La troublante affaire des e-mails de Clinton plombe sa campagne

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A l'approche du scrutin final, les dernières révélations pourraient avoir un impact chez les électeurs indécis.
A l'approche du scrutin final, les dernières révélations pourraient avoir un impact chez les électeurs indécis. (Crédits : © Mike Blake / Reuters)
Chronologie - L'affaire des e-mails d'Hillary Clinton ne cesse d'alimenter la polémique, à quelques jours du scrutin. Les dernières révélations pourraient avoir un impact sur la fin de la campagne présidentielle, alors que Donald Trump ne cesse d'exploiter ces failles qui alimentent son argumentaire contre la candidate démocrate.

A l'approche du scrutin, l'écart entre les deux candidats se réduit dans les sondages. Les révélations de ces derniers jours sur les e-mails de Clinton ont permis à Donald Trump de gagner de la popularité dans l'opinion publique comme le souligne la moyenne réalisée par realclearpolitics.

Depuis plusieurs années, une série d'affaires concernant la messagerie d'Hillary Clinton a provoqué des scandales dans les médias et l'opinion publique. L'occasion de revenir sur la chronologie des faits et les enjeux de ces révélations.

Une messagerie personnelle au centre des interrogations

Alors qu'Hillary Clinton était secrétaire d'Etat entre 2009 et 2013, elle a continué d'utiliser son compte mail personnel (hdr22@clintonemail.comhébergé sur un serveur privé et non une adresse plus sécurisée fournie par l'administration. Cette pratique va lui porter préjudice pendant des années.

En septembre 2012, le consulat américain de Benghazi en Lybie subit une attaque terroriste faisant quatre morts. Pour déterminer les responsabilités dans cet événement, les correspondances entre Hillary Clinton et ses conseillers sont passées au crible. C'est à cette occasion que les enquêteurs découvrent qu'Hillary Clinton utilise un serveur de messagerie privé. Bien qu'elle soit interrogée à plusieurs reprises sur l'attaque de Benghazi, la question de sa messagerie personnelle a pendant longtemps été contournée comme le rappelle le Washington Post.

La Chambre des représentants met alors en place en mai 2014 une commission d'enquête sur cette attaque. Le département d'Etat transmet plus de 15.000 pages de documents qui concernent l'attaque de la ville libyenne. Dans ces documents mis en ligne par l'administration, sont identifiés des échanges de mails provenant du serveur de sa messagerie privée.

Une légalité non remise en cause

Entre le moment où Hillary Clinton est devenue secrétaire d'Etat en 2009 et le moment où elle a quitté ses fonctions en 2013, "l'e-mail ne faisait pas partie des règles sur les archives fédérales" souligne le journaliste américain Jamelle Bouie. La loi a changé à la suite de son départ. La National Archives and Records Administration indiquait dorénavant que :

"Les employés fédéraux ne devraient pas utiliser de comptes e-mails personnels pour conduire des affaires professionnelles, sauf dans des cas limités, comme lors d'urgences quand un officiel ne peut pas accéder à un compte officiel."

Evidemment, ce type de pratique pouvait permettre à une puissance étrangère de surveiller ces échanges de courriers électroniques. Le chef de la NSA Michael S. Rogers s'inquiétait d'ailleurs de ce danger dans la presse américaine. "Pour un service de renseignement étranger, cela devrait représenter une priorité."

Clinton remet ses courriers électroniques et annonce sa candidature

Fin 2014, l'ex-secrétaire d'Etat doit fournir plus de 30.000 mails échangés sur sa messagerie personnelle. Le 2 mars 2015, le New-York Times révèle l'affaire. Quelques jours plus tard, Hillary Clinton demande dans un tweet au département d'Etat de rendre publics ses mails transmis. Elle assure qu'elle a utilisé ce compte pour des "raisons pratiques" et indique que la plupart de ses messages étaient d'ordre "personnel".

"Je veux que le public voit mes e-mails. Je demande à l'Etat de les publier. Ils disent qu'ils vont les revoir pour les libérer le plus vite possible."

Elle présente quelque semaines plus tard sa candidature à l'investiture démocrate en vue de la présidentielle américaine.

Le FBI épluche le contenu des e-mails

Le FBI a passé au crible le contenu des mails transmis au département d'Etat à partir de juillet 2015. Quelques uns sont d'ailleurs rendus publics peu de temps après. Un an plus tard, le directeur du FBI estime "qu'aucune poursuite ne s'impose" tout en reprochant à l'ex-secrétaire d'Etat d'avoir fait preuve d'une "négligence extrême". Le ministère de la Justice a suivi cette recommandation en écartant toute inculpation. Mais l'affaire est loin d'être terminée.

Un rebondissement à quelques jours du scrutin

Alors qu'elle se croyait tranquille, le FBI a annoncé le 28 octobre dernier l'ouverture d'une nouvelle enquête relative à l'usage du serveur privé lorsqu'elle dirigeait la diplomatie entre 2009 et 2013. Le camp démocrate a réclamé que le directeur du FBI James Comey  publie l'ensemble des éléments qui l'ont amené à prendre cette décision. John Podesta, directeur de campagne d'Hillary Clinton a ainsi affirmé "qu'en fournissant de façon sélective des informations", M.Comey "a ouvert la voie à des distorsions et à des exagérations partisanes pour infliger le plus de dommages politiques."

