Droits de douane de Trump sur l'acier et l'aluminium : 25 % dès le 12 mars
latribune.fr
Depuis l'investiture de Donald Trump en janvier, les droits de douane sont au coeur de sa politique économique et diplomatique, vus comme un moyen de résorber le déficit commercial des Etats-Unis.
Les États-Unis vont imposer à partir de lundi des droits de douane sur l'aluminium et l'acier arrivant dans le pays, a annoncé dimanche le président Donald Trump. Une mesure qui va pénaliser en premier lieu le Canada.
[Article publié le lundi 10 février 2025 à 06h53 et mis à jour mardi 11 février à 15h10]
La riposte se prépare, côté européen, face à l'offensive américaine d'appliquer des droits de douane sur l'acier et l'aluminium. « Les droits de douane injustifiés imposés à l'UE ne resteront pas sans réponse : ils donneront lieu à des contre-mesures fermes et proportionnées », a réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen au moment où le chancelier allemand Olaf Scholz annonçait que « si les États-Unis ne nous laissent pas d'autre choix, l'Union européenne réagira ensemble ».
Application dès le 12 mars
C'est dans l'avion qui le menait à la Nouvelle-Orléans pour assister à la finale du Super Bowl - une première pour un président américain - que Donald Trump a annoncé une augmentation des droits de douane de 25 % sur l'aluminium et l'acier.
Les hausses vont s'appliquer à partir du 12 mars, selon le décret signé lundi par le président Donald Trump, qui poursuit sa guerre commerciale à grands coups de taxes.
«J'ai déterminé que les importations d'articles en (...) risquaient de détériorer la sécurité nationale» a écrit le président américain dans son texte, expliquant qu'il mettait fin aux règles actuellement en vigueur à partir du 12 mars. Le républicain a produit un décret distinct concernant les importations en aluminium.
Ces mesures vont affecter beaucoup le Canada, déjà dans la ligne de mire du président américain et qui est le principal fournisseur d'acier et aluminium importés aux États-Unis, d'après les chiffres officiels. Le Brésil, le Mexique et la Corée du Sud sont aussi d'importants fournisseurs d'acier.
Lors de son premier mandat (2017-2021), Donald Trump avait déjà imposé des droits de douane sur l'acier et l'aluminium pour protéger l'industrie américaine, confrontée selon lui à une concurrence déloyale en provenance de pays asiatiques et européens. Et d'après le président du Conseil économique national, un organisme rattaché à la Maison Blanche, l'industrie américaine n'en avait pas souffert. « La production d'acier est une composante importante de l'âge d'or » promis par Donald Trump, a déclaré lundi sur la chaine CNBC l'un de ses principaux conseillers économiques, Kevin Hassett.
« Tout l'acier arrivant aux États-Unis aura 25 % de droits de douane » a dit le républicain. Il a ajouté que le même niveau de droits de douane s'appliquerait à l'aluminium. Le président a aussi indiqué qu'il annoncerait « mardi ou mercredi » des « droits de douane réciproques », afin d'aligner la taxation des produits entrant aux États-Unis sur la manière dont sont taxés les produits américains à l'étranger. « S'ils nous taxent à 130 % et que nous ne les taxons pas, cela ne restera pas comme ça », a-t-il affirmé. « Cela n'affectera pas tous les pays parce que certains imposent les mêmes droits de douane que nous. Mais ceux qui profitent des États-Unis se verront rendre la pareille », a-t-il ajouté.
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Depuis l'investiture de Donald Trump en janvier, les droits de douane sont au cœur de sa politique économique et diplomatique, vus comme un moyen de résorber le déficit commercial des États-Unis autant que comme un levier de négociations avec les pays visés. Depuis mardi, les produits venant de Chine sont renchéris par des droits de douane additionnels de 10 % - mesure à laquelle Pékin a décidé de rétorquer par des surtaxes ciblées sur certains produits américains à partir du 10 février. Les exportations du Mexique et du Canada vers les États-Unis devaient aussi initialement se voir infliger des droits de douane (de 25 %) à compter de mardi. Mais Donald Trump leur a accordé à la dernière minute un sursis d'un mois après avoir reçu des engagements sur le renforcement de la sécurité aux frontières.
