Course à la 5G : bras de fer tendu entre les États-Unis et la Chine

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Le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping.
Le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping. (Crédits : Reuters/Carlos Barria)
Washington et Pékin se rendent coup pour coup pour avoir la main sur la prochaine génération de communication mobile. Pour les États-Unis, les grandes ambitions de la Chine dans la 5G, jugée essentielle pour son programme "Made in China 2025", constituent une sérieuse menace pour l’économie américaine.

Pour les États-Unis et la Chine, la course à la 5G n'est pas seulement une bataille technologique. Si aucun des deux géants ne veut perdre ce bras de fer, c'est parce qu'à leurs yeux, celui qui l'emportera disposera d'un atout décisif pour prendre le leadership économique mondial à plus long terme. À l'heure où les applis, l'intelligence artificielle et les objets connectés imprègnent, irriguent et révolutionnent des secteurs aussi variés que les transports, l'énergie, la santé, la finance ou la construction, maîtriser les réseaux mobiles et leur technologie devient crucial. Autrement dit, ce n'est plus simplement, comme par le passé, une affaire concernant la seule industrie des télécoms.

Cela, la Chine l'a bien compris. C'est la raison pour laquelle le pays a fait de la 5G une de ses priorités économico-stratégiques. L'objectif est double : Pékin veut à la fois être le premier à déployer cette technologie partout sur son territoire, tout en étant leader sur le front des brevets, des standards, de la conception et de la fabrication de ces réseaux ultra-rapides. Sachant que la 5G doit remplacer l'actuelle 4G à l'horizon 2020. Outre des débits plus importants, cette technologie de communication a été pensée pour connecter des légions d'objets connectés. Elle pourrait, par exemple, permettre aux premières voitures autonomes de circuler dans les pays les plus avancés.

La 5G, un catalyseur économique essentiel

Pékin a donc fait de la 5G un des piliers de son programme "Made in China 2025". Celui-ci vise à faire de la Chine une référence mondiale en matière d'innovation et de nouvelles technologies, alors qu'elle a longtemps été perçue comme un pays à bas coût se contentant de copier plus ou moins bien les produits étrangers. Aux yeux de Pékin, la 5G fait partie des fondations technologiques essentielles qui permettront l'émergence de champions économiques. Son ambition? Devenir, sur le long terme, ni plus ni moins que la première puissance manufacturière du globe.

Ces dernières années, la Chine a ainsi mis les bouchées doubles dans la 5G. Selon Reuters, qui cite un document d'études prévisionnelles du ministère de l'Industrie et des technologies de l'information, les investissements cumulés du pays dans la 5G s'élèveront, d'ici 2025, à 1.650 milliards de yuans (environ 214 milliards d'euros) ! Toujours d'après l'agence économique, les équipementiers télécoms chinois comme ZTE et Huawei en sont parmi les principaux bénéficiaires. Ce dernier, qui se rêve par ailleurs en futur leader du marché des smartphones, dépense chaque année une bonne dizaine de milliards de dollars en recherche-développement, dont une part importante va dans la 5G. Ces dernières années, le groupe a même ouvert un labo dédié à cette technologie en France, avec à sa tête Mérouane Debbah, un cador des communications radio. En parallèle, Huawei multiplie les collaborations avec les industriels de la robotique, de l'automobile, de l'industrie du futur ou des acteurs de la ville intelligente pour trouver aussi vite que possible des débouchés à la 5G.

Lire aussi : Huawei se démène pour trouver des débouchés à la 5G

Problème : aux États-Unis, les ambitions chinoises font grincer des dents. Elles sont perçues comme une menace dont l'objectif premier serait de croquer tout cru l'économie américaine. C'est la raison pour laquelle, au pays de l'Oncle Sam, remporter la course à la 5G est aussi devenu la priorité des priorités. À la Maison-Blanche, on ne songe, désormais, qu'à faciliter les investissements dans cette technologie des géants maisons des télécoms, à l'instar des opérateurs AT&T ou Verizon.

