L'AIE propose 10 mesures pour se passer du gaz russe et accélérer la transition énergétique

Le plan de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) vise à réduire d'au moins un tiers les 155 milliards de m3 de gaz russe importés par l'Europe en 2021 tout en accélérant la réduction des émissions de CO2. Reste maintenant à chaque pays européen à décider comment il compte appliquer ces mesures.
Robert Jules
(Crédits : Reuters)

"Plus personne ne se fait d'illusions. L'utilisation par la Russie de ses ressources en gaz naturel comme arme économique et politique montre que l'Europe doit rapidement se préparer à faire face à de considérables incertitudes sur l'approvisionnement en gaz russe l'hiver prochain", a mis en garde jeudi Fatih Birol, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Lire aussi 6 mnGaz russe : pourquoi l'Europe est piégée

Pour ce faire, l'AIE, qui est dans son rôle puisqu'elle a été précisément créée pour conseiller les pays de l'OCDE en matière de politique énergétique, propose un ensemble de 10 mesures pour réduire la dépendance au gaz russe dans le but de s'en passer définitivement à plus ou moins long terme. Le défi est de taille au regard des volumes en  jeu. En 2021, selon les données de l'AIE, l'Union européenne (UE) a importé 140 milliards de m3 de gaz de Russie par gazoduc et 15 milliards de m3, sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL). Ces 155 milliards de m3 représentent 45% des importations totales de gaz de l'UE, et presque 40% de sa consommation totale.

Recours au nucléaire

Pour diminuer ce volume, l'AIE préconise avant l'hiver prochain l'adoption de 10 mesures :

  • ne plus signer de nouveaux contrats d'approvisionnement de gaz russe
  • chercher des fournisseurs alternatifs, en particulier les Etats-Unis, l'Algérie, le Qatar, l'Azerbaïdjan pour un volume estimé à 30 milliards de m3, ce qui implique d'investir dans des infrastructures portuaires pour le GNL.
  • imposer à chaque pays un niveau minimum de stocks stratégique gaziers (comme c'est le cas pour le pétrole)
  • accélérer le développement des capacités d'énergie éolienne et solaire (économie de 6 millions de m3 de gaz)
  • augmenter la production d'électricité à partir du nucléaire et de la biomasse (économie de 13 millions de m3)
  •  fiscalité augmentée sur les bénéfices exceptionnels réalisés grâce à l'envolée des prix du gaz pour réduire la facture des ménages les plus vulnérables.
  • accélérer la substitution de pompes à chaleur aux chaudières au gaz (économie de 2 milliards de m3)
  • améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments (économie de 2 milliards de m3)
  • encourager les consommateurs à baisser leur thermostat de 1 degré (économie de 10 milliards de m3)
  • décarboner les réseaux électriques en diversifiant les sources.

Ce sont donc potentiellement 63 milliards de m3 de gaz naturel qui pourraient être retranchés des importations de gaz en provenance de Russie, soit quelque 40%. Autrement dit, l'hiver prochain, l'Europe dépendra encore pour 92 milliards de m3 du gaz russe, toutes choses étant égales par ailleurs.

-

importations gaz russe

-

Plus modeste, l'AIE vise une réduction de 50 milliards de m3, soit un tiers des importations russes, mais qui pourrait atteindre 80 milliards de m3 si l'UE acceptait de ralentir la réduction de ses émissions de CO2, en recourant au charbon à la place du gaz pour produire de l'électricité. Le plan intègre aussi la nécessité de reconstituer des stocks gaziers, qui sont à leur plus bas, en raison même de la décision de Gazprom de réduire ses livraisons cet hiver alors même que l'Europe traversait une crise énergétique, et subissait une envolée des cours du gaz. Sur le marché TTF des Pays-Bas, le prix du gaz a atteint ces derniers jours un sommet à 199 euros le mégawattheure. Sur un an, les prix ont bondi de... 930%.

Une opportunité pour décarboner l'activité en Europe

S'il s'agit donc de réduire les importations européennes de gaz russe, les propositions de l'AIE, comme l'a souligné Fatih Birol, s'inscrivent non seulement dans le cadre des sanctions à l'égard de Moscou mais sont aussi une opportunité pour accélérer la transition énergétique telle qu'elle est inscrite dans le "pacte vert pour l'Europe" qui doit être financé par un tiers des 1.800 milliards d'euros d'investissements du plan de relance NextGenerationEU et du budget septennal de l'UE. C'est d'ailleurs ce qu'a assuré Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, lors de cette présentation : « Plus que jamais, se débarrasser des énergies fossiles russes et des énergies fossiles en général est essentiel. Ce qui est en jeu, c'est à la fois la nécessité d'accélérer la lutte contre le changement climatique et, on le voit désormais, la sécurité énergétique à court terme du continent européen. Le plan en 10 points proposé aujourd'hui par l'AIE va enrichir notre réflexion."

Reste à savoir comment chaque pays européen va appliquer ces mesures.

