La tech américaine, victime des tensions avec la Chine ?

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Les guerres commerciales ne sont pas contrôlables, ni prévisibles et il y a toujours des dommages collatéraux, s'alarme Ed Black, à la tête de l'Association du secteur informatique et communications, qui représente de grands groupes technologiques, comme Amazon, Facebook, Google ou Netflix.
Les guerres commerciales "ne sont pas contrôlables, ni prévisibles" et "il y a toujours des dommages collatéraux", s'alarme Ed Black, à la tête de l'Association du secteur informatique et communications, qui représente de grands groupes technologiques, comme Amazon, Facebook, Google ou Netflix. (Crédits : Yuri Gripas)
A mesure qu'enflent les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine à coups de taxes douanières, le secteur technologique américain s'inquiète aussi d'en faire les frais.

Jamais la guerre commerciale entre les deux n'a semblé si proche, Pékin se montrant inflexible vendredi face à la dernière offensive du président américain Donald Trump qui menace de tripler les taxes sur les importations chinoises, l'accusant notamment de vol de propriété intellectuelle.

Pour l'instant, la tech n'est pas directement visée par les nouvelles taxes mais certains responsables du secteur craignent d'en être des victimes collatérales, la Chine et les Etats-Unis étant les deux acteurs principaux du secteur.

Les guerres commerciales "ne sont pas contrôlables, ni prévisibles" et "il y a toujours des dommages collatéraux", s'alarme Ed Black, à la tête de l'Association du secteur informatique et communications, qui représente de grands groupes technologiques, comme Amazon, Facebook, Google ou Netflix.

Même si selon lui le gouvernement américain "a identifié avec justesse certains des problèmes" concernant les échanges commerciaux avec la Chine, il a "oublié tous les problèmes rencontrés par les entreprises internet quand elles travaillent avec la Chine", estime-t-il aussi. L'offensive de Washington pourrait en effet "affaiblir tout le commerce international", s'inquiète encore M. Black.

Se soumettre aux contraintes ou renoncer à l'énorme marché chinois

Les relations entre les entreprises technologiques et la Chine sont depuis longtemps très compliquées, avec en toile de fond des inquiétudes autour de la censure, des droits de l'homme, du droit du travail et d'accusation de vols de secrets commerciaux.

Google a fermé la version pour la Chine de son moteur de recherche en 2010 après avoir découvert que des comptes de militants chinois des droits de l'homme avaient été piratés, et certaines plateformes internet basées aux Etats-Unis comme Facebook sont interdites dans ce pays.

Le dilemme pour les entreprises du numérique est souvent de devoir choisir entre se soumettre aux contraintes imposées par le gouvernement chinois, qui surveille étroitement les contenus diffusés sur l'internet local, ou de renoncer à cet énorme marché.

Apple a récemment accepté de localiser en Chine ses serveurs de stockage en ligne ("cloud") qui contiennent les informations de ses usagers chinois. La plateforme de locations touristiques Airbnb a quant à elle indiqué qu'elle partagerait les données de ses clients avec le gouvernement chinois.

Les données de 1,4 milliard d'habitants !

Susan Aaronson, spécialiste de commerce numérique international à l'Université George Washington, explique que le nerf de la guerre, ce sont les "données", ce nouvel or noir au centre du modèle économique des géants technologiques.

Les entreprises américaines se battent en particulier pour s'assurer la suprématie dans le domaine de l'intelligence artificielle, explique l'enseignante, et pour cela, ils ont besoin d'accumuler les données, y compris de Chine, qui compte 1,4 milliard d'habitants. L'intelligence artificielle suppose que les ordinateurs apprennent tous seuls à effectuer de nouvelles tâches en analysant des montagnes d'informations.

Mais s'il est justifié de pointer certaines pratiques commerciales de Pékin, certains experts estiment néanmoins que les taxes américaines sur les importations chinoises pourraient se révéler contre-productives.

L'administration Trump "a raison de contester" les pratiques commerciales de la Chine mais pour bien des raisons, les taxes douanières "ne sont pas la bonne façon d'aborder" la question, estime Stephen Ezell, vice-président du think tank "Information Technology and Innovation Foundation".

Avec des taxes à l'importation,

"les consommateurs et les entreprises vont payer plus cher sur le long terme. Nous avons raison de mettre la Chine à l'Index mais pas à notre propre détriment", poursuit M. Ezell.

