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Guerre en Ukraine : le prix du baril de Brent tutoie les 140 dollars! Washington cherche à interdire les importations russes

latribune.fr

Publié le 07 mars 2022 à 05:54 - Mis à jour le 07 mars 2022 à 21:02

La production petroliere us atteint le cap des 11 mlns de barils par jour

Photo d'illustration

Ernest Scheyder

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Avec l'aggravation du conflit en Ukraine et l'arrêt quasi-total des exportations de pétrole russe (même s'il est pour l'heure exempté des sanctions occidentales), le prix du baril de Brent de la mer du Nord a frôlé dimanche 140 dollars (139,13 dollars), proche de son record absolu de 147,50 dollars observé en juillet 2008. Dimanche, Antony Blinken, le chef de la diplomatie américaine a indiqué que les Etats-Unis et l'Union européenne discutaient "très activement" de la possibilité d'interdire les importations de pétrole russe. Bruxelles est plus prudente et Berlin a rappelé son opposition à...

... passer du pétrole et du gaz russe. Engie explique de son côté que cela créerait un problème de stockage pour l'hiver prochain. Selon la presse américaine, Washington s'est rapproché du Venezuela pour éventuellement compenser le pétrole russe.

Avec l'aggravation du conflit en Ukraine et l'arrêt quasi-total des exportations de pétrole russe (même s'il est pour l'heure exempté des sanctions occidentales), le prix du pétrole s'envole. Dimanche vers 23 heures GMT, peu après l'ouverture des échanges électroniques, le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour échéance en mai a frôlé dimanche 140 dollars (139,13 dollars), proche de son record absolu de 147,50 dollars observé en juillet 2008. Certes, le prix s'est ensuite replié, mais vers 00H30 GMT, il était encore en hausse de 9,02%, à 128,77 dollars. Depuis le lancement de l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février, le cours du Brent a bondi de 33%.

Celui du baril de WTI (West Texas Intermediate), principale variété américaine, n'est pas en reste. Ce dimanche, le prix pour échéance en avril a dépassé la barre des 130 dollars, avant de tomber à 125,15 dollars vers 00H30 GMT, en hausse, néanmoins, de 8,18%. A cela s'ajoute la flambée du prix du gaz. Vendredi, la crainte de perturbation des exportations russes, qui fournissent 40% des importations de gaz européen, a fait grimper le TTF néerlandais (la référence du marché européen,) à un nouveau record, 213,895 euros le mégawattheure (MWh), tandis que le gaz britannique pour livraison le mois prochain a lui aussi atteint un nouveau sommet historique à 508,80 pence par thermie (une unité de quantité de chaleur).

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Possibilité d'interdire les importations de pétrole russe

Même si le pétrole russe est en théorie exempté pour l'instant de sanctions, les exportations russes ne trouvent plus preneur, Shell étant l'un des seuls à s'y être risqué cette semaine. Pour autant, il pourrait être également concerné par les sanctions. Dimanche, Antony Blinken, le chef de la diplomatie américaine a indiqué que les Etats-Unis et l'Union européenne discutaient "très activement" de la possibilité d'interdire les importations de pétrole russe.

"Nous parlons à nos partenaires et alliés européens pour envisager, de façon coordonnée, l'idée d'interdire l'importation de pétrole russe tout en s'assurant que subsiste un stock suffisant de pétrole sur les marchés mondiaux", a-t-il dit sur la chaîne CNN.

L'administration Biden est sous une pression politique croissante pour étendre les sanctions contre la Russie au domaine de l'énergie.

"Arrêtez d'acheter du pétrole russe", a plaidé dimanche, sur la chaîne CNN, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, en réaction à l'acquisition par Shell de 100.000 tonnes de pétrole russe.

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"Aujourd'hui, le pétrole et le gaz russes ont l'odeur du sang ukrainien", a-t-il ajouté, élargissant son appel à "toutes les entreprises occidentales à se retirer de Russie" pour raisons "humanitaires".

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Jusqu'ici, ce secteur a été largement épargné par les mesures prises par les occidentaux afin de ne pas déstabiliser les marchés. Des sénateurs américains, républicains comme démocrates, ont présenté jeudi un projet de loi visant à interdire ces importations. Joe Biden avait indiqué la veille que "rien n'était exclu" sur le sujet. L'idée est de se passer de la Russie tout en maintenant l'approvisionnement mondial pour ne pas nuire aux consommateurs américains.

Selon le New York Times, de hauts responsables américains se sont rendus au Venezuela samedi pour rencontrer le gouvernement de Nicolas Maduro, alors que les Etats-Unis ont coupé les liens diplomatiques avec le Venezuela en 2018 et imposé une batterie de sanctions à Caracas pour tenter de forcer Maduro à quitter le pouvoir, dont celle, mise en œuvre en avril 2019, d'empêcher le Venezuela de vendre son pétrole brut - qui représentait 96% des revenus du pays - sur le marché américain. Selon le New York Times, la visite de ces hauts responsables du département d'État et de la Maison Blanche est liée à l'intérêt de Washington de remplacer une partie du pétrole qu'il achète actuellement à la Russie par le pétrole qu'il a cessé d'acheter au Venezuela.

