États-Unis : pourquoi Trump veut supprimer le penny
latribune.fr
a production de penny « a coûté aux contribuables américains plus de 179 millions de dollars au cours de l'exercice 2023 », affirme l'institution JM Bullion.
Le président américain a demandé dimanche à son secrétaire au Trésor d'arrêter la production du penny, la pièce d'un centime de dollar, jugée trop coûteuse. L'objectif derrière est de réduire les dépenses publiques, une ritournelle depuis son retour au pouvoir.
La production du penny, la pièce d'un centime de dollar, va-t-elle s'arrêter outre-Atlantique ? C'est en tout cas le souhait affiché dimanche par Donald Trump. « J'ai demandé au secrétaire au Trésor américain d'arrêter de produire de nouvelles pièces d'un cent. Éliminons le gaspillage du budget de notre grande nation, même si c'est un cent par un cent », a-t-il écrit sur son réseau social Truth Social.
« Pendant bien trop longtemps, les États-Unis ont frappé des pièces d'un cent qui nous coûtent littéralement plus de 2 cents (à produire). C'est du gaspillage ! », a justifié le président américain.
Ce sujet a été remis sur la table fin janvier par le DOGE (Department of government efficiency), le ministère en charge de réduire les dépenses du gouvernement chapeauté par le milliardaire Elon Musk. « Le penny coûte plus de 3 cents à fabriquer », a-t-il posté sur X. L'institution indique s'appuyer sur un article publié sur le site internet de JM Bullion, société de négoce de produits en or et en argent. « La majeure partie de ces coûts réside dans les coûts réels des matériaux. Le cuivre est cher, mais ne représente que 2,5 % de chaque pièce (...)Le vrai problème est que le zinc, l'autre partie de l'alliage, n'est plus le métal bon marché qu'il était autrefois », est-il précisé.
179 millions d'économies
Si bien que la production de penny « a coûté aux contribuables américains plus de 179 millions de dollars au cours de l'exercice 2023 », affirme JM Bullion. L'arrêter permettrait de faire des économies équivalentes, ce qui colle aux objectifs de Donald Trump qui a fait de la réduction des dépenses publiques une priorité de sa nouvelle administration. Une mission qu'il a confiée au patron du DOGE, qui vise une baisse totale de la dépense publique de 1.000 milliards de dollars.
Reste que le décret de Donald Trump devra probablement être approuvé par les parlementaires américains pour être validé. Ou l'actuel secrétaire au Trésor, Scott Bessent, pourrait simplement donner l'ordre d'arrêter la production du penny, avait indiqué en janvier le professeur d'économie Robert Triest de l'université de Northeastern. Les prix seraient probablement arrondis à 0,05 dollar près en cas de suppression du penny, avait-il ajouté.
La mesure divise au sein de la population. D'un côté, les « contre » craignent que cela n'entraîne une hausse des prix, du fait de l'arrondi. De l'autre, les « pour » mettent en avant que les Américains n'utilisent guère cette petite monnaie. A fortiori depuis la pandémie de Covid-19, où les achats se règlent plutôt par carte bancaire ou via son Smartphone plutôt qu'en monnaie. La suppression du penny ferait même gagner un temps énorme et donc de la productivité aux entreprises, a récemment affirmé l'association américaine des magasins de proximité au média CNN.
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Serpent de mer
Le débat n'est en tout cas pas nouveau aux États-Unis puisque plusieurs textes de loi en ce sens ont déjà été présentés au Congrès, sans être adoptés. Ainsi il y a presque vingt ans, un représentant républicain, Jim Kolbe, avait soutenu un projet de loi visant à rendre le penny progressivement caduc et proposant d'arrondir les transactions en liquide à 0,05 dollar. Il s'appuyait alors sur le fait que la production de la petite pièce coûtait de plus en plus chère, déjà à cause de l'augmentation des prix du zinc et du cuivre. Elle était alors de 1,23 cent par pièce.
Et le sujet n'anime pas seulement les discussions au pays de l'Oncle Sam. Au Canada aussi il a fait l'objet d'intenses débats, qui ont conduit à l'arrêt de sa production en janvier 2013. Et ce sont exactement les mêmes arguments invoqués aux États-Unis qui étaient alors mis sur la table. « Le coût de production et de distribution dépassait sa valeur nominale. Donc, ça coûtait de l'argent au gouvernement de produire cette pièce » et précisément 1,6 cent par pièce, expliquait le directeur des affaires publiques à la Monnaie royale canadienne, Alexandre Reeves, interrogé par Radio Canada cinq ans après l'entrée en vigueur de cette mesure.
Le Royaume-Uni tergiverse également depuis plusieurs années sur ce sujet sans encore être passé à l'action. Et la Commission européenne l'avait aussi un temps envisagé pour les pièces rouges de 1 et 2 centimes d'euros. La décision était attendue pour fin 2022 mais Bruxelles y avait finalement renoncé en raison du contexte d'accélération de l'inflation. Rien ne dit toutefois que l'idée est définitivement enterrée.