Donald Trump propose de mettre fin à la « dictature des résultats trimestriels »
latribune.fr
Donald Trump a déclaré que la Securities and Exchange Commission (SEC) devrait exiger des entreprises qu’elles publient leurs résultats tous les six mois.
Donald Trump remet sur la table sa proposition de publication semestrielle des résultats des entreprises américaines, contre l'avis des marchés. Déjà évoquée en 2018, cette idée vise à encourager des investissements de long terme, loin des pressions de Wall Street. Mais, face à l'argument d'une moindre transparence pour les investisseurs, le débat est loin d'être tranché.
Donald Trump a de nouveau proposé de remplacer la publication trimestrielle des résultats des entreprises américaines par une obligation de déclaration semestrielle. Une proposition qui, déjà évoquée par le passé, vise à libérer les dirigeants des pressions immédiates et à encourager des stratégies de long terme. Sur le réseau social Truth Social, le président, lui-même actionnaire majoritaire d'une société cotée en Bourse, a déclaré que la Securities and Exchange Commission (SEC) devrait exiger des entreprises qu'elles publient leurs résultats tous les six mois, arguant que cela permettrait d'économiser de l'argent et de permettre aux chefs d'entreprise de se concentrer sur la gestion. Il a également repris un argument souvent entendu, comparant la vision à long terme des entreprises chinoises à la « vision trimestrielle » qui, selon lui, handicape les entreprises américaines.
Cette idée n'est pas nouvelle. En 2018, Donald Trump avait déjà demandé à la SEC d'étudier un tel changement, une requête qui n'avait alors pas abouti. À l'époque, son appel faisait écho à des arguments partagés par des figures du monde de la finance comme Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, et l'investisseur Warren Buffett, qui s'étaient montrés critiques de la « dictature des résultats trimestriels », bien qu'ils n'aient pas demandé la suppression pure et simple des rapports trimestriels. Depuis 2013, les entreprises européennes ne sont contraintes qu'à un rapport semestriel, mais beaucoup continuent à publier des résultats tous les trimestres pour se conformer au rythme des entreprises américaines.
Les arguments pour une gestion à long terme
Les partisans de la suppression des rapports trimestriels soutiennent que l'obligation de publier des résultats tous les trois mois incite les entreprises à adopter des pratiques à courte vue. Pour beaucoup, la course à l'atteinte des objectifs de chiffre d'affaires et de bénéfices à chaque trimestre conduit les dirigeants à privilégier des actions qui dopent la performance à court terme — comme des rachats d'actions massifs ou des réductions de coûts — au détriment d'investissements stratégiques et durables en recherche et développement ou en infrastructures, qui ne portent leurs fruits que sur le long terme.
Ce « court-termisme » est considéré comme un frein à l'innovation et à la croissance durable de l'économie. En allégeant les obligations de reporting, les entreprises pourraient consacrer plus de temps et de ressources à la planification et à l'exécution de projets à plus long terme, sans la pression constante de devoir répondre aux attentes des analystes à chaque « saison des résultats ». Cela permettrait également de réduire les coûts administratifs et financiers liés à la préparation et à la publication de ces rapports. Le modèle européen, où les entreprises cotées ne sont tenues de publier que des rapports semestriels et annuels, est souvent cité comme un exemple viable.
Du côté des critiques, la principale inquiétude réside dans le manque de transparence et la potentielle augmentation de la volatilité des marchés. En réduisant la fréquence des informations financières, les investisseurs pourraient se retrouver « dans l'obscurité » pendant de plus longues périodes. Ce manque de données régulières pourrait rendre l'évaluation des entreprises plus difficile, accroître l'asymétrie d'information entre les dirigeants et les actionnaires, et potentiellement augmenter les risques de délits d'initiés.
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Des rapports semestriels pourraient rendre les marchés plus sensibles aux rumeurs et aux informations non officielles, car les investisseurs chercheraient désespérément à combler le vide d'information. Par ailleurs, les « surprises » lors de la publication des résultats semestriels pourraient être plus importantes, provoquant des mouvements de prix plus violents et imprévisibles. Pour les petits porteurs et les investisseurs individuels, qui n'ont pas accès aux mêmes sources d'information que les grandes institutions, ce manque de transparence serait particulièrement préjudiciable. En fin de compte, la proposition de Donald Trump, si elle était adoptée, exigerait un arbitrage délicat entre l'allègement réglementaire pour les entreprises et le maintien d'un marché boursier transparent et équitable pour tous les acteurs.