Sous ce prisme, la décision récente de l'administration Trump de mettre fin à la neutralité du Net constitue un moyen d'inciter les géants du mobile à accélérer dans la 5G. Car en mettant fin à ce principe - au grand dam de ses défenseurs -, les États-Unis permettent au secteur de doper ses revenus. Concrètement, les FAI ont désormais la possibilité de faire payer leurs clients plus cher pour certains services gourmands en bande passante, ou avec une meilleure qualité de service. Ce qu'ils n'avaient pas le droit de faire jusqu'à présent.

« Guerre froide digitale »

Pour ne pas perdre la bataille de la 5G, le gouvernement américain est même allé plus loin. Fin janvier, selon le site d'information Axios et le Wall Street Journal, qui citent une note confidentielle, des responsables de la Maison-Blanche en charge de la sécurité nationale ont poussé l'exécutif à investir dans un grand réseau 5G américain sur deniers publics pour contrer la Chine. Même si cette idée, très critiquée aux États-Unis où l'on privilégie largement l'investissement privé, semble pour l'heure sur la touche, elle illustre à quel point Washington prend la menace chinoise au sérieux.

Ce mardi, dans une tribune publiée dans le Financial Times, Richard Staropoli, l'ancien directeur de l'information du Département américain de la sécurité intérieur, a qualifié l'actuel bras de fer entre les États-Unis et la Chine de « guerre froide digitale » ! Alors que les États-Unis et la Chine soufflent aujourd'hui sur les braises d'une guerre commerciale en taxant leurs produits respectifs, Richard Staropoli est convaincu que d'ici peu, Washington va « cibler clairement la technologie chinoise ». Avec l'objectif de plomber le programme "Made in China 2025", « que les États-Unis considèrent comme une menace directe à l'hégémonie économique américaine ».

Washington veut garder la main sur la 5G

Selon lui, l'administration Trump devrait, entre autre par ce biais, s'employer à ralentir la machine de guerre chinoise en matière de 5G. À l'en croire, la Maison-Blanche a mis en place une stratégie pour « perturber l'accélération subventionnée du gouvernement chinois dans le monde du mobile ». C'est, selon Richard Staropoli, la raison pour laquelle Washington songe toujours, malgré les critiques, à construire un réseau 5G national sur fonds publics.

« Le rôle de la Chine dans le cyberespace constitue une menace croissante pour la sécurité nationale, explique-t-il. Si les sanctions (commerciales) à venir apparaissent comme le côté défensif de la stratégie américaine, le développement d'un réseau 5G de classe mondiale à travers les États-Unis constitue son côté offensif pour inciter les entreprises à développer cette technologie dont les États-Unis ont besoin pour rester au top. »

Huawei en difficulté aux États-Unis

Reste que dans les faits, les États-Unis rendent déjà la vie dure à certains groupes technologiques chinois qui cherchent à s'implanter chez eux. Ces dernières années, Huawei a essuyé un chapelet d'échecs commerciaux au pays de l'Oncle Sam. Il s'est, par exemple, fait éjecté d'un projet de câble sous-marin dédié aux télécommunications, a échoué à commercialiser ses smartphones avec AT&T, ou s'est vu interdire la vente d'équipements télécoms. À chaque fois, l'exécutif et la sphère politique américaine ont brandi leur crainte que Huawei, à travers ses mobiles et ses infrastructures, ne les espionne. Ce qui provoque l'ire de Pékin, qui, officiellement, n'y voit qu'une méchante politique protectionniste sous le prétexte de préserver la sécurité nationale. Les passes d'armes entre les deux géants sont vraisemblablement loin d'être finies.

