Le nombre de déplacés dans le monde bat un nouveau record

Le Haut Commissariat pour les réfugiés s'inquiète de la hausse ininterrompue du nombre de déplacés dans le monde. A l'occasion de la journée mondiale des réfugiés organisée ce 20 juin, l'agence internationale a publié un rapport particulièrement alarmant sur les déracinés dans le monde liés aux conflits et aux violences.
Grégoire Normand
Des réfugiés sont accueillis dans un camp à Mossoul en Irak.
Des réfugiés sont accueillis dans un camp à Mossoul en Irak. (Crédits : Alkis Konstantinidis/Reuters)

Les nouveaux chiffres de l'ONU sont alarmants. D'après le nouveau rapport du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), le nombre de déplacés dans le monde a atteint un nouveau sommet de 65,6 millions en 2016. Un chiffre proche de la population française et supérieur à la population du Royaume-Uni. "Quel que soit l'angle sous lequel on l'examine, ce chiffre est inacceptable", a déclaré Filippo Grandi, le haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

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haut commissaire aux réfugiés

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Filippo Grandi, haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés au Soudan du Sud ce 18 juin. (Crédits : REUTERS/David Lewis).

Un record de déracinés

Ce chiffre record prend en compte plusieurs types de population.

  • Le nombre de réfugiés : ils étaient 22,5 millions à la fin de l'année 2016. Parmi eux, 17,2 millions de personnes relèvent de la compétence du HCR, "les autres étant des réfugiés palestiniens enregistrés par l'organisation-sœur, l'UNRWA";
  • Les déplacés internes : l'agence de l'ONU en a recensé 40,3 millions à la fin 2016 contre 40,8 millions un an plus tôt ;
  • Les demandeurs d'asile : le HCR en a compté 2,8 millions à la fin de l'année dernière.

La somme de tous ces chiffres représente en moyenne 1 personne sur 113 qui vit déracinée aujourd'hui dans le monde.

Intensification des conflits

Cette hausse progressive des déplacements est évidemment liée à l'apparition ou à l'intensification de la guerre, aux violences et persécutions présentes dans de nombreux pays du Moyen-Orient et en Afrique (Syrie, République de Centrafrique, Irak, Soudan du Sud). La guerre en Syrie continue de générer le plus grand nombre de départs de réfugiés dans le monde (5,5 millions), suivie de l'Afghanistan. La recrudescence des conflits au Soudan du Sud et l'échec des efforts de paix à l'été dernier ont provoqué le départ de 739.900 personnes avant la fin de l'année (et 1,4 million en tout).

 RDC pour République démocratique du Congo et RCA pour République de Centrafrique.

> Lire aussi : Des révoltes populaires aux bombardements d'Alep, la tragédie syrienne en cinq dates

La Turquie continue d'accueillir le plus grand nombre de réfugiés

Au niveau des pays d'accueil, la Turquie est pour la troisième année consécutive l'Etat qui a reçu sur son territoire le plus grand nombre de réfugiés (2,86 millions), suivie du Pakistan (1,352 million) et enfin du Liban (1,07 million).

Mais pour avoir une approche plus juste du nombre de personnes accueillies, il convient de les rapporter à la population de chaque pays. Dans cette optique, le Liban arrive largement en tête du classement avec plus de 17.000 réfugiés accueillis pour 100.000 habitants, suivie de la Jordanie (9020 pour 100.000 habitants) et de la Turquie (3650 pour 100.000 habitants).

Ce sont donc souvent les pays frontaliers des pays en guerre qui accueillent la grande majorité de ces populations en difficulté et non les pays européens contrairement à beaucoup d'idées reçues comme le rappelle très bien les auteurs du rapport :

"Au cours de l'année dernière, une bonne partie de la couverture médiatique s'est concentrée sur la réinstallation de réfugiés dans des pays développés, mais aussi sur les efforts entrepris par certains états pour limiter l'accès voire même pour ériger des barrières. Pourtant les chiffres repris dans le rapport indiquent qu'à la fin de l'année 2016, à l'échelle mondiale, la plupart des réfugiés - 84% d'entre eux - se trouvait dans des pays en développement ou à revenu moyen, et qu'une personne sur trois (soit 4,9 millions de personnes) était accueillie dans un des pays les moins développés."

Pour l'agence internationale, ce déséquilibre est le reflet "de plusieurs facteurs dont notamment l'absence d'un consensus international sur la question de l'accueil de réfugiés, ainsi que de la proximité de nombreux pays pauvres des régions de conflits."

Une personne déplacée toutes les trois secondes

Parmi les principales constatations du rapport, le HCR souligne que les nouveaux déplacements de populations restent à un niveau considérable. Sur les 65,6 millions de personnes déracinées à travers le monde, 10,3 millions de personnes ont dû fuir leurs foyers en 2016, dont environ deux tiers (6,9 millions) fuyant au sein de leur propre pays. Cela correspond à une personne déplacée toutes les trois secondes.

Tous ces déplacements entraînent également une hausse de l'apatridie. Si les chiffres qui circulent se basent sur des estimations, ils demeurent très alarmants. A la fin 2016, le HCR estimait qu'au moins 10 millions de personnes n'avaient pas de nationalité ou risquaient l'apatridie. "Les statistiques enregistrées par les gouvernements et communiquées au HCR limitent cependant ce nombre à 3,2 millions d'apatrides répartis dans 75 pays".

> Lire aussiLe monde compte presque autant de réfugiés que la France d'habitants

Grégoire Normand

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Commentaire 1
à écrit le 20/06/2017 à 16:25
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L'ensemble des pays d'accueils sont responsable de cet état de fait, non pas parce qu'ils les accueillent, mais parce qu'ils les obligent a se déplacé par leur néfaste politique interventionniste!

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