Îles Salomon : l'ancien ministre proche de la Chine, Jeremiah Manele, élu Premier ministre
latribune.fr

Le ministre des Affaires étrangères pro-chinois, Jeremiah Manele, a été élu ce jeudi Premier ministre.
CHINA STRINGER NETWORK
latribune.fr

Le ministre des Affaires étrangères pro-chinois, Jeremiah Manele, a été élu ce jeudi Premier ministre.
CHINA STRINGER NETWORK
L'influence de Pékin sur les îles Salomon pourrait encore se renforcer avec l'arrivée de Jeremiah Manele à la tête du gouvernement. L'ancien ministre des Affaires étrangères pro-chinois, a, en effet, été élu jeudi Premier ministre de ce petit pays regroupant des centaines d'îles du sud du Pacifique.
Jeremiah Manele, diplomate de carrière, a remporté 31 voix sur 50 lors d'un vote à bulletin secret, a annoncé le gouverneur général David Vunagi. Pour rappel, les électeurs ne choisissent pas directement leur Premier ministre, mais élisent des représentants qui négocient à huis clos pour former une coalition et choisir un dirigeant, un processus qui peut durer des semaines. Son rival, le chef de file de l'opposition Matthew Wale, défavorable à Pékin, a obtenu 18 voix en sa faveur.
« Le peuple a parlé », a déclaré Jeremiah Manele, en saluant le fait que le scrutin se soit déroulé sans violence, dans un pays où les élections sont souvent mouvementées. « Nous avons montré au monde aujourd'hui que nous valons mieux que cela », a-t-il estimé. En effet, les élections dans ce pays n'ont pas toujours été un long fleuve tranquille. En 2000, le Premier ministre Bart Ulufa'alu avait été contraint à la démission après avoir été enlevé par des hommes armés. Et en 2006, des forces internationales de maintien de la paix avaient été déployées pour réprimer des violences post-électorales.
Le candidat vainqueur a également promis « un gouvernement d'unité nationale » qui se concentrera sur l'amélioration de l'économie et des « progrès (...) vers le rétablissement » après la pandémie de Covid-19. Des projets de loi autour de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ou encore de l'établissement d'une zone économique spéciale figurent parmi ses priorités.
Mais ce scrutin était surtout observé de près pour son impact attendu sur la situation sécuritaire dans la région. Car les observateurs s'attendent à ce que Jeremiah Manele poursuive la politique amicale de l'archipel à l'égard de la Chine.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Les îles Salomon se sont détournées de Taïwan pour établir des relations diplomatiques avec Pékin en 2019, sous la houlette du Premier ministre sortant Manasseh Sogavare - qui ne s'est pas représenté. Le nouveau président élu était alors ministre des Affaires étrangères et s'était rendu à Pékin pour formaliser l'ouverture de ces liens entre les deux pays. Le ralliement de Manasseh Sogavare à la Chine avait en partie alimenté une vague d'émeutes antigouvernementales qui ont ravagé en 2019 le quartier chinois de la capitale Honiara.
En 2022, il a, en outre, signé un pacte de sécurité, tenu secret, avec Pékin et a permis l'expansion rapide des intérêts chinois dans son pays, membre du Commonwealth. Bien que les détails de l'accord demeurent obscurs, les Etats-Unis et l'Australie craignent qu'il ne pose la première pierre d'une base militaire chinoise dans l'archipel.
À la veille des élections, qui se sont tenues le 17 avril, Daniel Suidani, figure de proue de l'opposition et ancien Premier ministre provincial, avait dénoncé les actions de la Chine. « Depuis cinq ans, la Chine a été impliquée dans de nombreuses affaires. C'est vraiment alarmant en ce moment », avait-il déclaré à l'AFP.
Preuve de sa présence, la Chine a financé plusieurs grands projets, notamment un stade d'athlétisme de 10.000 places et un centre médical encore en construction. D'autant que le pays de quelque 720.000 habitants répartis sur des centaines d'îles volcaniques et d'atolls affiche un indice de développement humain parmi les plus bas au monde selon les Nations unies.
Quoi qu'il en soit, les Etats-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont affiché leur volonté de maintenir de bonnes relations avec l'archipel. Washington se réjouit « de travailler avec le Premier ministre Jeremiah Manele pour renforcer les relations entre les Etats-Unis et les îles Salomon », a déclaré le porte-parole du Département d'Etat, Matthew Miller, dans un communiqué jeudi. « L'Australie et les Îles Salomon sont des amis proches et nos avenirs sont liés », a écrit sur X (ex Twitter) le Premier ministre australien Anthony Albanese, se disant impatient de travailler avec Manele.
Le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères Winston Peters s'est pour sa part dit heureux de poursuivre un « partenariat solide » avec les îles Salomon.
Néanmoins, certains pays du Pacifique s'inquiètent de plus en plus des velléités croissantes de Pékin dans la région. Au lendemain de l'élection, le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères a ainsi dénoncé la volonté de la Chine d'accroître sa présence sécuritaire dans les îles du Pacifique, mettant en garde contre des actions susceptibles de « déstabiliser » ou d'affaiblir la sécurité régionale. En plus du pacte secret passé avec les îles Salomon, la Chine a également incité une série d'Etats insulaires du Pacifique à passer de la reconnaissance diplomatique de Taïwan à celle de Pékin.
La classe politique néo-zélandaise évite, en effet, traditionnellement les commentaires ou actions susceptibles de mécontenter la Chine, par crainte d'encourir des sanctions politiques ou économiques dommageables comme celles imposées par Pékin à l'Australie et au Canada.
À lire également
Mais les navires de police, de recherche et militaires chinois sont de plus en plus présents dans la région, suscitant une lutte d'influence avec les Etats-Unis et des inquiétudes quant au fait que la zone Asie-Pacifique, déchirée par la violence pendant la Seconde Guerre mondiale, devienne à nouveau le théâtre d'une bataille entre grandes puissances.
(Avec AFP)
latribune.fr