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a écrit le 06/04/2018 à 16:00 :
Tout le monde devra adopter les mêmes standards pour la 5G, il n'y a pas d'autres choix technologiques. Il y a quelques jours, j'ai hurlé de rire en suivant un webinar sur la 5G et plus particulièrement le standard de modulation PAM-4. Quand j'étais élève à Supelec en 1963, j'ai développé au cours d'un stage à la CIT (future Alcatel) une extension de la modulation PCM, avec modulation d'amplitude a 4 niveaux, dans le cadre d'un contrat PTT. En présentant mon travail, les clients m'ont dit: "Votre truc ne servira jamais à rien, avec le PCM, on passe 8 canaux vocaux à 64 kiloBits/sec ! On aura jamais besoin d'aller PLUS VITE !" Et j'ai reçu une mauvaise note sur mon rapport de stage. Avec la 5G, on vise des débits de 400 GigaBits/sec, soit 6 millions de fois plus vite ! Et encore mon système intégrait du Gray et sa parité incorporée, ce que la PAM-4 n'a intréséquement pas. ça fait quand même plaisir d'avoir eu raison 55 ans en avance !
a écrit le 06/04/2018 à 14:51 :
La Corée du Sud est équipée en quasi totalité en 5G depuis presque 3 ans
La France quitte péniblement la 3 G pour la 4G . . .
a écrit le 06/04/2018 à 14:28 :
L’erreur a été de ne pas prévoir un garde fous contre les déséquilibres des balances commerciales et éviter ainsi les excédents de certains pays et les déficits d'autres pays désavantagés par des facteurs naturels ou par une situation exceptionnellement difficile.
Le libre échange illimité n'est possible qu'entre pays égaux, comment voulez vous que la Grèce puisse se construire une économie comme celle de la France ou de l'Allemagne ? Et je ne parle pas de la Chine. Alors limitons par des accords les excédents et le problème sera résolu pour tout le monde et pour toujours. Sur ce point Trump a raison, même si sa méthode n'est pas belle.
Espérons qu'elle soit efficace.
a écrit le 05/04/2018 à 23:06 :
Bon, pour commencer l'objectif de la Chine n'est pas de devenir la première puissance manufacturière. Elle est déjà la première puissance manufacturière depuis 2010.
Quant à la 5g, le pays qui dépensera une fortune pour la déployer le plus vite possible prend le risque de mal le faire et ça n'offrira rien de plus que la possibilité de télécharger un film plus vite pour le commun des mortels. Il vaut mieux prendre son temps et réfléchir au moyen de développer des infrastructures performantes et efficaces.
En fait je pense que Trump se trompe de combat encore une fois, le vrai combat va être le micro-processeur, à la fois sur le plan économique et certainement militaire.
a écrit le 05/04/2018 à 14:57 :
Mr Trump veut corriger un excès : cela fait beaucoup trop longtemps que les pays occidentaux laissent leurs marchés intérieurs se faire envahir par des produits manufacturés chinois à bas prix.
Tout ça pour importer de la déflation, c'est à dire empêcher l'inflation, laquelle est la grande peur des rentiers qui nous gouvernent.
Réponse de le 05/04/2018 à 21:04 :
Si on lit entre les lignes de cet article, l'Europe est totalement en dehors du terrain de jeu sino-américain. Faut-il être dénué de tout sens commun pour croire un seul instant que la France seule peut concurrencer quiconque sur le plan de l'IA, de la robotique ou de la domotique..?! Même au niveau de l'UE je n'y vois pas de débouchés sérieux dans un avenir pas trop trop lointain... et l'Allemagne se fait un peu trop silencieuse pour le moment.
Réponse de le 06/04/2018 à 14:58 :
L'inflation c'est aussi la grande peur de toute personne ayant un minimum d'économie, pas seulement les rentiers, mais aussi et surtout les classes moyennes et modestes, les retraités etc.