Cette fois, ce n'est pas directement Hillary Clinton qui est mise en cause mais son entourage. Selon les médias américains, des mails ont été découverts dans un ordinateur appartenant à un ancien représentant de l'Etat de New-York, Anthony Weiner. Ce dernier a été marié à une ex-conseillère de Clinton, Huma Abedin. L'homme a déjà attiré l'attention de la police fédérale pour des SMS à caractère sexuel avec une mineure de Caroline du Nord.

huma abedin

Huma Abedin et son ex-mari à New-York en 2013. Crédits : Eric Thayer/Reuters

L'ex-conseillère Huma Abedin est également soupçonnée d'avoir échangé des messages classés confidentiels avec Clinton avec un niveau de sécurité insuffisant. Elle a affirmé au Washington Post ne pas savoir pourquoi certains de ces échanges avaient pu se retrouver dans l'ordinateur de son ex-mari. 10.000 mails seraient présents sur l'ordinateur de Weiner. L'enjeu pour les enquêteurs est de savoir si ces courriers électroniques sont les mêmes que ceux identifiés dans la première enquête.

Wikileaks entre en scène

Le dernier chapitre de l'affaire des e-mails de Clinton concerne son directeur de campagne John Podesta. Wikileaks a publié récemment une série de courriels indiquant qu'Hillary Clinton aurait reçu des questions en amont des débats à la primaire démocrate afin de mieux préparer ses réponses. La collaboratrice de CNN Donna Brazile mise en cause dans cette affaire a remis sa démission quelques temps après la publication de ces mails.

"Merci CNN. Honorée d'avoir été une politologue et commentatrice démocrate sur votre chaîne."

Le camp Clinton a refusé tout commentaire sur "l'authenticité de courriels personnels qui auraient été piratés par le gouvernement russe" comme le rapporte Marianne. Accusé de soutenir Donald Trump et de vouloir torpiller la campagne de Clinton, le fondateur de Wikileaks Julian Assange est de plus en plus contesté dans son propre camp.

Une aubaine pour Trump

Empêtré dans de multiples affaires à la suite de révélations de femmes dénonçant de nombreux abus sexuels, le candidat républicain était en perte de vitesse dans la course à la présidentielle au mois de septembre dernier. Mais l'ouverture de cette enquête pourrait représenter une aubaine pour Mr Trump qui s'est empressé de réagir. "La corruption d'Hillary Clinton est à un tel niveau, c'est du jamais vu, nous ne pouvons pas laisser son plan criminel entrer dans le bureau ovale." Cette dernière affaire pourrait ainsi coûter des voix à Hillary Clinton chez les indécis pour les derniers jours avant le résultat final.

 Chronologie interactive de l'affaire du serveur d'Hillary Clinton

 [Chronologie interactive] Vous pouvez faire défiler la frise chronologique à l'aide des flèches situées à gauche ou à droite.

Première photo : Hillary Clinton. C-Span.org/Wikimédia Commons/CC

Seconde photo :. Département d'Etat. Loren/wikimédia commons/CC

Troisième photo : Siège du NYT. Haxorjoe/Wikimédia Commons/CC

Quatrième photo : Locaux du FBI à Washington. Aude/Wikimédia Commons/CC

Cinquième photo : Congrès américain. Bjoertvedt/Wikimédia Commons/CC

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Commentaires
a écrit le 04/11/2016 à 14:19 :
l article oublie surtout la raison pour laquelle Clinton a utilise un autre serveur mail. C est probablement pas par paresse mais pour eviter que ses mails soit archivé par un serveur officiel. Le serveur privé etant celui des clinton, elle pouvait demander a l adminsitrateur systeme de detruire tout ce qui pouvait etre compromettant. Elle n a peut etre rien fait de compromettant mais ca illustre bien la psychologie d Hillary : dissimulatrice au mieux, menteuse au pire
a écrit le 04/11/2016 à 14:16 :
En France, on préfère que la Justice mette plus de 5 ans pour gérer l'affaire des comptes de campagne de M.Sarkosy, plutôt que la transparence du représentant du FBI..
a écrit le 04/11/2016 à 14:08 :
Hé oui, les partis alternatifs aux deux andouilles officiels n'ont jamais été autant plébiscités, il faut donc que les américains à tout prix votent pour le mal contre le pire et ne commencent pas à remettre en question un fonctionnement binaire électoral qui favorise la ploutocratie américaine.

Qui en a parlé des ces partis ? Quel média ? Même en France...

Je serais américain je n'irais pas voter Clinton c'est sûr et certain il faut arrêter de donner de la légitimité à des gens qui s'en servent pour magouiller.
a écrit le 04/11/2016 à 14:03 :
On peut en effet craindre que Hallary sera élu présidente, mais qu'elle aille d'abord en prison avant d'aller à la maison blanche.
Les problèmes ne sont pas seulement les e-mails, mais plutôt le lien avec la pédophilie et l'espionnage à travers de son ancienne conseillère et son mari.

http://institutdeslibertes.org/coup-de-tonnerre-dans-la-campagne-presidentielle-americaine/
a écrit le 04/11/2016 à 13:16 :
Amusant cette affaire, des informaticiens s'inquiétent de la résistance d'un serveur privé et c'est une affaire fédérale qui boulverse le monde.
Par contre: Les Clinton se sont enrichis de 150Millions de dollars depuis leurs départ de la présidence ce n'est pas digne d'un entrefilet.
Un epartie de ces gains auraient été en échange d'une ifnluence pour calmer des affaire juridiques ou obtenir des plea bargain à moindre coût là encore ce n'est apparement pas une affaire.

Par contre un candidata parle mal à des femmes qui à l'époque n'ont pas demandée de sanction ca c'est une afaire.
C'est moi qui suis fou (Hors de la réalité) ou ce microcosme?
Réponse de le 04/11/2016 à 16:01 :
Tu es parfaitement sain Rémi, c'est juste le monde qui marche sur la tête depuis un moment ...

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