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ÉconomieInternational

Guerre en Ukraine : feu vert pour l'utilisation de missiles à longue portée

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Publié le 18 novembre 2024 à 08:50 - Mis à jour le 18 novembre 2024 à 16:06

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Les États-Unis ont donné l'autorisation à l'Ukraine de frapper le territoire russe avec des missiles à longue portée qu'ils lui fourniraient, a confirmé un responsable américain dimanche. Une mesure réclamée de longue date par Kiev.

[Article publié le lundi 18 novembre 2024 à 9h50, mis à jour à 17h06] Cette mesure présage-t-elle un tournant dans la guerre opposant Kiev et Moscou ? Outre-Atlantique, la décision marque un virage majeur dans la politique de l'administration Biden. Les États-Unis « ont donné le feu vert à l'utilisation de missiles à longue portée » par l'Ukraine, a déclaré dimanche un responsable américain, s'exprimant sous couvert de l'anonymat. Le président démocrate accède ainsi à une demande de longue date de Kiev.

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De son côté, Volodymyr Zelensky a accueilli cette annonce avec prudence. « Les frappes ne se conduisent pas à l'aide de mots. Les choses comme cela ne sont pas annoncées », a-t-il déclaré. Avant d'ajouter : « Les missiles parleront d'eux-mêmes », rappelant l'importance de la « capacité longue portée » pour son armée.

Ces engins baptisés « ATACMS » ont une portée maximale d'environ 300 kilomètres. Cela permettrait à l'Ukraine d'atteindre des sites logistiques de l'armée russe et des aérodromes d'où décollent ses bombardiers. Concrètement, ces missiles emportent soit une charge unique, soit des bombes à sous-munitions qui dispersent sur le territoire de multiples petits explosifs, ont expliqué à l'AFP des analystes de Janes, société privée de renseignement britannique.

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Ils devraient être utilisés dans la région frontalière russe de Koursk, selon le New York Times, qui cite des responsables américains s'exprimant sous couvert de l'anonymat. Cette zone n'a pas été choisie par hasard : c'est là qu'ont été déployés des soldats nord-coréens en appui des troupes russes. Les États-Unis et l'Ukraine ont indiqué la semaine dernière qu'ils seraient déjà au nombre d'environ 10.000.

C'est justement en réaction à ce déploiement que Washington aurait autorisé Kiev à utiliser les missiles longue portée, selon les responsables américains. Plusieurs pays, dont les États-Unis eux-mêmes, se refusaient jusqu'à présent à donner un tel feu vert, par crainte d'une escalade avec Moscou. Le président russe Vladimir Poutine avait prévenu qu'une telle décision signifierait que « les pays de l'Otan sont en guerre contre la Russie ».

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De la poudre aux yeux ?

Les potentielles frappes à longue portée des missiles ATACMS obligeront, en théorie, Moscou à reculer. Mais « ces missiles ont déjà été utilisés depuis au moins un an et demi (ndlr : en Crimée et dans le Donbass). Rien ne va changer », minimise Alexandre Khramtchikhine, analyste militaire russe basé à Moscou. Surtout, selon lui, ils ne peuvent pas être utilisés directement depuis la ligne de front. « Parce que les lanceurs ne dureraient pas longtemps », ajoute-t-il, insistant sur leur « nombre très limité ». Aucune estimation fiable n'est disponible sur ce point.

« Les Russes ont depuis longtemps placé leurs ressources les plus critiques hors de portée du (missile) ATACMS »,renchérit pour l'AFPTV Stephen Biddle, professeur d'affaires internationales à l'Université américaine de Columbia.

Si bien que cette autorisation n'est à ses yeux « pas décisive dans le déroulement de la guerre ». Un avis partagé par les analystes de la société privée Janes : les anticipations de Moscou pourraient rendre le bénéfice de ces missiles « moins important que prévu initialement ». En outre, le système de défense aérienne russe S-400 « permet de les contrer », assurent-ils.

Plusieurs experts décrivent en filigrane une décision américaine d'abord politique, à vocation interne et étrangère. Sur le plan intérieur, Donald Trump récupèrera les clefs de la Maison blanche dans deux mois et pourra faire machine arrière. Et sur le plan extérieur, ces missiles répondent à l'envoi des milliers de soldats nord-coréens aux côtés de Moscou. « Je crains que (Washington) mette plus l'accent sur l'envoi des messages à la Chine et à la Corée du Nord que sur l'augmentation substantielle des capacités de frappe ukrainiennes », considère Ivan Klyszcz, du Centre international pour la défense et la sécurité (ICDS) en Estonie.

La Russie menace

La Russie a en tout cas réagi à cette annonce des États-Unis estimant qu'elle est de nature à « jeter de l'huile sur le feu », a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.

Si elle devait être officiellement confirmée par Washington, cette autorisation conduirait à« une situation fondamentalement nouvelle en termes d'implication des États-Unis dans ce conflit »,a-t-il encore mis en garde.

Car selon lui, qui cite Vladimir Poutine, des frappes en territoire russe ne seraient « pas réalisées par l'Ukraine, mais par les pays qui en donnent l'autorisation ». « Les coordonnées des cibles ne sont pas fournies par les militaires ukrainiens, mais par des spécialistes de ces pays occidentaux. Cela change radicalement la nature de leur implication », a-t-il répété.

