L'eau potable, notre « autre » défi durable

OPINION. Face aux transformations majeures que la crise de l'énergie impose, les enjeux d'approvisionnement en eau potable nous apparaissent bien lointains. Et pourtant, les pénuries de cet été ont révélé une urgence absolue à agir. Notre pays doit dès maintenant se mobiliser pour faire face à cet autre défi. Par Pierre Fleck, Président du Groupe Frans Bonhomme
(Crédits : DR)

Avec des températures en moyenne supérieures de près de 2,5°C aux normales saisonnières et 33 jours de canicule, l'été dernier a révélé une nouvelle fois à quel point le changement climatique s'accélérait. Durant trois mois, des pénuries locales d'eau potable ont conduit les pouvoirs publics, particulièrement dans le sud et la façade ouest, à imposer de nombreuses restrictions impactant l'irrigation et la production agricole mais aussi le quotidien de millions de personnes. Une saison exceptionnellement dramatique qui aura eu cependant le mérite de sensibiliser chacun d'entre nous à l'absolue nécessité d'agir aujourd'hui pour éviter le pire demain.

Face au vieillissement du réseau, la nécessité d'investissements massifs

Au-delà des effets directs du changement climatique (températures plus élevées, pluies moins abondantes) et à la pollution (fermeture de plusieurs milliers de points de captage d'eau), la faiblesse française en eau potable est due avant tout à la qualité déficiente de notre réseau. Fort de ses 900.000 km, celui-ci subit chaque jour des fuites considérables. Dans notre pays, le taux de fuite d'eau potable est estimé à plus de 20%, un taux largement supérieur aux déperditions en Allemagne par exemple. Dans 25 départements métropolitains, ce taux dépasse 25 % incluant 9 départements à plus de 30%. La situation est pire dans les départements et territoires ultramarins avec un record de 43% en Guadeloupe. Un milliard de m3 d'eau potable est ainsi perdu chaque année soit l'équivalent du lac d'Annecy ou encore de la consommation de 19 millions de français !

Le mal est connu. Notre réseau est trop vieux : 40 % de nos canalisations en eau ont atteint ou dépassé leur durée de vie. Ces dernières décennies, les investissements de modernisation et d'extension ont été largement insuffisants. Les chiffres les plus récents sont révélateurs : le taux annuel de renouvellement n'est que de 0,6% représentant moins de 5.500 km et le taux d'extension de 0,4%. Selon un rapport officiel dévoilé récemment par l'UIE (Union des Industries et Entreprises de l'Eau), il faudrait investir près de 2 milliards d'euros en plus des 2,5 milliards investis en moyenne chaque année, pour entretenir nos seuls services d'eau potable (sans compter l'assainissement et les eaux pluviales). La puissance publique dont en premier lieu les syndicats d'eau et d'assainissement et les agences de l'eau doivent donc agir et investir massivement.

Pour une solution durable à la française

Industriels et distributeurs ont aussi un rôle important à jouer en proposant aux collectivités publiques un plus grand choix de solutions et de matériaux. Notre réseau national reste en effet en fonte à plus de 90% alors que certains de nos voisins européens ont su construire des réseaux majoritairement en polyéthylène. La fonte a de réelles qualités et est adaptée à certaines situations mais elle est peu résistante et est ainsi à l'origine d'une grande partie des fuites. Le PEHD est plus résistant : d'une durée minimale de vie de 100 ans, il est insensible à la corrosion, inerte au contact de l'eau potable et capable d'absorber les chocs. De plus, il permet, au travers d'une filière de recyclage qui est en train de se structurer, d'utiliser tous les emballages plastiques de la grande distribution. Moins polluant et directement produit à partir de nos déchets, il représente ainsi une alternative efficace et durable.

Au niveau de la production, la France a la chance d'avoir déjà une filière PEHD active avec des champions en capacité de se développer. Ces entreprises audacieuses ont su innover, créer des produits performants et développer un business durable au service de l'environnement et de la qualité de l'eau. Attirés par les opportunités du marché français, des concurrents étrangers s'y installent, investissent et créent de l'emploi.

De même au niveau de la distribution, la France a des acteurs dynamiques, conscients des enjeux de durabilité et qui ont déjà su intégrer au cœur de leur offre ces matériaux innovants. Par leur expertise, la qualité de leur service et leur proximité avec les collectivités publiques, ils doivent savoir convaincre celles-ci d'évoluer vers des solutions alternatives et opter pour des solutions et produits plus durables.

En matière d'approvisionnement en eau potable, la France doit donc réagir. Collectivités publiques, industriels et distributeurs ont chacun leur rôle à jouer. Le consommateur-citoyen devra aussi adopter une consommation plus sobre comme pour le gaz et l'électricité. Cette chaîne de valeur doit se renforcer vite et durablement pour que demain le risque de pénurie ne soit plus d'actualité.

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Commentaires 4
à écrit le 26/10/2022 à 9:01
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Je milite depuis des années pour persuader que l'avenir de l'eau potable et celle à usage ménager et industriel et la préservation durable de l'environnement passent par l'arrêt du puisage de cette ressource dans les nappes phréatiques au profit de ...

le 26/10/2022 à 15:30
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Les nappes phréatiques stockent, ce sont des "bassines" naturelles ne nécessitant pas de faire des structures spécialisées. L'eau de pluie vous la recueillez dans de grandes "bassines" avec sol en plastique ? Elle est potable l'eau de pluie ? Ça ne s...

à écrit le 26/10/2022 à 8:58
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Je milite depuis des années pour persuader que l'avenir de l'eau potable et celle à usage ménager et industriel et la préservation durable de l'environnement passent par l'arrêt du puisage de cette ressource dans les nappes phréatiques au profit de ...

à écrit le 26/10/2022 à 8:42
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Et on ne pourra pas s'éviter une renationalisation totale de cette ressource vitale que les actionnaires ont massacré encore une fois, tout ce que l'argent touche est sali et détruit, leurs propriétaires étant totalement éteint ne contrôlent plus rie...

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