Etats-Unis : au Nevada, l'expansion immobilière au défi de l'approvisionnement durable en eau
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Dans l'état du Nevada, la privatisation de l'eau représente un enjeu central pour le marché immobilier.
CARLOS BARRIA
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Dans l'état du Nevada, la privatisation de l'eau représente un enjeu central pour le marché immobilier.
CARLOS BARRIA
La guerre de l'eau, inhérente au développement du Los Angeles du début du XXe siècle, est toujours d'actualité dans l'Ouest américain. Le Nevada a beau être l'Etat le plus sec des Etats-Unis, il est aussi l'une des régions qui connaît la plus forte expansion immobilière. De nombreux Californiens s'y réfugient, découragés par la forte hausse des prix dans le « Golden State ». Mais pour alimenter cette fièvre immobilière, les promoteurs doivent prouver qu'ils ont sécurisé un approvisionnement d'eau durable pour tout nouveau logement. De quoi faire monter les enchères auprès des agriculteurs locaux, qui disposent de la plupart des licences permettant d'exploiter l'eau disponible.
Dans l'Etat du Nevada, un projet hydraulique est en train de remodeler ce coin désertique de l'Ouest américain.
Avec un pipeline permettant de transporter l'eau jusque dans la région de Reno, la société Vidler est devenue une pierre angulaire du développement immobilier de la région.Celui-ci s'approvisionne dans la nappe phréatique enfouie sous des montagnes volcaniques, qui contient assez d'eau pour alimenter durablement 25.000 foyers.
Le liquide est ensuite acheminé jusqu'en banlieue nord de Reno, une cinquantaine de kilomètres plus loin.
Ce projet entièrement privé a ainsi coûté 100 millions de dollars à l'entreprise.
Pour amortir ses coûts, l'entreprise vend son or bleu trois fois plus cher que ce qu'il coûterait dans le centre de Reno. A charge, pour les promoteurs, de calculer si leurs nouveaux logements seront tout de même rentables.Mais certains écologistes craignent que d'autres projets similaires voient le jour.
À l'instar de Vidler, d'autres entreprises développent des projets de pipelines dans les régions voisines de Lower Smoke Creek et Red Rock Valley. Et la construction d'une gigantesque zone industrielle, qui doit notamment abriter des usines Tesla et Panasonic, repose sur la pose de tuyaux pour acheminer de l'eau « recyclée » depuis une station d'épuration de Reno.Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Des projets polémiques, alors que l'Ouest américain souffre depuis deux décennies d'une des pires sécheresses de son histoire, aggravée par le réchauffement climatique.
En cas de pompage excessif, les nappes phréatiques « pourraient très bien s'épuiser », s'inquiète Kyle Roerink. Il craint aussi que ce pompage n'entraîne des répercussions négatives dans les vallées voisines. « Il y a d'autres endroits comme celui-ci, où les promoteurs sont impatients (...) de construire leur prochain lotissement et leur prochain centre commercial à partir d'eaux souterraines puisées à 80 ou 100 kilomètres de là », s'alarme le militant écologiste.Toutefois, avant de se lancer dans de tels projets d'infrastructures souterraines, les entreprises doivent en évaluer les risques.
Et ces derniers sont élevés.
Dans le cas de Vidler, l'entreprise a dû attendre presque 10 ans pour pouvoir exploiter son pipeline après son achèvement en 2008.Le temps au secteur immobilier pour qu'il redémarre après la récession provoquée par la crise des subprimes.
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Financiarisation de l'eau aux Etats-Unis
L'eau a fait son entrée dans l'économie de marché.
La bourse de Chicago a procédé le 7 décembre 2020 au lancement des contrats à terme sur l'eau.
C'est la première fois que des produits dérivés sur l'eau sont négociés sur les marchés financiers.
Le sous-jacent de ces contrats dérivés est le Nasdaq Veles California Water, un indice noté NQH20, qui a pour unité le dollar par acre-pied, soit environ un dollar par 1,2 million de litres. Il a été créé en 2018 par le Nasdaq en partenariat avec Veles Water et WestWater Research.
La capitalisation boursière au lancement des contrats à terme est d'environ 1,1 milliard de dollars.
Cet indice reflète les échanges d'eau effectués dans les plateformes souterraines les plus importantes de l'État de Californie. Selon le Chicago Mercantile Exchange (CME), le marché des indices de l'eau a enregistré plus de 2,6 milliards de dollars de volume de transactions entre 2012 et 2019.Les fonds spéculatifs, dont certains dits « fonds vautours » (cette expression ayant massivement été utilisée lors de la crise immobilière en Espagne)
De plus en plus d'économistes estiment que l'eau deviendrait au cours du 21e siècle la première matière première traitée sur les marchés, devant l'or.
Willem H. Buiter, ancien économiste en chef de Citigroup, partage cet avis.Avec
AFP)latribune.fr