Karpelès, le baron français du bitcoin, condamné au Japon

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(Crédits : Reuters)
Mark Karpelès, le surdoué français de l'internet accusé de malversations en tant que patron de la plateforme d'échange de monnaie virtuelle bitcoin MtGox, a été condamné vendredi par le tribunal de Tokyo à une peine de deux ans et demi de prison avec sursis.

Mark Karpelès, jeune loup français de l'internet accusé de malversations, a été condamné vendredi par le tribunal de Tokyo à deux ans et demi de prison avec sursis. La peine est très en deçà des dix ans de prison ferme requis par le procureur contre celui qui dirigeait jusqu'à sa faillite début 2014 la société MtGox, devenue la principale place mondiale des transactions en bitcoin.

Karpelès, le "Carlos Ghosn" du Bitcoin

Le Français de 33 ans avait plaidé non coupable. Il comparaissait pour manipulation de données informatiques et abus de confiance aggravé : il était soupçonné d'avoir détourné des fonds commerciaux "dans le but de couvrir des frais personnels, avec manquement aux obligations découlant de sa charge", selon l'acte d'accusation. Mais il a été acquitté du chef de détournement de fonds.

Les faits reprochés à Karpelès avaient été découverts en marge d'une enquête qui visait à faire la lumière sur la disparition soudaine de centaines de milliers de bitcoins. MtGox avait, selon son patron, été victime d'une attaque informatique, ce que des investigations distinctes à l'étranger tendent à confirmer.

Même si les deux histoires n'ont sur le fond rien à voir, l'affaire Karpelès offre des points de comparaison avec les démêlés judiciaires de l'ex-patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, compte tenu d'un parcours juridique qui présente des similarités: inculpation pour abus de confiance, détention prolongée, libération sous caution.

Retour sur une histoire rocambolesque

Comment ce jeune développeur français a-t-il pu devenir l'homme le plus recherché de la toile ? Mark Karpelès, PDG de la plateforme tokyoïte MtGox qui a soudainement fermé fin février 2014. La fermeture soudaine de la plateforme d'échange aurait fait se volatiliser près de 400 millions de dollars.

Retour sur l'histoire de ce jeune "geek made in France" passionné de jeux vidéo, génie du codage, qui rêvait de devenir un jour un incontournable "technopreneur" (entrepreneur du web, Ndlr) mondial.

Né dans la banlieue de Dijon en 1985, c'est à Paris en 2003 que le jeune autodidacte commence à faire ses armes en entreprise - il a alors 17 ou 18 ans-, en tant que développeur de logiciels. Petit as du codage, ses passages chez le concepteur de jeux vidéos Lynux Cyberjoueurs, le distributeur de produits informatiques Fotovista (devenu Pixmania) et chez le spécialiste du téléchargement de jeux vidéos Nexway, lui permettent de développer de solides compétences en gestion de sécurité de réseau, et de maîtriser toute une multitude de langages de programmation.

"C'était un véritable petit génie, il se baladait toujours son PC au bras, au bureau, dans la queue du restaurant...", se souvient Gilles Ridel, Pdg de Nexway. "Il affichait dans les 190 de QI".

Confiant en ses facultés, Mark Karpelès se prend à rêver de devenir son propre patron. En 2009, c'est acté : le "geek made in France" part s'installer au Japon, pays de ses jeux vidéos adorés et de l'électronique. Il y crée sa propre société, Tibanne, spécialisée dans l'hébergement web et le développement d'applications.

"Geekness brought me to Japan" (la passion de l'informatique m'a amené au Japon), choisit-t-il comme slogan pour son blog Magical Tux, sur lequel il dispense des conseils de hacking.

Rachat de MtGox en 2011, à l'avant-garde du Bitcoin

Début 2011, le japonophile fait parti des qualifiés pour la première édition de la Facebook Hacker Cup. S'il ne sort pas vainqueur du concours de codage organisé par le célèbre réseau social, cela ne l'empêche pas de poursuivre des projets plus ambitieux. Quelques mois plus tard, il rachète en effet une toute jeune plateforme web spécialisée dans l'échange de Bitcoin contre dollars : MtGox.

Son fondateur, Jed McCaleb, connu pour avoir créé le site de partage vidéo en peer-to-peer eDonkey, avait initialement conçu MtGox pour faciliter les échanges de cartes du jeu "Magic: The Gathering". Mais son intérêt pour le Bitcoin allant en grandissant, l'entrepreneur américain convertit son site en 2010 en un équivalent de marché de changes pour Bitcoin.

A l'époque, la cryptomonnaie ne passionne alors que quelques dizaines de milliers de geeks dans le monde. Fin 2011, un Bitcoin ne vaut que 4 dollars (contre près de 900 début janvier 2014). Mais quelques mois à peine après sa reprise de la plateforme, Mark Karpelès doit faire face à une première cyberattaque de la part de hackers ayant pris le contrôle du compte d'administrateur de Jed McCaleb. Le scandale est de taille : une importante quantité de Bitcoin s'est volatilisée tandis que les informations de milliers d'usagers de la plateforme sont dévoilées publiquement. Le Frenchie, paniqué, doit fermer une première fois la plateforme en juin 2011.

Un prélude aux nombreux autres troubles du genre que connaîtra MtGox. Début 2013, par exemple, le site suspend certains retraits pendant 3 mois.