Macron appelle l'Europe à se tenir prête à répondre
Ce lundi matin sur TF1, le ministre français Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, a déclaré que « personne n'a intérêt à rentrer dans un conflit commercial avec l'Union européenne ». Ces droits de douane ne sont pas une « surprise », selon lui, « à l'époque nous avions répliqué, et nous répliquerons à nouveau ». Mais c'est à la Commission européenne de définir les secteurs qui feront l'objet de représailles, a précisé le ministre. La Commission « nous a assuré qu'elle était prête à dégainer le moment venu, et le moment est venu », a-t-il annoncé. Cependant, l'Union européenne a annoncé par un communiqué n'avoir reçu « aucune notification » de nouveaux droits de douane américains.
De son côté, Emmanuel Macron avait déjà appelé dimanche les Européens à se tenir prêts à répondre à de possibles droits de douane lors d'une interview diffusée sur la chaîne américaine CNN. « Je pense que nous devons être prêts à réagir. Mais je pense que, plus que cela, l'UE doit être prête à défendre ce qu'elle veut et ce dont elle a besoin ».
L'Allemagne aussi a réagi ce lundi, observant « avec inquiétude les annonces de nouveaux droits de douane ». Selon le gouvernement allemand, ces nouvelles taxes « nuiraient à tous les pays » y compris les États-Unis, a-t-il indiqué. La première économie européenne « veut éviter autant que possible ces mesures », a déclaré à la presse Korbinian Wagner, porte-parole du ministère de l'Économie et du Climat. Dans un communiqué séparé, le ministre de l'Economie et du Climat Robert Habeck a appelé à « poursuivre la voie de la coopération avec les États-Unis, ce qui profite aux deux parties ».
En dépêchant cette semaine plusieurs hauts responsables sur le Vieux continent, dont le vice-président des États-Unis, J.D Vance, Donald Trump devrait faire monter la pression sur les Européens Pour son premier déplacement à l'étranger, le vice-président doit d'abord se rendre à Paris pour participer à un sommet sur l'intelligence artificielle, co-présidé par la France et l'Inde et qui se tient jusqu'au 11 février. Il y aura des entretiens avec, Emmanuel Macron. Il doit ensuite aller à Munich, en Allemagne, où se tient du 14 au 16 février une conférence sur la sécurité, la grand-messe annuelle du monde diplomatico-militaire.
Les marchés gardent leur sang-froid
La perspective de l'escalade n'a toutefois pas affolé les marchés financiers ce lundi. Wall Street a ouvert en petite baisse, tandis que les places européennes sont restées calmes. Idem du côté des asiatiques, à la veille d'un jour férié à la Bourse de Tokyo. Le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba a donné des gages à Donald Trump vendredi lors d'une rencontre à Washington.
Les deux hommes ont notamment annoncé que le groupe japonais Nippon Steel allait investir dans l'aciériste américain U.S. Steel, plutôt que de le racheter comme cela était prévu. Tokyo s'est aussi engagé à acheter des « quantités record » de gaz naturel (Taïwan s'est dit prêt lundi à faire de même). Les constructeurs Toyota et Isuzu Motors doivent aussi accroître leurs investissements aux États-Unis.
« Le fait que les indices boursiers soient en hausse en ce début de semaine pourrait être le signe d'une lassitude sur les droits de douanes », a avancé Kathleen Brooks du cabinet XTB.
Les bourses chinoises ne s'affolaient pas non plus, alors que sont entrées en vigueur lundi les mesures de rétorsions chinoises de surtaxes ciblées de certains produits américains en riposte aux 10 % de droits douane additionnels imposés par les États-Unis depuis mardi dernier.