Des appareils électroniques conçus aux USA, made in China

Pour l'analyste spécialisé, Patrick Moorhead, du cabinet Moor Insights & Strategy, beaucoup dans la Silicon Valley néanmoins "applaudissent secrètement" la volonté américaine de s'attaquer au sujet, après des années de frustrations.

"Les Américains ne peuvent détenir des entreprises en Chine, ils doivent créer une co-entreprise, qui suppose parfois de devoir partager la propriété intellectuelle. Si vous vendez des logiciels, le gouvernement chinois doit approuver le code source. Pour le matériel, il faut fournir des schémas ultra détaillés", dit-il.

Mais là encore, la taxation réciproque des importations pourrait se révéler douloureuse pour tout le monde, si, comme le craint M. Moorhead, elles venaient à s'appliquer aux appareils électroniques, souvent conçus aux Etats-Unis mais fabriqués ... en Chine, avec des composants venus du monde entier.

Depuis, en ce dimanche 8 avril, le président américain, Donald Trump, s'est dit, dans un tweet, convaincu qu'un "accord serait trouvé" avec la Chine pour éviter un conflit commercial : "La Chine va retirer ses Barrières Douanières parce que c'est ce qu'il faut faire. Les taxes vont devenir Réciproques et un accord sera trouvé sur la propriété intellectuelle".

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a écrit le 09/04/2018 à 21:35 :
Comme la culture des champignons, les étasuniens ont toujours sémé la mort et la désolation partout sur les continents aux fins de vendre leurs produits ou s'approvisionner en matières premières avec des régimes vassalisés installés à leur solde. Mais quelque part ils ont eu en face deux gros morceaux: la chine et la russie. Et si la première a eu le temps d'accroitre sa puissance économique et militaire, c'est grâce à la résistance de la seconde que le chef [USA] de la meute occidentale ne l'ont pas vu venir. Si la russophobie culturelle de l'occident était précédée par la chinophobie actuelle qui commence par prendre corps sous le prétexte de déséquilibre commercial à défaut des Skripal; ce serait la russie qui occuperait la 2è place de puissance économique à laquelle Trump s'attaquerait pour les mêmes arguments commerciaux. C'est en prévision aux capacités financières de la chine pour s'acquerir des armements russes qui donnent des insomnies que l'on râle. Mais qui trop embrasse mal étreint.
a écrit le 09/04/2018 à 10:40 :
Les USA sont tout comme nous, nous nous sommes "piégés" tous seuls, en délaissant des pans technologiques, en allant systématiquement au moins cher ou en bradant les brevets pour accéder au marché Chinois.
La spécialisation électronique de l’Asie ce n'est pas nouveau, le Japon a été précurseur et extrêmement performant (quelle fut la réaction ? pour les plus anciens on se rappellera de l’épisode des magnétoscopes de Poitiers). D'ailleurs, dans l'après guerre, la reconstruction d’une partie de l'Europe ne c'est elle pas elle même bâtie sur des spécialisations ?
Il faut aussi tenir compte des zones de croissance et une fois atteint les seuils d’équipement ou de suréquipement quel est l'inter de continuer à fabriquer localement si le produit ne rencontre pas de clients et si l'on n'a pas développé l'exportation, comme a su le faire l'Allemagne ?
Cela devient plus compliqué quand on a perdu toute expertise, car l'avantage des avancées technologiques c'est qu'elles créent de nouveaux marchés et que l'automatisation permet de concurrencer des salaires trop faibles. Au prix, au pire de destructions d'emplois, et au mieux de transferts d'emplois. Encore faut-il réorganiser et former des techniciens qualifiés.
L’actuelle posture de renfermement des USA est plus étrange, puisqu’ils avaient incontestablement gagné la bataille de l’ingénierie informatique et des datas, au niveau mondial. Leur soudaine nostalgie pour les « bons vieux gros» moteurs polluants les a semble t’il enfermés dans un nuage de fumée qui une fois dissipé devrait leur faire prendre conscience du fait que la route 66 ne fait pas le tour de la planète, elle ne fait que traverser les USA.
Financièrement, on a pu constater les effets d’une crise de confiance (quelles qu’en soient les raisons) sur les GAFAM, il y eut une perte de valeur de plus de 300 Milliards de Dollars. Ce n’est pas rien.
La question actuelle est celle des rapports de force expérimentés par le Président des USA et s’ils s’avèreront positifs ? Cela parait peu probable sur le long terme, c’est possible pour une nation dominante mais quand celle d’en face l’est aussi, on devrait théoriquement arriver à un équilibre (le questionnement sur le pouvoir m’ont renvoyé sur : https://business.lesechos.fr/directions-generales/strategie/transformation/0211720059622-rapport-de-force-305146.php et à la philosophie : http://spinoza.fr/affects-rapports-de-force-et-de-pouvoir-extrait-dalexandre-matheron/).