80% des transactions mondiales de Bitcoin

Au printemps de la même année, le site de Mark Karpelès connaît un apogée. Accompagné de son directeur marketing et camarade Gonzague Gay-Bouchery (également associé chez Tibanne), le jeune gourou de la sulfureuse monnaie virtuelle multiplie les interviews et affirme contrôler près de 80% des échanges mondiaux de Bitcoin. Soit entre 5 et 20 millions de dollars de transactions par jour.

Un tel rôle amène le duo à reconsidérer ses responsabilités. En mars 2013, le Trésor américain demandait à ce que certains sites risqués en rapport avec le Bitcoin se déclarent au gouvernement. En réaction, Gonzague Gay-Bouchery assure que MtGox souhaite se conformer aux exigences.

"Nous sommes les leaders", confie-t-il au magazine en ligne The Verge"Il en va de notre responsabilité de faire les choses en règle".

Au cours de cette même entrevue, les deux Frenchies assurent espérer que le paiement par Bitcoin soit un jour suffisamment accepté pour qu'une plateforme de change ne soit plus nécessaire.

"Nous sommes en train de construire un pont entre le système monétaire actuel et le Bitcoin", qui est le futur, expliquent-ils.

Mais en 2014, les problèmes reprennent. Le 7 février, suite à une nouvelle "faille de sécurité", MtGox suspend sans prévenir ses transactions. "

Jusqu'à ce que ce problème technique soit résolu", indique un communiqué. Les internautes ayant injecté des Bitcoin dans la plateforme craignent d'avoir été floués.

Dissimulateur ou victime ?

En réponse aux critiques, Mark Karpelès explique, dans une interview au magazine américain Forbes le 13 février 2014, que le problème affecte uniquement les opérations qui partent d'un compte Mt Gox vers une adresse Bitcoin externe, et les retraits monétaires. Le bug, s'il n'est pas correctement réparé, permettrait potentiellement aux hackers de manipuler des transactions et de réaliser deux retraits pour une même opération.

Qu'a-t-il pu se passer pour que, dans la nuit de lundi à mardi, le jeune développeur parisien rende tout simplement inaccessible le site qui a fait sa gloire ?

"C'était un garçon très droit, commente son ancien employeur de chez Nexway, il me paraît évident qu'il est dépassé par les événements."

Une appréciation qui n'est pas de l'avis de tous, car Mark Karpelès semble ne pas en être à ses premiers accrocs avec la justices. En juillet 2013, il a notamment été condamné au Tribunal civil de Tokyo pour ne pas avoir honoré un contrat, et a dû à ce titre rembourser plusieurs milliers d'euros. Le plaignant, Stéphane (il n'a pas souhaité indiquer son nom de famille) avait fait appel aux services du jeune geek pour le développement de son site web. Mais le jeune patron de MtGox n'a jamais livré le travail promis, tout en continuant à toucher les revenus prévus dans le contrat.

Dans l'affaire MtGox, il semble que le bug informatique qui a contraint la plateforme a suspendre ses transactions le 7 février était connu depuis au moins un an. L'enquête de la police japonaise permettra de déterminer si Mark Karpèles a tenté sciemment de dissimuler les failles de son système, ou s'il a été la victime de cyberpirates.

"Si vous achetez des Bitcoin il faut garder à l'esprit que la valeur pourrait chuter à zéro dès le lendemain", déclarait le Frenchie dans une interview au site bitcoin.fr en avril 2013. Une réalité que les 1,1 million de clients de MtGox doivent avoir très clairement en tête aujourd'hui.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2019 à 20:57 :
Le "système" Bitcoin remplacerait-il le "Ponzi" (bien que leurs bases soient dissemblables ?
a écrit le 15/03/2019 à 13:14 :
Il a été quasi mis hors de cause par le tribunal de Tokyo avec une peine avec sursis mais je ne crois pas en la totale innocence de l'ex inculpé déja condamné en France pour des délits.Le Japon n'y connait rien dans ces plateformes contrairement aux américains.
Les États -Unis maintiennent d'ailleurs leur"class action" contre lui car des centaines d'investisseurs ont perdu de l'argent et aux USA ,ils ont les moyens de savoir si ces fameux Bitcoins ont été vraiment hackés ou détournés ou peu protégés par l'ex proprio de cette plateforme.
a écrit le 15/03/2019 à 10:35 :
Au delà de la peine avec sursis qui me semble quand même justifiée au regard des pertes financières graves dont les clients de MtGox ont eu a faire face, on peut noter une grande naïveté et légèreté de la part de Mark Karpelès. J'espère que ce gars là n'aura plus droit à diriger aucun établissement financier de quelque nature dans le monde.
On peut ici souligner l'enfumage de l'utopie du Bitcoin, qui n'a jamais été une "monnaie" : juste un "cryptoactif" basé sur de l’esbroufe, au départ affranchi de toutes règles, non protégé par aucun gouvernement, et qui plus est une véritable catastrophe écologique considérant l’astronomique consommation électrique nécessaire pour le minage et la blockchain...
Il s'en tire bien...
a écrit le 15/03/2019 à 9:24 :
en prison.
Cette année, le Japon a la faveur des entrepreneurs surdoués français.
Réputés pour leur charme et leur douceur de vivre, les prisons japonaises offrent un confort inégalé aux clients français premium.
Modèle d'inclusion et de vivre ensemble, chaque unité carcérale est doté de tous les équipements nécessaires afin d'assurer leur sécurité pendant leur séjour.
Accueillant et raffiné, le personnel est formé pour satisfaire aux besoins et aux attentes de tous les capitaines d'industrie français désireux de découvrir un nouvel univers.
Nous leur souhaitons un agréable séjour parmi nous et nous leur disons à très bientôt.

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