Guerre en Ukraine : Paris joue la prudence sur l'utilisation de ses missiles sur le sol russe
latribune.fr
Le ministre des Affaires étrangères Jean Noël Barrot s'est montré prudent ce lundi quant à l'utilisation par l'Ukraine de missiles à longue portée fournis par la France en territoire russe.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a réaffirmé ce lundi que l'utilisation de missiles français par les forces ukrainiennes sur le sol russe restait « une option ».
La France ne veut pas dévier de sa ligne de conduite. Alors que l'Ukraine a été autorisée par les Etats-Unis à frapper le territoire russe avec des missiles fournis par Washington, Paris fait preuve de prudence sur le sujet.
« Vous avez entendu le président (Emmanuel) Macron à Meseberg (Allemagne) le 25 mai, où nous avons ouvertement dit que c'était une option que nous prenions en considération, s'il fallait autoriser des frappes sur des cibles depuis lesquelles les Russes attaquent le territoire ukrainien », a affirmé, en anglais, à son arrivée à Bruxelles le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, pour une réunion avec ses homologues européens.
« Donc, rien de nouveau sous le soleil », a-t-il balayé.
Si les autorités françaises sont confrontées à cet arbitrage stratégique depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, c'est que la France a fourni des missiles sol-air à moyenne portée de type Scalp au pays. Mais Paris s'est toujours refusée à indiquer combien avaient été livrés et s'ils avaient été utilisés par les forces ukrainiennes. Déjà interrogé à Bruxelles le mois dernier sur d'éventuelles frappes de missiles Scalp sur le sol russe, le ministre français de la Défense Sébastien Lecornu s'était refusé à tout commentaire.
Côté américain, autoriser l'Ukraine à utiliser les missiles à longue portée fournis par les Etats-Unis est un choix stratégique majeur à quelques semaines de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump à la Maison Blanche. Une arrivée qui inquiète fortement l'Ukraine et ses alliés, redoutant un revirement des Etats-Unis dans le soutien au pays.
Techniquement, ces missiles, d'une portée maximale de plusieurs centaines de kilomètres, permettraient à l'Ukraine d'atteindre des sites logistiques de l'armée russe et des aérodromes d'où décollent ses bombardiers. A l'origine, le plan était de déployer ces missiles ATACMS fournis par les Etats-Unis dans la région frontalière russe de Koursk, où ont été déployés des soldats nord-coréens en appui des troupes russes, selon le New York Times, qui cite des responsables américains s'exprimant sous couvert de l'anonymat.
Ce serait donc en réaction à ce déploiement de militaires nord-coréens que la décision par Washington d'autoriser l'Ukraine à utiliser ses missiles aurait été prise. Un feu vert accueilli avec prudence par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui s'est contenté de noter que ces armements (missiles à longue portée) « parleront d'eux-mêmes ».
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Si le gouvernement ukrainien a choisi la discrétion, ce n'est pas le cas de la Pologne, voisin de l'Ukraine et allié, qui a salué la décision américaine :
« A l'entrée en guerre des troupes nord-coréennes et à l'attaque massive des missiles russes, le président Biden a répondu avec un langage que V.Poutine comprend », a estimé sur X (ex-Twitter) le chef de la diplomatie polonaise, Radoslaw Sikorski.
Une décision stratégique qui pourrait amener d'autres pays alliés, à l'instar du Royaume-Uni, à donner également leur feu vert quant à l'utilisation de missiles à longue portée. Même si l'Italie a aussi réaffirmé ce lundi sa position sur ses armes fournies à l'Ukraine : « Elles peuvent seulement être utilisées qu'à l'intérieur du territoire ukrainien », a déclaré depuis Bruxelles le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani. Pire, certains pays alliés comme l'Allemagne refusent toujours de fournir de tels équipements au gouvernement ukrainien.
Remettre l'Ukraine en selle avant des négociations
Pour John Hardy, du cercle de réflexion américain Foundation for Defense of Democracies, « permettre à l'Ukraine de frapper des cibles de haute priorité à travers la Russie pourrait mettre Kiev en meilleure position en vue de potentielles négociations ».
« Y compris en incitant Moscou à accepter un moratoire sur les frappes visant les infrastructures critiques d'énergie », a ajouté ce chercheur spécialiste de la Russie.
Interrogé sur France Inter ce lundi matin, l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson souhaite de son côté que Londres et Paris donnent leur feu vert à l'Ukraine pour l'utilisation de leurs missiles à longue portée sur le sol russe.
« Nos gouvernements français, britannique doivent dire aujourd'hui qu'on donne la permission pour utiliser les (missiles à longue portée français) Scalp (...) et les (missilesbritanniques équivalents) Storm Shadow (...) contre les bases russes en territoire russe », a lancé l'ancien Premier ministre, qui s'exprimait en français sur la radio France Inter.
Pour l'ancien responsable britannique, une paix aux conditions du Kremlin « serait un désastre pour le monde, pour l'Europe et bien sûr pour l'Amérique » car Vladimir Poutine resterait ensuite « dans une position de menacer le reste de l'Ukraine à perpétuité ».