Les gouvernements américains et indiens sont actuellement en train de négocier un accord commercial, qui permettrait à l’Inde d’atténuer les droits de douane américains.
DÉCRYPTAGE. Face à la salve douanière de l’administration Trump, plusieurs pays abritant des usines de production d’entreprises occidentales pourraient tirer leur épingle du jeu. Acculée par les taxes douanières, la Chine ne serait pas hors-jeu, loin de là.
L'opération aurait pu rester sous les radars, mais le quotidien TheTimes of India, s'en est fait l'écho. Selon une source haut placée dans l'administration indienne, la semaine dernière, le géant américain de la tech Apple aurait affrété, « en toute hâte », plusieurs avions remplis d'iPhone et d'autres produits depuis l'Inde et la Chine, où elle possède plusieurs sites de productions.
L'objectif était très pragmatique : expatrier un maximum de matériel, avant la salve de droits de douane réciproques, annoncés mercredi dernier par le président américain Donald Trump. Le volume de produit exact n'est pas connu, mais la source du quotidien indique qu'il était significatif au regard de ce genre de période « qui correspond, en temps normal, à la basse saison des expéditions » du type.
Si elle peut faire sourire, cette information pose cette question très sérieuse : quel choix faire pour les grandes entreprises occidentales implantées dans ces pays, véritables « usines du monde », et acculés par les taxes douanières ? Rester ou partir ?
Un avantage stratégique essentiel
Un tel choix est en effet déterminant au regard de la nouvelle donne douanière imposée à la Chine (104 % de taxes, aux dernières nouvelles), l'Inde (26 %), le Vietnam (46 %) ou encore le Bangladesh (37 %). Des États tous réputés pour leurs coûts de production moindre, avec des sites de production modulables.
« La réponse à cette question n'est pas aisée car il faut encore attendre pour voir les décisions de ces grandes entreprises se concrétiser », prévient Jean-Joseph Boillot, chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Mais l'économiste spécialiste de l'Inde et des pays d'Asie du Sud estime que les droits de douane « ne sont pas le facteur déterminant », qui induira une décision ou une autre : « En réalité, la compétitivité des pays se joue surtout leur capacité à fournir aux grandes entreprises des ''clusters'' industriels ».
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Soit des zones où cohabitent au même endroit des usines de fabrications ou d'assemblages, des fournisseurs de pièces, mais aussi des agences gouvernementales, capables de délivrer au donneur d'ordre un volume de production sans équivalent. Ceci, en faisant des économies d'échelle substantielle. À ce jeu-là, la Chine fait figure de pionnière. « Quand vous voyez la ville de Shenzhen par exemple, vous avez tout compris », précise le chercheur de l'Iris.
Les pays dotés de cet avantage
Sur la carte du monde, quels sont ces pays dotés de « clusters industriels » ? La Chine, encore et toujours, souligne le chercheur de l'Iris. Mais aussi le Vietnam et le Bangladesh, pour le textile particulièrement. Donald Trump, d'ailleurs le sait, c'est pour cela qu'il a imposé des taux douaniers si élevés sur ces pays.
Quid de l'Inde ? « Oui, mais essentiellement pour la high tech, en sachant, il faut le rappeler, que la quasi-moitié des iPhone produits là-bas sont destinés au marché domestique », nuance l'économiste. Il ajoute : « Mais l'Inde et le Vietnam peuvent pousser leur avantage par rapport à la Chine. Ils s'entendent relativement bien avec l'administration Trump, donc ils vont arriver à trouver un accord commercial pour atténuer les droits de douane ».
Si une entreprise décide finalement de délocaliser, l'autre option est aussi de faire « nearshoring », c'est-à-dire de rapatrier ses usines de production proche de ses marchés de consommation. Les industriels des batteries et du stockage de l'énergie, de l'automobile et des télécommunications, sont particulièrement volontaires dans ce mouvement, selon une récente étude de Capgemini. « Pour une entreprise américaine, cela peut se matérialiser par un rapatriement au Mexique, pour une société européenne, dans un pays de l'Est ou au Maghreb », précise l'économiste.