L’invisible fragilité de la Jordanie
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François Clemenceau
© LTD / DR
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Et si on se mettait à sa place ? Que ferait-on si l'on était le roi de Jordanie ? Abdallah II vient de fêter le jubilé de ses vingt-cinq ans sur le trône et, tout comme son père, Hussein, il sait que sa longévité n'y est pas assurée. Le couple qu'il forme avec la reine Rania, une Palestinienne dont les parents sont originaires de Tulkarem, symbolise ce qu'est la Jordanie moderne d'après les guerres israélo-arabes de 1948 et 1967. La population jordanienne, bédouine et citadine, tribale et citoyenne, a quasi doublé en un quart de siècle lorsque les Palestiniens expulsés de Cisjordanie par Israël sont venus s'installer dans ce pays à majorité désertique. Il se trouve qu'après-demain les Jordaniens seront appelés à renouveler le Parlement pour la première fois depuis les massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas et la guerre que mène Israël à Gaza, où l'on déplore plus de 40 000 morts en onze mois.
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Bien que de grands progrès aient été réalisés pour démocratiser la vie politique, le royaume ne ressemble pas vraiment à une monarchie constitutionnelle scandinave. Selon l'ONG Freedom House financée par le gouvernement américain, la Jordanie obtient un score de 33 sur 100 pour son respect des droits politiques et des libertés publiques. À l'instar de dans bien d'autres pays arabes ou musulmans, l'islamisme est vécu par le roi et les élites comme une menace existentielle. Des trois branches locales des Frères musulmans qui ont tenté d'y avoir une existence légale, une seule a fini par être tolérée après que le Hamas a été expulsé du pays en 1999.