fronts. Il y a deux semaines, la Commission européenne a franchi un nouveau pas en décidant d'exclure les entreprises chinoises des appels d'offres publics pour les matériels médicaux d'une valeur supérieure à 5 millions d'euros. Bruxelles justifie cette mesure par le manque de réciprocité et les restrictions que subissent les firmes européennes sur le marché chinois. Pékin a immédiatement dénoncé une politique de « deux poids, deux mesures », accusant l'UE de protectionnisme.
Terres rares et Ukraine, les autres dossiers brûlants
Au-delà des contentieux commerciaux directs, deux sujets stratégiques majeurs pèsent sur les discussions. Le premier concerne les terres rares, ces métaux indispensables aux technologies de pointe, des smartphones aux batteries de voitures électriques, un secteur où la Chine dispose d'un quasi-monopole. Depuis avril, Pékin a renforcé son contrôle en imposant des licences pour toute exportation de ces matériaux stratégiques. Des industriels européens, notamment dans l'automobile, ont déjà fait état de permis délivrés au compte-goutte, créant une forte incertitude pour les chaînes d'approvisionnement. Signe d'une possible ouverture, la Chine a néanmoins proposé en juin à l'UE la mise en place d'un « canal vert » pour faciliter et prioriser les exportations vers le Vieux Continent.
Le second dossier, éminemment politique, est celui de la guerre en Ukraine. Si la Chine appelle officiellement au respect de l'intégrité territoriale et à des pourparlers de paix, elle n'a jamais condamné l'invasion russe de février 2022. En revanche, Pékin a considérablement renforcé ses liens économiques, diplomatiques et militaires avec Moscou. Les Européens accusent la Chine de fournir à la Russie un appui économique vital qui lui permet de soutenir son effort de guerre, une position qui mine la confiance et complique toute tentative de rapprochement stratégique.