L'Ukraine « peut gagner » la guerre contre la Russie « avec les bons équipements », assure Washington
latribune.fr
Les États-Unis ont récemment annoncé une aide militaire de 700 millions de dollars, dont quelque 400 millions pour aider des pays d'Europe de l'est ayant fourni des armes à l'Ukraine.
THOMAS PETER
Le chef du Pentagone considère que l'Ukraine est en mesure de « gagner » la guerre contre la Russie à condition d'y croire et d'avoir « les bons équipements, le bon soutien ». Une déclaration qui intervient dans un contexte où les Occidentaux renforcent leur soutien à l'armée ukrainienne depuis la semaine dernière. Les États-Unis ont accéléré leurs livraisons d'armes lourdes tout comme la France ou encore la Pologne.
Alors que Vladimir Poutine comptait mettre la main sur l'Ukraine en quelques jours, cela fait désormais deux mois que le pays du président Volodymyr Zelensky résiste à l'armée russe. Cette détermination est indispensable pour sortir victorieux du conflit aux yeux du chef du Pentagone Lloyd Austin.
« La première chose pour gagner, c'est de croire que l'on peut gagner. Et ils sont convaincus qu'ils peuvent gagner », a-t-il déclaré ce lundi à propos des Ukrainiens au retour d'une visite à Kiev avec le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, le premier déplacement de ministres américains depuis le début du conflit le 24 février. Et d'ajouter : « Ils peuvent gagner s'ils ont les bons équipements, le bon soutien ».
« Nous voulons voir la Russie affaiblie à un degré tel qu'elle ne puisse pas faire le même genre de choses que l'invasion de l'Ukraine », a encore indiqué le ministre américain de la Défense, après avoir rencontré dimanche Volodymyr Zelensky. « Elle a déjà perdu beaucoup de capacités militaires, et beaucoup de troupes pour être franc, et nous ne voudrions pas qu'elle puisse rapidement reconstituer ces capacités ».
Les États-Unis renforcent leur aide militaire à l'Ukraine...
Les États-Unis - qui ont annoncé une nouvelle aide militaire de 700 millions de dollars, dont quelque 400 millions pour aider des pays d'Europe de l'est ayant fourni des armes à l'Ukraine - ont accéléré dernièrement leurs livraisons d'équipements militaires à l'Ukraine. Ils lui livrent désormais des armes lourdes, afin de résister à l'offensive russe qui se concentre sur l'est et le sud du pays, après que les troupes de Moscou eurent échoué dans la région de Kiev, dont elles se sont retirées fin mars.
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« C'est important, à cause de la nature des combats que nous anticipons dans le Donbass, à cause du terrain, parce que c'est ouvert, parce que c'est plat, parce que cela n'est pas aussi urbanisé », a expliqué la semaine dernière le porte-parole du Pentagone John Kirby. « Nous pensons que ce sera un multiplicateur de force » pour les Ukrainiens.
Le président Zelensky, qui ne cesse d'appeler ses partenaires occidentaux à fournir plus d'armes offensives à Kiev, a remercié Washington, le peuple américain et le président Joe Biden « personnellement », pour leur soutien. Il a souligné que l'aide militaire américaine « inédite », d'un montant total de 3,4 milliards de dollars, était « la contribution la plus importante au renforcement des capacités de défense ukrainienne ».
La France fournit des missiles antichars Milan ainsi que des canons Caesar à l'Ukraine pour l'aider à faire face à l'invasion russe, a affirmé Emmanuel Macron dans un entretien à Ouest-France paru vendredi 22 avril. Jusqu'ici, Paris s'était gardé de préciser les types d'armements livrés à Kiev, concédant juste mi-avril « 100 millions d'euros de dons de matériels déjà effectués » et annonçant la fourniture de « capacités militaires complémentaires ».
Sollicitée par l'AFP, l'Elysée n'a pas précisé le nombre de missiles Milan et de canons Caesar livrés, afin de ne « pas donner d'informations opérationnelles » qui pourraient être utilisées par l'armée russe. Les missiles Milan « ont déjà été donnés», selon cette source. Le Monde, qui avait révélé l'information le 9 mars, évoquait « quelques dizaines d'armes » prélevées sur les stocks de l'armée française. L'acheminement des Caesar est lui « en cours, ils seront livrés dans les prochains jours » ainsi que « des milliers d'obus », selon l'Elysée. Une quarantaine de militaires ukrainiens doit par ailleurs être formée en France à leur maniement à partir de samedi, a ajouté la présidence sans plus de précisions.
Plusieurs pays de l'Otan ont déjà donné leur feu vert à des livraisons d'armes lourdes, comme la Grande-Bretagne, la République tchèque ou les Pays-Bas. L'Allemagne s'est, elle, engagée à aider les alliés est-européens fournissant à Kiev des armements de fabrication soviétique, également utilisés par l'armée ukrainienne, en remplaçant le matériel qu'ils fourniront. Et des consultations sont aussi en cours entre le gouvernement allemand et des industriels de la défense pour l'envoi éventuel d'équipements militaires supplémentaires à Kiev. L'Allemagne a jusqu'ici livré à l'Ukraine du matériel militaire défensif, tels que des armes anti-char, des lance-missiles et des missiles sol-air.
La Pologne a indiqué ce week-end avoir fourni à l'Ukraine des armes d'une valeur de 1,6 milliard de dollars (1,5 milliard d'euros) pour l'aider face à l'invasion russe, a déclaré samedi 23 avril le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. « Cet équipement sauve la souveraineté ukrainienne, polonaise et européenne », a-t-il justifié dans un communiqué.