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Un député russe a, plus tôt dans la matinée, minimisé la portée de cette autorisation. « Cela ne changera en rien le cours de l'opération, absolument en rien », a déclaré à l'agence publique russe Ria Novosti, Andreï Kartapolov, président de la commission défense de la chambre basse du parlement. « Nous continuerons à remplir nos missions comme nous l'avons toujours fait », a-t-il assuré. « Ce facteur sera bien sûr pris en compte, mais les objectifs fixés par » Vladimir Poutine en Ukraine « seront atteints », a-t-il poursuivi.

Le parlementaire russe a expliqué que pour contrer ces missiles, il faudrait « empêcher les avions de décoller ». « Nous nous concentrons activement sur cette tâche, en ciblant de manière intensive l'infrastructure des aérodromes. C'est une priorité, car si un avion ne décolle pas, le missile ne sera pas lancé », a-t-il souligné.

Un autre parlementaire russe s'est, lui, montré beaucoup plus virulent suite à cette décision des États-Unis. « C'est une démarche sans précédent. C'est un pas très important vers le début de la Troisième Guerre mondiale, et les Américains le feront sous l'impulsion d'un vieillard sur le départ, qui ne sera plus responsable de rien dans deux mois », a fustigé Vladimir Jabarov, membre de la commission des affaires internationales de la chambre haute. Et d'avertir : « La réponse de la Russie sera immédiate ».

Effet boule de neige chez les alliés ?

La décision des États-Unis pourrait pousser d'autres alliés de l'Ukraine à lui emboîter le pas, notamment le Royaume-Uni. L'ex-Premier ministre britannique Boris Johnson s'y est en tout cas montré favorable. « Nos gouvernements français, britannique doivent dire aujourd'hui qu'on donne la permission pour utiliser les (missiles à longue portée français) Scalp (...) et les (missiles britanniques équivalents) Storm Shadow (...) contre les bases russes en territoire russe », a-t-il lancé ce lundi, s'exprimant en français sur la radio France Inter. « Il fallait le faire il y a 18 mois », a-t-il ajouté.

Côté français, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a réaffirmé ce lundi que cela restait « une option ». « Vous avez entendu le président (Emmanuel) Macron à Meseberg (Allemagne) le 25 mai, où nous avons ouvertement dit que c'était une option que nous prenions en considération, s'il fallait autoriser des frappes sur des cibles depuis lesquelles les Russes attaquent le territoire ukrainien », a-t-il affirmé. « Donc, rien de nouveau sous le soleil », a-t-il coupé court.

La Pologne, voisine de l'Ukraine et l'un de ses plus fermes soutiens, a, elle salué l'iinitiative américaine. « À l'entrée en guerre des troupes nord-coréennes et à l'attaque massive de missiles russes, le président Biden a répondu avec un langage que V. Poutine comprend », a estimé sur X le chef de la diplomatie polonaise, Radoslaw Sikorski.

Tous les alliés ne devraient néanmoins pas suivre les États-Unis. Notamment l'Allemagne, deuxième pays fournisseur d'aide militaire à l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe. Le chancelier Olaf Scholz refuse de fournir les missiles à longue portée Taurus réclamés par Kiev.

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Idem du côté de l'Italie. Les armes fournies à l'Ukraine par Rome « ne peuvent seulement être utilisées qu'à l'intérieur du territoire ukrainien », a rappelé ce lundi le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani. « Notre position sur l'usage des armes par l'Ukraine ne change pas », a-t-il réaffirmé en marge d'une réunion des chefs de la diplomatie de l'UE à Bruxelles.

La Chine a aussi réagi ce lundi en réclamant un « cessez-le-feu rapide et une solution politique ». Pékin se présente comme un pays neutre concernant la guerre en Ukraine mais reste un allié économique et politique majeur de Moscou - il n'a d'ailleurs jamais condamné l'offensive russe. « Le plus urgent est d'encourager un apaisement de la situation aussi vite que possible », a commenté lors d'une conférence de presse régulière Lin Jian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Potentielles négociations

L'annonce américaine est survenue alors que l'Ukraine a subi des frappes aériennes dimanche. « Une attaque combinée massive a visé toutes les régions de l'Ukraine » et ciblé « nos infrastructures énergétiques », a dénoncé Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien a fait état de 120 missiles tirés et 90 drones lancés dans la nuit de samedi à dimanche.

Le ministère russe de la Défense a confirmé que des infrastructures énergétiques essentielles ont été atteintes. Il s'agit de la dixième attaque d'ampleur depuis le début de l'année contre ce type d'infrastructure, a indiqué le gestionnaire du réseau ukrainien, Ukrenergo. Conséquence, la consommation d'électricité sera restreinte lundi dans toutes les régions ukrainiennes.

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Dans ce contexte, « permettre à l'Ukraine de frapper des cibles de haute priorité à travers la Russie pourrait mettre Kiev en meilleure position en vue de potentielles négociations », estime John Hardy, du cercle de réflexion américain Foundation for Defense of Democracies. « Y compris en incitant Moscou à accepter un moratoire sur les frappes visant les infrastructures critiques d'énergie », a ajouté ce chercheur spécialiste de la Russie.

(Avec AFP)

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