Robert Jules

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 24
à écrit le 10/03/2022 à 14:59
Signaler
L'Espagne... 80 Mds de capacité de stockage. 30 Mds de consommation annuelle avec le Portugal. Le pb ce sont les gazoducs transpyrénéens.. mais plus rapides à faire (2 à 3ans max) que d implanter des éoliennes en mer en nombre suffisant. Ou de nouv...

le 11/03/2022 à 11:16
Signaler
Erreur de calcul. Pour la France c'est plutôt 40 Mds m3/an. Ce qui offre encore plus de possibilités en se connectant à l'Espagne et libérerait des capacités pour le gaz norvégien vers nos voisins.

à écrit le 05/03/2022 à 1:49
Signaler
ou de favoriser le biomethane agricole

le 10/03/2022 à 15:11
Signaler
La production actuelle est de l'ordre de 0,17 Mds m3/an en France pour une consommation de l'ordre de 70 Mds de m3... Il va en falloir des unités !

à écrit le 05/03/2022 à 1:47
Signaler
la seule solution est la construction massive d eoliennes offshores en 2 a 4 ans pour compenser le gaz russe

à écrit le 04/03/2022 à 17:11
Signaler
Il ne fallait pas armée l Ukraine qui ne faisait pas partie de l OTAN alors que la Russie était en pourparlers avec l'EU. Les provocations Américaines sont risibles, tout comme nos dirigeants pro us et pro système capitaliste.

à écrit le 04/03/2022 à 17:07
Signaler
Pourtant la Russie continue de fournir du gaz à l'Europe et ce malgré les sanctions à ce que je sache

à écrit le 04/03/2022 à 16:00
Signaler
Déjà, le solaire thermique c'est entre 600 et 800watts/m2 et avec ça on chauffe l'eau sanitaire voire les habitations avec du gaz ou du bois en secours.

à écrit le 03/03/2022 à 21:16
Signaler
Brigitte n à qu' à économiser le chauffage à l Élysée pour donner l exemple !

le 04/03/2022 à 0:34
Signaler
Commentaire à classer au delà des pires poubelles du genre ! ! !

le 04/03/2022 à 1:10
Signaler
Sauf que son radiateur fonctionne grâce à l'électricité nucléaire...

le 04/03/2022 à 12:31
Signaler
Après la réduction du CO2 en donnant des baskets et des vélos électriques a tlm, la réduction énergétique en distribuant des bonnets a tlm...mais tricotés avec de la laine française

le 04/03/2022 à 20:30
Signaler
digne des plus mauvais comique troupier

le 09/03/2022 à 14:05
Signaler
Pourquoi le ferait elle, ils sont nourris, logés, blanchis à l'elysee que je sache

à écrit le 03/03/2022 à 21:15
Signaler
Brigitte n à qu' à économiser le chauffage à l Élysée pour donner l exemple !

à écrit le 03/03/2022 à 21:15
Signaler
Brigitte n à qu' à économiser le chauffage à l Élysée pour donner l exemple !

le 03/03/2022 à 21:40
Signaler
5 ans de plus, il va vraiment qu'elle s'y mette à faire des économies (c'est pour ça qu'elle ramasse les pièces jaunes ?)

à écrit le 03/03/2022 à 18:55
Signaler
Oubli quant aux pellets de bois qui sont une technologie mature et peuvent assurer un bon 10 md m3 si je me réfère au chiffre donné pour la baisse d'un degré de la température intérieure. Autre piste sur le chauffage, baisser le prix de l'électrici...

à écrit le 03/03/2022 à 18:48
Signaler
Comment appauvrir encore plus le peuple Français ,le gouvernement joue contre son camps .Quand on voie s'envoler le prix à la pompe on a l'impression que même l'essence vient de Russie . Vivement les élections pour pouvoir avoir la parole ,car on no...

le 03/03/2022 à 20:29
Signaler
Poutine veut sans doute, en dernière étape, raser Kiev (par des bombardements incessants, l'armée russe est spécialiste), avec ou sans sanctions, les oligarques n'osent pas le contredire (danger ! Un dictateur on lui dit 'da da' ou ça se termine mal ...

le 04/03/2022 à 11:16
Signaler
@photo "Poutine veut sans doute, en dernière étape, raser Kiev" Pas certain, les allemands ont commis l’erreur de raser Stalingrad par les bombardements ,bilan, leurs chars ne pouvaient plus traverser la ville avec les décombres et cela facilit...

le 04/03/2022 à 18:35
Signaler
Je pense la meme chose , Macron et ses ministres , la cheftaine de la commission et les medias nous ont mis de fait en quasi état de guerre avec la Russie alors qu'on je suis pas persuadé que le gouvernement Ukrainien soit si fréquentable que ça.

à écrit le 03/03/2022 à 18:42
Signaler
Se passer de l' UE aux mains des atlantistes et de Macron sera beaucoup plus rationnel et économique.

le 04/03/2022 à 8:23
Signaler
c est sur que si on se fait gouverner par Poutine ca se passera mieux. Poutine nous meprise (pas completement a tort) car nous n avons pas de coui.... Quant on voit que les gens geignent car il va falloir chauffer moins ou qu il svont avoir du ma...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.