Depuis de début de l'invasion russe en Ukraine fin février, le gouvernement polonais a annoncé avoir fourni à l'Ukraine notamment des missiles antichars, des missiles anti-aériens, des mortiers, des munitions, ainsi que des drones. Quarante chars, ainsi qu'une soixantaine de transporteurs blindés feraient également partie du matériel fourni par la Pologne à Kiev, selon les médias polonais, sans que le gouvernement ne le confirme officiellement.
Malgré des appels répétés à une trêve pour la Pâque orthodoxe dimanche, les combats se sont poursuivis tout le week-end dans l'est et le sud de l'Ukraine. L'ONU avait notamment appelé en vain à une trêve « immédiate » à Marioupol, port stratégique de la mer d'Azov presque entièrement contrôlé par l'armée russe, afin de permettre l'évacuation de quelque 100.000 civils encore coincés dans la ville en ruines.
Les forces russes continuaient ce lundi à bombarder, avec missiles et artillerie, le vaste complexe métallurgique d'Azovstal, où sont retranchés les derniers combattants ukrainiens mais aussi près de 1.000 civils, selon l'état-major ukrainien.
Un conseiller du président Zelensky a déclaré dimanche que l'Ukraine avait proposé à la Russie de tenir « une session spéciale de pourparlers juste à côté du site d'Azovstal », indiquant « attendre la réponse ». L'armée ukrainienne a aussi affirmé ce lundi avoir repoussé une série d'attaques russes dans les régions de Donetsk et Lougansk, dans le Donbass, où de nombreuses localités, comme Roubijné, sont quotidiennement sous les bombes.
Beaucoup d'habitants ukrainiens s'attendent désormais à une guerre longue, alors que les négociations engagées entre Moscou et Kiev semblent dans l'impasse et que la guerre a déjà jeté sur les routes près de 13 millions de personnes, dont plus de 5 millions ont fui l'Ukraine, selon l'ONU. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres était dans ce contexte attendu lundi en Turquie, pays qui tente de jouer les médiateurs dans le conflit, avant de se rendre mardi à Moscou, puis à Kiev.
A cette détermination sans faille des Ukrainiens s'ajoute une autre réalité : Avec une Offensive initiale sur de multiples fronts sans conquête de la supériorité aérienne, colonnes de blindés sans appui, manque de coordination, résistance ukrainienne sous-estimée, l'entrée en guerre des Russes a été ratée
Le 24 février, l'offensive russe est en effet lancée sur trois fronts simultanés, diluant les 150.000 soldats russes sur plusieurs axes de progression: au Nord vers la capitale Kiev, à l'Est et dans le Sud.
Mais les forces russes se déploient au sol sans que Moscou ait obtenu au préalable la maîtrise du ciel, en dépit des 500 aéronefs mobilisés. Une erreur majeure, selon tous les spécialistes. Sur le terrain, la manœuvre terrestre est confuse, révélant les défaillances de la chaîne de commandement et des lacunes d'entraînement. Des unités d'élite sont parachutées sur l'aéroport de Hostomel, près de Kiev, sans appui aérien, tandis que de longues colonnes de blindés russes avancent parfois sans couverture, vulnérables aux frappes ukrainiennes lancées depuis le sol ou dans les airs, à l'aide de drones tactiques turcs Bayraktar.
En deux mois, les Russes ont perdu plus de 500 chars et plus de 300 véhicules blindés, selon le blog spécialisé Oryx qui recense les pertes matérielles en Ukraine sur la base de photos ou vidéos recueillies sur le champ de bataille.
"Cela ne signifie pas la fin de l'ère des chars", fait valoir William Alberque, expert militaire à l'Institut international d'études stratégiques (IISS) de Londres. "Mais les véhicules blindés fonctionnent bien lorsqu'ils sont combinés avec de l'artillerie, de l'infanterie et de l'appui aérien", ce qui a fait défaut dans la première phase de la guerre en Ukraine.
La chaîne logistique a du mal à suivre. Les nombreuses frappes russes, elles, manquent de précision: selon Washington, seules 50% des frappes de missiles de croisière atteignent la cible visée.
A l'inverse, "les Ukrainiens se sont remarquablement préparés. Ils ont monté une véritable opération de diversion" en ne cherchant pas à défendre leurs frontières, à portée des tirs d'artillerie, diluant à la place leurs moyens sol-air et leur aviation sur le territoire, et se regroupant dans les villes pour compliquer l'offensive russe, fait valoir une source militaire européenne.
Au bout d'un mois, après avoir échoué à encercler et faire tomber Kiev, Moscou décide de changer de stratégie et de se focaliser sur la conquête de la région du Donbass, située à l'Est et frontalière de la Russie.
Depuis, "nous assistons à une certaine consolidation" des efforts militaires russes, avec "un commandement unifié et un objectif plus cohérent", constate William Alberque, de l'IISS, qui prédit toutefois une âpre bataille sur un terrain difficile parsemé de cours d'eau et de forêts.
"Les Ukrainiens ont l'avantage sur ce terrain. Ils vont mener une bataille des routes pour compliquer la manœuvre et l'approvisionnement russe", commente un haut gradé français, tout en notant que Kiev fait désormais face à des lignes d'approvisionnement très étirées, alors que les armes fournies par les Etats-Unis et l'Europe viennent de l'ouest.