Etats-Unis : Amazon embauchera 315.000 employés d'ici les fêtes de Noël et augmente les salaires

Le géant de la livraison en ligne poursuit sa politique de recrutement massive et attractive, n'hésitant pas à proposer des salaires allant de 18 à 21 dollars par heure à ses nouveaux employés aux Etats-Unis. Cette campagne de recrutement intervient alors que le chômage est bas outre-Atlantique, obligeant de nombreuses entreprises à généraliser un taux horaire à 15 dollars pour attirer les Américains, ce que n'avait pas réussi à faire, pour le moment, le président Joe Biden. Une dynamique qui légitime encore un peu plus les théories d'un des lauréats du Prix "Nobel" d'économie 2021 qui estimaient que la hausse du salaire minimum n'avait pas d'effet néfaste sur l'emploi. Selon plusieurs experts, les nombreuses annonces des Gafam sur le front de l'emploi peuvent leur permettre de détourner l'attention sur les débats en cours portant sur le possible démantèlement de certaines de leurs activités.

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(Crédits : Abhishek Chinnappa)

315.000 travailleurs de plus en quelques mois ! Pour les fêtes de Noël, le géant de la vente en ligne Amazon embauchera des bataillons de petits mains pour faire tourner ses entrepôts et assurer la préparation des colis. 150.000 postes saisonniers ont été annoncés ce lundi qui s'ajoutent aux 165.000 emplois déjà annoncés en septembre. Le business des festivités de fin d'années tournent déjà à haut régime aux Etats-Unis. Les supermarchés Walmart veulent eux embaucher 150.000 personnes pour cette période tandis que le transporteur Fedex prévoit de recruter 90.000 personnes afin de pouvoir faire face à la hausse des commandes en ligne.

Amazon, qui a profité à plein de l'essor des ventes en ligne depuis le début de la pandémie, avait déjà embauché 500.000 personnes en 2020 et comptait 1,3 million de salariés dans le monde à la fin de l'année dernière. Les emplois saisonniers permettront de faire face au pic d'activités pendant la saison des fêtes tout en apportant de la "flexibilité" aux employés permanents", a précisé le groupe dans un communiqué lundi.

Hausse des salaires et primes

Dans un contexte de risque de pénurie de main d'œuvre aux Etats-Unis, où le taux de chômage est bas, à 4,8%, la multinationale n'hésite pas à proposer à ses salariés une rémunération légèrement plus élevés que ses concurrents. Le groupe souligne que son salaire horaire de base est en moyenne de 18 dollars par heure pour les nouveaux employés, et que sur de nombreux sites, il monte jusqu'à 21 dollars. Autre incitation, Amazon offre aussi des primes à l'embauche allant jusqu'à 3.000 dollars.

Cette hausse des salaires tant à se se généraliser dans de nombreuses grandes entreprises à 15 dollars de l'heure, un salaire minimum prôné depuis longtemps par les démocrates.

"Ce que les démocrates n'ont pas pu accomplir (acter un salaire minimum de 15 dollars), les entreprises sont en train de le réaliser à cause des effets de la pandémie", estime Rubeela Farooqi, économiste en chef chez High Frequency Economics.

Dès son arrivée, le président Joe Biden avait tenté de légiférer les 15 dollars de l'heure mais l'opposition farouche au Sénat l'avait contraint d'abandonner son projet de campagne. Faute de mieux, il a signé en avril un décret portant le salaire minimum des travailleurs contractuels du gouvernement fédéral à 15 dollars début 2022 contre 10,95 dollars actuellement.

Mieux que Biden

Le salaire minimum fédéral est de 7,25 dollars aux États-Unis, un niveau inchangé depuis 12 ans même si plusieurs États imposent un salaire plus élevé. Mais pour attirer les candidats, de nombreuses grandes entreprises comme Amazon mais aussi Target ou Chipotle proposent déjà un salaire minimum de 15 dollars de l'heure.

Même si le chômage est au plus bas, environ 1 million de postes sont non-pourvus. Selon plusieurs experts, ces Américains ne veulent plus travailler pour des salaires de misères, incitant les entreprises à augmenter les salaires et les avantages accordés aux travailleurs.

"Pour la première fois depuis la fin des années 90, les employés ayant des bas salaires disposent d'un peu plus d'influence pour exiger des rémunérations plus élevées", explique David Cooper, économiste à l'Institut de politique économique (EPI), un centre de réflexion américain "Près de 80% des travailleurs américains gagnent désormais au moins 15 dollars de l'heure, contre 60% en 2014", relève le Washington Post.

Les hausses de salaire devraient se poursuivre l'année prochaine. Les employeurs prévoient en effet des augmentations moyennes de 3% en 2022, selon une enquête du cabinet de conseil Willis Towers Watson, réalisée entre avril et juin. C'est plus que les +2,7% prévus cette année, selon la même source. Les économistes tempèrent pour l'heure les risques d'alimenter l'inflation. Les chiffres de juillet semblent leur donner raison avec une hausse des prix qui a ralenti à 0,5% par rapport à juin (+0,9%).

Mise en lumière des Nobel d'économie

Ce débat actuel autour de ce phénomène économique de la hausse des petits salaires aux Etats-Unis devrait ravir l' économiste David Card, Nobélisé en économie en 2021 et son co-auteur défunt Alain Krueger. Les deux chercheurs avaient démontré - non-sans susciter de violentes controverses au moment de la publication de leurs travaux dans les années 90 - que l'augmentation du salaire minium ne créait pas de chômage, mais au contraire, permettait de dynamiser le marché local. Leur étude "Le salaire minimum et l'emploi, une étude de cas dans l'industrie du fast-food dans le New Jersey et la Pennsylvanie", avait été violemment attaquée par l'école de Chicago.

Les annonces d'Amazon, et hier de Facebook qui prévoit de créer 10.000 emplois en Europe dans la nouvelle technologie du Métaverse, après avoir ouvert des milliers de postes sur ce segment aux Etats-Unis, intervient dans un contexte grandissant de défiance envers ces géants de l'économie mondiale. Le réseau social de Mark Zuckerberg doit faire face à de nombreuses critiques l'accusant d'abîmer la démocratie et d'étouffer l'innovation et la concurrence, alors qu'Amazon est souvent taclé pour ses pratiques concurrentielles illégales, profitant des données des vendeurs de sa place de marché pour proposer ses propres produits, entre autres.

Pour plusieurs experts, le timing de ces annonces permettraient de détourner l'attention sur les débats en cours portant sur le possible démantèlement de certaines de leurs activités. Sur ce sujet, la pression de l'anti-trust américain et du Congrès est de plus en plus forte.

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Commentaires 3
à écrit le 20/10/2021 à 6:35
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la hausse des salaires non qualifies n'a aucun effet sur l'emploi, les nouvelles politiques monetaires ne creent ni bulle, ni inflation, plus on donne de l'argent aux gens qui ne travaillent pas, plus ils ont envie de faire des maths jusqu'a 3.00 du...

à écrit le 19/10/2021 à 12:23
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Quand les laisses pour compte realiseront collectivement qu'ils sont les plus nombreux, le monde changera peut-etre ?

à écrit le 19/10/2021 à 8:56
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Ben oui deux écoles, les néolibéraux qui défendent ceux qui détruisent le monde en ronflant du fait de leur cupidité maladive dont la pensée à court terme arrive à terme exposant ce chaos économique, un véritable nihilisme financier et social, soit c...

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