Même si elle semble incontournable et probablement bénéfique sur le long terme, la mondialisation continue d’engendrer des phénomènes qui dépassent les seuls pays, et d'autant plus les pays seuls. La contrainte est celle de s’adapter, ou de choisir de vivre en vase clos et donc de se priver des avancées des autres, car finalement on a besoin d’un micro-ordinateur ou d’un smartphone. Même s’ils sont tous fabriqués en Chine, la question que tout un chacun se pose est celle de : pourra t'on encore se les payer ?
a écrit le 09/04/2018 à 10:04 :
Il apparaît que les USA sous la nouvelle administration a choisi de prendre des décisions unilatérales se prenant toujours pour la même puissance avec le monopole comme au temps poste second conflit mondial alors que le monde a fondamentalement changé il n’est plus monopolaire mais au moins tripolaire qui est régi par des traités et rapports précis surtout de compromis économiques supervisés par l’OMS, toute révision de ces compromis devrait être entrepris d’une manière collective pour aboutir à de nouveaux traités et compromis entre partenaires. Les décisions unilatérales sont contre productifs et conduisent aux batteries de réciprocité de la part des pays ciblés qui ne font qu'aboutir à l’isolement de leur promoteur comble dont les entreprises ont été l'initiatrice de leur délocalisation en partie ou en totalité de leur activité pour la recherche de plus de profits. historiquement le protectionnisme économique fut funeste pour l’humanité et ses États qui avait conduit aux conflits mondiaux passés. Une autre source de tension croissante à l’horizon incertain apparaît entre les occidentaux et les puissances qui ne partagent pas leurs tentatives agressives et de menaces aussi de pression et de manipulation médiatique en continu afin d’imposer leurs seuls intérêts au reste du monde voir de vouloir en filigrane empêcher leur reconnaissance du nouveau monde multipolaire. Avant d’arriver au point de non retour il devient plus qu’urgent que les diverses puissances, en 1ier lieu les occidentaux, s’assoient autour d’une table et se mettent d’accord pour la mise en place sur de nouveaux rapports multilatéraux et de modus vivendi entre les États de notre monde.
a écrit le 08/04/2018 à 14:38 :
Tant que Huawei ne peut pas vendre aux Us... Ils peuvent dire ce qu'ils veulent j'y crois pas
a écrit le 08/04/2018 à 13:25 :
Dans les grandes villes chinoises, il y a beaucoup de bureaux d'achat occidentaux, pour la France, il y a Carrefour, Auchan....ces bureaux s'occupent de la recherche des fournisseurs chinois sans sous le menace de la Chine, ils sont libres venir ou repartir, ce sont des occidentaux qui adorent les marchandises chinoises.
et vous allez dans les salons d'expo en France, il y a très peu des exposants chinois, ils n'ont pas besoin de vous proposer leurs produits.
dans la foire de Canton, deux fois par an, des centaines milliers des acheteurs occidentaux qui y vont pour chercher des produits chinois.
les chinois n'ont jamais leur menacé pour les acheter.
maintenant, c'est clair que les occidentaux sont des mauvais perdant.
a écrit le 08/04/2018 à 12:56 :
"Des appareils électroniques conçus aux USA, made in China"
Voila qui résume la situation, les américains se plaignent du déficit commercial mais ce sont eux qui installent leurs usines en Chine.
Et que fait Trump pour enrayer cette tendance? Il diminue les impôts des entreprises sans contrepartie et croit que les géants de la tech vont rapatrier pleins d'emplois aux USA. Il rêve complètement.
a écrit le 08/04/2018 à 12:18 :
Non mais vous rigolez ?

Les GAFA en ce moment sont montrés du doigt et stigmatisés par la plupart des états et des médias de masse, cela doit bien les secouer en ce moment, arriver à en conclure que ça viendrait de la non guerre commerciale avec la chine, puisque ce ne sont ni plus ni moins que des barrières douanières hein, c'est vraiment fascinant comme raisonnement...

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