Droits de douane : pourquoi ils font courir un « risque de déflation » en France

Le président du Medef, Patrick Martin.
Abdullah Firas/ABACA via Reuters Connect

Le président du Medef, Patrick Martin.
Abdullah Firas/ABACA via Reuters Connect
Les droits de douane décrétés par Donald Trump, c'est connu, pourraient entraîner une hausse de l'inflation. Mais ils augmentent aussi les risques de déflation en France. C'est ce qu'a redouté le président du Medef, Patrick Martin, au micro de RTL ce mercredi matin.
« Mon pronostic, c'est qu'il y a un risque non pas d'inflation mais de déflation, que tous ces produits qui ne pourraient plus être vendus aux États-Unis reviennent en particulier vers le marché européen : des produits chinois bien sûr mais aussi des produits européens. Donc il y a un risque de baisse des prix, ce qui est presque pire que l'inflation », a déclaré le patron du Mouvement des entreprises de France.
« Le risque est que la croissance s'enraye et qu'on passe en récession, et que l'emploi en souffre », a ajouté le patron du Medef, mettant en avant le fait que « comme les finances publiques sont exsangues, on n'a plus de marges de manœuvre pour des dispositifs de soutien ». A l'heure où nous écrivons ces lignes, le Medef n'a pas commenté.
Interrogé par La Tribune, Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès, confirme qu'« il y a actuellement des tendances déflationnistes » entre « la baisse du prix du pétrole » et les droits de douane décrétés par Donald Trump. « Les entreprises vont essayer de revendre ailleurs ce qu'elles vendaient avant aux États-Unis », explique-t-il.
Par exemple, « les Français vont essayer de vendre leurs vins ailleurs », notamment en Europe, « et vont sûrement calibrer leurs prix face aux vins australiens ». Résultat : « L'activité économique va ralentir, vu que les entreprises auront moins de débouchés et seront probablement obligées de jouer sur les prix pour continuer à vendre. »
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Même si de l'autre côté, il y a aussi des tendances inflationnistes, rappelle Sylvain Bersinger. « Les projets de droits de douane européens sur les produits américains » entraîneront « des prix plus chers en Europe ». « Le scénario inflationniste versus déflationniste va dépendre de la réaction de l'Europe », affirme le chef économiste chez Asterès. « Lequel des deux va l'emporter, je n'en sais rien. » L'Union européenne pourrait présenter sa réponse aux droits de douane de 20% décrétés par Donald Trump « en début de semaine prochaine », a affirmé mardi un porte-parole de la Commission.
En quoi le scénario déflationniste pourrait être « presque pire » que l'inflation ? Pour Sylvain Bersinger, « les économistes n'aiment pas la déflation lorsqu'elle devient durable ». Le risque est que « les investissements ne soient plus rentables » et que « l'activité économique s'effondre ». « Si le choc est tellement violent que le monde rentre en récession et que la spirale des prix devient durable, avec un chômage qui augmente et des salaires qui n'augmentent plus, cela devient très préjudiciable » pour l'économie.
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Mais « nous n'y sommes pas » pour l'instant, relativise-t-il. Si la baisse des prix est ponctuelle et qu'il n'y a pas de spirale déflationniste, « cela peut être favorable au consommateur », assure-t-il. « Il va payer un peu moins cher le carburant et les différents produits pour lesquels les marchés américains auraient été fermés ». À ce stade, l'économiste n'est donc pour sa part « pas inquiet quant au risque déflationniste ».