Économiser sur un faible salaire et voir tout cela s'envoler à cause de l'inflation ou être obligé d'épargner sur des produits financiers risqués (qui parle de subprimes ?) pour essayer compenser, ce n'est pas qu'un problème de rentier. Voir sa maigre retraite stagner quand tous les prix augmentent, ça aussi c'est loin d'être un problème de rentier.
a écrit le 05/04/2018 à 13:02 :
combien de sociétés aux USA ou en Europe fabriquent encore du matériel telecom?
95% des composants, équipements est "Made in China".
donc les USA font beaucoup de bruit mais sur le terrain plus beaucoup d´équipements sont made in USA...
plus beaucoup de fabriquants de composants encore sur le territoire US.
Réponse de le 06/04/2018 à 15:34 :
Les plus grosses Fab's de semiconducteurs sont à Taiwan et en Corée du sud.
Réponse de le 06/04/2018 à 15:34 :
Les plus grosses Fab's de semiconducteurs sont à Taiwan et en Corée du sud.
a écrit le 05/04/2018 à 12:53 :
Une bonne petite tempête solaire comme en 1859, et hop, on sera revenu à 0G !!
Réponse de le 06/04/2018 à 6:44 :
Vous lisez trop Herge.
a écrit le 05/04/2018 à 10:20 :
Et l'Europe quel bras de fer?
Réponse de le 05/04/2018 à 11:14 :
Merci ! L'Europe n'étant plus qu'un running gag.
Réponse de le 05/04/2018 à 11:54 :
Hola, on se la joue cool. Paris 2022, vous avez oublie ? Ca carbure fort dans les arcanes du pouvoir panameen. Alors la 5G, peut attendre.
Réponse de le 05/04/2018 à 22:29 :
Pour les abonnements mobile , le prix est 5 fois plus cher aux usa qu'en France. Alors si les français sont prêts à multiplier leur budget télécommunication mobile par 5, le déploiement de la 5g va se faire tout seul.
Réponse de le 05/04/2018 à 22:44 :
Et pour compléter mon commentaire précédent, en europe, la 3g/4g a mis plus de temps à se déployer qu'aux usa mais elle est plus performante,moins chère et le débit est plus élevé.
http://www.zdnet.fr/actualites/exclusif-que-vaut-la-3g-4g-francaise-face-au-reste-du-monde-39850https://static.latribune.fr/assets/bundles/latribunemember/img/acquisition/picto-close.png?version=v1.181.0206.htm
Réponse de le 06/04/2018 à 13:09 :
Vitesse Mobile (02-2018) - Global Ranking Index
1 - Norvège
2 - Islande
3 - Pays-Bas
4 - Singapour
5 - UAE
6 - Quatar
7 - Australie
8 - Hongrie
9 - Canada
10 Belgique

26 - Chine
28 - France
44 - USA
45 - UK
Réponse de le 06/04/2018 à 19:01 :
@birmanie
La Chine 26e?
Pour les riches chinois, je veux bien croire.
a écrit le 05/04/2018 à 9:06 :
La Chine ne sera de toute façon pas le premier pays à déployer la 5G sur son territoire : la Corée du Sud a une bonne longueur d'avance. Seoul est déjà bien équipée, le reste du pays ne va pas tarder à suivre.
Réponse de le 06/04/2018 à 6:48 :
C'est exact, mais vous oubliez Singapour et Tokyo.
Réponse de le 06/04/2018 à 20:30 :
Et le Canada !
a écrit le 05/04/2018 à 8:58 :
la planete se porterait beaucoup mieux sans les USA , peuplade hégémonique sans histoire donc sans aucun respect des autres :!
a écrit le 05/04/2018 à 8:44 :
Voilà ce qui confirme une Europe plus occupées des petites affaires journalières bien loin des enjeux mondiaux de demain. déjà hier l'Europe était dépassée avec son petit parlement inutile sa commission aux ordres du Conseil, Conseil lui même tellement empêtré dans ses affaires nationales bien loin d'une vision pour cet ANCIEN grand continent.
a écrit le 05/04/2018 à 8:40 :
"la raison pour laquelle Washington songe toujours, malgré les critiques, à construire un réseau 5G national sur fonds publics"

Ha ça va mieux quand on a une tête pensante la tête du pays.

Trump met un terme à l'hypocrisie de l'économie chinoise massivement subventionnée par l'état chinois tandis que le reste du monde vend ses services publics aux actionnaires milliardaires seulement capables de les détruire.

LE secteur privé est idiot, sans l'intervention de l'état pas de politique à long terme et sans politique à long terme c'est la naissance de Mike le poulet sans tête.

Encore une fois, bravo trump.
Réponse de le 08/04/2018 à 14:28 :
@citoyen blasé. Bien dit. Bravo et +1000

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