Au Japon, les taux négatifs, c’est désormais fini
latribune.fr

Kazuo Ueda, le gouverneur de la BoJ.
ISSEI KATO
latribune.fr

Kazuo Ueda, le gouverneur de la BoJ.
ISSEI KATO
[Article publié le mardi 19 mars 2024 à 06h59 et mis à jour à 11h33]Les taux négatifs c'est fini au Japon. Et par ricochet, dans le monde marqué par une hausse brutale des taux depuis deux ans pour contrer l'inflation.
Alors qu'elle était jusqu'ici la dernière banque centrale au monde à appliquer un taux négatif depuis la fin de cette expérience en Europe en 2022, la Banque centrale japonaise (BoJ) a relevé ce mardi son taux directeur, une première depuis 2007, mettant fin en même temps non seulement à sa politique de taux négatif mais aussi de contrôle des rendements obligataires nippons qui visait à maintenir leurs rendements à dix ans autour de 0%. Deux outils non-conventionnels en place depuis 2016 afin de soutenir l'activité économique du pays.
Le processus graduel de normalisation monétaire a été décidé après l'annonce la semaine dernière d'une augmentation record des salaires depuis 1991, supérieure à 5% Prenant acte d'une dynamique désormais « plus solide » entre les salaires et l'inflation au Japon, la BoJ va donc désormais appliquer un taux d'intérêt de court terme entre 0% et 0,1%, contre une fourchette de -0,1% à 0% précédemment.
Et ce « moment » devrait durer : car la BoJ pense que son objectif d'une inflation de 2% sera atteint « d'une manière stable et durable » vers la fin de la période de ses dernières projections macroéconomiques livrées en janvier, c'est-à-dire pas avant l'horizon 2025-2026.
La BoJ devra cependant « être beaucoup plus convaincue » que l'inflation au Japon est réellement sur la voie de sa cible de 2% de manière durable avant de procéder à un nouveau relèvement de ses taux, estime l'économiste Tom Kenny dans une note de la banque ANZ, pour qui la Banque du Japon entre dans une « nouvelle ère ».
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

La Bourse de Tokyo a terminé la journée de mardi en hausse après les annonces de la BoJ. L'indice vedette Nikkei avait démarré en légère baisse, mais a grimpé après les annonces de la BoJ pour clôturer sur un gain de 0,66%, à 40.003,60 points, revenant ainsi au-dessus de la barre des 40.000 points pour la première fois depuis deux semaines. Les gains de l'indice élargi Topix ont même été encore plus robustes (+1,06%, à 2.750,97 points).
De son côté, le yen s'est replié fortement ce même jour. Vers 09H55 GMT (10H55 heure de Paris), la devise nippone chutait de 1,02% par rapport au billet vert, à 150,69 yens pour un dollar, et reculait de 0,68% vis-à-vis de la monnaie unique européenne, à 163,28 yens pour un euro.
Ce tournant dans la politique monétaire japonaise n'est pas une surprise. Les marchés financiers avaient anticipé ce début de normalisation, surtout depuis les résultats préliminaires vendredi dernier des négociations salariales annuelles au Japon. De fait, celles-ci ont abouti à une hausse record des salaires dans le pays depuis 1991. Plus de 770 syndicats membres de la confédération syndicale Rengo ont obtenu à ce stade des hausses de salaires de 5,28%, a annoncé vendredi dernier cette organisation. Une augmentation moyenne de 3,8% avait été obtenue l'an dernier à la même période, ce qui était déjà un record depuis 1994.
A l'inverse de la Réserve fédérale américaine (Fed) ou de la Banque centrale européenne (BCE), qui ont commencé à vivement resserrer les conditions du crédit dans leurs zones respectives depuis 2022 à cause d'une forte poussée inflationniste, la BoJ a longtemps temporisé.
L'inflation s'est également réveillée au Japon depuis 2022 et la flambée des prix de l'énergie dans le sillage du début de l'invasion russe de l'Ukraine. Mais avant d'agir, la BoJ voulait attendre de voir poindre une dynamique positive entre les hausses de prix et celles des salaires, une condition essentielle pour espérer atteindre son objectif d'une inflation stable de 2%.
La hausse des prix à la consommation dans le pays (hors produits frais) a atteint 3,1% en moyenne en 2023, un record depuis 1982. Et elle reste relativement tenace (2% en janvier, selon les derniers chiffres officiels disponibles).
Le Japon a finalement évité une récession technique fin 2023. Le 11 mars dernier, son produit intérieur brut (PIB) au quatrième trimestre a été révisé en hausse, à +0,1% en termes réels sur un trimestre, contre -0,1% lors de la première estimation mi-février. Cette révision s'explique par des investissements non résidentiels des entreprises privées, bien plus robustes qu'initialement annoncé (+2% contre -0,1% au départ).
Sur l'ensemble de l'année dernière, la croissance économique du pays est cependant restée inchangée (+1,9%, après +1% en 2022). Le PIB japonais s'était contracté de 0,8% au troisième trimestre. En termes nominaux, c'est-à-dire sans corriger l'effet de l'inflation, le PIB nippon a été rétrogradé en 2023 au quatrième rang mondial, ayant été dépassé par l'Allemagne.
La consommation des ménages est en panne au Japon, à cause de l'effet combiné de l'inflation et du yen faible. Au quatrième trimestre cette composante clé du PIB est restée négative (-0,3%, chiffre inchangé). Et le début de cette année s'annonce difficile, la consommation des ménages ayant connu en janvier sa pire chute depuis trois ans (-6,3% sur un an).
À lire également
« La faiblesse de la consommation privée est particulièrement préoccupante, étant en déclin depuis trois trimestres consécutifs », avait aussi rappelé Yoshiki Shinke, de l'institut de recherche de l'assureur japonais Dai-ichi Life.
(Avec AFP)
latribune.fr