Les chefs de la diplomatie se réunissent ce mardi en Pologne. Au menu des discussions : l'Ukraine, l'avenir des relations transatlantiques après l'élection américaine et la Défense européenne.
[Article publié le mardi 19 novembre 2024 à 09h05 et mis à jour à 10h37] Au millième jour de l'agression russe contre l'Ukraine, les chefs de la diplomatie de six grands pays européens se réunissent à Varsovie. Lors de cette rencontre, « nous discuterons des décisions possibles face à ces événements dramatiques de l'autre côté de notre frontière orientale et de l'autre côté de l'Atlantique », a déclaré lundi à Bruxelles le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski.
Pour Berlin, la rencontre de Varsovie constitue « l'expression d'une nécessité étroite mais aussi de l'étroite coordination entre les partenaires clefs de l'Union européenne », a confié à la presse lundi Kathrin Deschauer, porte-parole du ministère des Affaires étrangères allemand.
« Il y a une grande inquiétude commune face à la situation sécuritaire en Europe et avant tout la situation en Ukraine »,a-t-elle ajouté.
Parmi les sujets abordés par les ministres des Affaires étrangères polonais Radoslaw Sikorski, allemande Annalena Baerbock, français Jean-Noël Barrot, italien Antonio Tajani et, en vidéo-conférence, espagnol Manuel Albares et britannique David Lammy, se trouveront également « l'identité de défense de l'Europe et la manière de la renforcer », a indiqué à l'AFP le porte-parole de la diplomatie polonaise Pawel Wronski.
La future cheffe de la diplomatie européenne, l'Estonienne Kaja Kallas, prendra également part aux discussions à Varsovie. Le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Andriï Sybiga, a aussi été invité à Varsovie mais sera à ce moment en voyage entre les Etats-Unis et l'Ukraine, où il doit assister à des événements liés au millième jour de l'agression russe.
Missiles américains
Cette rencontre de Varsovie a lieu deux jours après que le président américain Joe Biden a autorisé Kiev à utiliser des missiles américains à longue portée sur le territoire russe. Une décision annoncée par les médias américains et confirmée à l'AFP par un responsable américain. Si elle était confirmée officiellement, cette décision constituerait un changement stratégique majeur à quelques semaines du retour au pouvoir de Donald Trump.
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La Pologne, fidèle et fervente alliée de Kiev, a salué cette mesure :
« A l'entrée en guerre des troupes nord-coréennes et à l'attaque massive de missiles russes, le président (américain Joe) Biden a répondu avec un langage que V. Poutine comprend »,a estimé le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski dimanche sur X, soulignant que la victime d'une agression avait« le droit de se défendre ».
Lundi également, Berlin, qui refuse la livraison de missiles longue portée réclamés par Kiev, a annoncé sa décision de fournir 4.000 drones sophistiqués à l'Ukraine. Le chancelier social-démocrate Olaf Scholz, à la tête d'un gouvernement minoritaire, justifie son refus de livrer ses missiles de longue portée Taurus à Kiev par la crainte d'une escalade entre la Russie et les Occidentaux.
La Russie met en garde contre une escalade
De son côté, le Kremlin a mis en garde lundi contre une nouvelle escalade et promis une réponse « appropriée » en cas de tirs de missiles à longue portée contre la Russie. Le président russe Vladimir Poutine a ainsi signé mardi le décret élargissant les possibilités de recours à l'arme nucléaire.
« Parmi les conditions justifiant l'utilisation des armes nucléaires figure le lancement de missiles balistiques contre la Russie », selon ce décret.
Le président russe avait prévenu dès fin septembre que son pays pourrait désormais utiliser l'arme nucléaire en cas de « lancement massif » d'attaques aériennes contre la Russie. Mais aussi que tout assaut mené par un pays non nucléaire, comme l'Ukraine, mais soutenu par une puissance disposant de l'arme atomique, comme les Etats-Unis, pourrait être considéré comme une agression « conjointe », nécessitant potentiellement un recours à l'arme nucléaire.
Par ailleurs, le Kremlin a assuré que son armée vaincra les forces de Kiev. « L'opération militaire se poursuivra » jusqu'à la réalisation « des objectifs fixés », a déclaré le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. Il a fait alors référence aux exigences de Moscou : une reddition ukrainienne, la cession des territoires aujourd'hui occupés ou encore la promesse que Kiev ne rejoindra pas l'Otan. L'aide militaire occidentale à Kiev « ne peut pas avoir d'effet sur l'issue de l'opération. Celle-ci continue et sera achevée », a-t-il ajouté.
Selon des médias, le feu vert américain pourrait néanmoins se limiter à des frappes contre la région russe de Koursk partiellement contrôlée par l'armée ukrainienne et où les troupes nord-coréennes seraient déployées. Sur le champ de bataille, dans l'est de l'Ukraine, des militaires ukrainiens, contraints de céder du terrain presque tous les jours, se montrent dubitatifs.
Pour la première fois depuis plusieurs semaines, la présidence a annoncé un déplacement de Volodymyr Zelensky lundi sur le front, au plus proche des combats, à Pokrovsk, puis à Koupiansk, autre point chaud dans lequel les Russes ont brièvement pénétré la semaine passée. L'Ukraine a également affirmé mardi qu'elle ne se soumettrait « jamais », en dépit de ses profondes difficultés sur le champ de bataille.
La pérennité du soutien américain a aussi été mise en doute par l'élection de Donald Trump dont les déclarations pendant la campagne pour la présidentielle font craindre à Kiev et à ses soutiens qu'il ne cherche à faire faire à l'Ukraine des concessions inacceptables pour elle. Le président russe Vladimir Poutine, dont les troupes avancent, a prévenu que toute discussion sur un arrêt des hostilités ne pourrait s'appuyer que sur les « nouvelles réalités territoriales ».
Ces dernières semaines, la Russie a commencé à intensifier ses frappes meurtrières sur les zones civiles chez son voisin, une tactique considérée par beaucoup en Ukraine comme une tentative de briser le moral de la population, dans l'optique d'éventuelles négociations. Un tir de missile russe a ainsi fait lundi en plein jour au moins dix morts et 47 blessés à Odessa, une cité portuaire sur la mer Noire, selon les autorités.