Par ailleurs, l'espoir d'un accord sur le nucléaire iranien qui permettrait de lever les sanctions américaines et par conséquent de mettre sur le marché les exportations de pétrole iranien est perturbé par l'intervention de la Russie dans ce dossier.

L'Union européenne plus prudente

Interrogée dimanche sur CNN également, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s'est montrée plus prudente sur la possibilité de se passer du pétrole russe. Évoquant l'objectif de "rendre impossible pour Vladimir Poutine de financer ses guerres", elle a estimé que l'Union européenne devait "se débarrasser de (sa) dépendance aux énergies fossiles russes".

"Nous discutons donc dans l'UE d'une approche stratégique sur la façon d'accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, sur la façon de diversifier notre approvisionnement énergétique", a-t-elle expliqué sans mentionner d'interdiction des importations d'hydrocarbures russes. Cette question est plus complexe pour l'Europe, dont la Russie fournit 40% du gaz, que pour les Etats-Unis, gros producteurs de pétrole. La Russie ne fournit qu'environ 8% des importations américaines de produits pétroliers russes, bruts ou raffinés. La problématique est encore plus complexe pour l'Allemagne qui importe de Russie 55% de son gaz, 42% de son pétrole ainsi que du charbon, une dépendance pour laquelle le gouvernement a fait son autocritique depuis l'invasion de l'Ukraine mais qui va nécessiter des années pour être réduite.

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Dimanche, Les ministres allemands des Finances et des Affaires étrangères se sont d'ailleurs prononcés contre une interdiction des importations de gaz, pétrole et charbon depuis la Russie dans le cadre de nouvelles sanctions liées à l'invasion de l'Ukraine.

"Il faut pouvoir tenir (les sanctions) sur la durée", a expliqué la cheffe de la diplomatie, Annalena Baerbock, à la chaîne ARD. "Cela ne sert à rien si dans trois semaines on découvre que nous n'avons plus que quelques jours d'électricité en Allemagne et qu'il faut donc revenir sur ces sanctions."

"Nous sommes prêts à payer un prix économique très très élevé" mais "si demain, en Allemagne ou en Europe, les lumières s'éteignent, ça ne va pas arrêter les chars", a ajouté Annalena Baerbock, en indiquant que "si ces sanctions mettaient un terme à cette guerre, je les prendrais immédiatement". Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, s'est également montré sceptique.

"Nous ne devons pas limiter notre capacité à tenir sur la durée" et "décider d'un embargo unilatéralement aurait un impact négatif sur cette capacité", a-t-il déclaré au journal Bild.

Une telle interdiction d'importer gaz et pétrole de Russie "menacerait la paix sociale" en Allemagne, avait affirmé vendredi le ministre écologiste de l'Economie Robert Habeck. Berlin n'est pas la seule capitale de l'UE à être très réticente à un embargo sur les énergies fossiles de Russie.

Le problème du remplissage des stockages, explique Engie

Si l'Europe venait à ne plus recevoir de gaz russe, les premières difficultés apparaîtraient avec le remplissage des cuves pour l'hiver prochain, a prévenu dimanche la directrice générale d'Engie Catherine MacGregor dans une interview aux Echos.

"Le vrai problème, ce serait le remplissage des stockages au printemps et à l'été, en préparation de l'hiver 2022-2023", a souligné la DG du groupe français. "Il serait très difficile de trouver les volumes nécessaires et ce serait très dur en cas de conflit long en Ukraine".

"En réalité, nous entrerions alors dans un nouveau monde pour l'énergie, sous l'effet d'un choc physique et d'un choc de prix sans précédent qui transformerait sans doute durablement le paysage énergétique", analyse Catherine MacGregor.

"Pour l'hiver qui se termine, il n'y aurait pas de problème d'approvisionnement, d'autant plus qu'il est plutôt clément. Même en étant totalement privés du gaz russe, nous pourrions faire face grâce aux fournisseurs d'autres pays, par gazoduc ou par navire méthanier pour le GNL", a souligné la DG d'Engie.

La gaz russe représente 20% des approvisionnements d'Engie. Le groupe négocie des volumes additionnels avec la Norvège, les Pays-Bas, l'Algérie et les Etats-Unis "mais il faut être lucide", a souligné Catherine McGregor: "les leviers qui sont à notre main sont d'une portée limitée. Ils ne seront pas suffisants pour remplacer tout le gaz qui vient de Russie aujourd'hui".

En cas de coupure, "il n'est pas inimaginable que les pouvoirs publics mettent en place des mesures de limitation de la demande", a souligné la DG d'Engie. Les industriels comme les citoyens pourraient également baisser leur consommation, notamment le chauffage.

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Il faudrait aussi "plafonner les prix de gros du gaz en Europe, qui aurait le mérite par ricochet de limiter les prix de l'électricité", et accélérer dans les énergies renouvelables, que ce soient les éoliennes ou le biométhane, selon Catherine MacGregor.

latribune.fr

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