Le président de la Fed réaffirme son indépendance après des menaces de Trump
latribune.fr
De « nombreuses recherches » menées sur le sujet, « montrent que les banques centrales qui sont indépendantes (...) des autres composantes du gouvernement, font un meilleur travail en matière d'inflation », a expliqué Jerome Powell, jeudi soir.
Ann Saphir
Alors que le nouveau président américain, Donald Trump, a répété vouloir avoir « son mot à dire » dans les décisions de la Fed, le président de l'institution, Jerome Powell a affirmé, jeudi soir, que les décisions de la Fed « ne peuvent être renversées par aucune autre partie du gouvernement, hormis, bien sûr, par le Congrès ».
Jerome Powell répond à Donald Trump. Le président de la Banque centrale américaine, la Fed, a martelé, jeudi soir, que l'institution chargée de la politique monétaire était indépendante, et que le pouvoir exécutif ne pouvait l'influencer, alors que l'élection de Donald Trump suscite des inquiétudes.
Les décisions de la Fed «ne peuvent être renversées par aucune autre partie du gouvernement, hormis, bien sûr, par le Congrès», a déclaré Jerome Powell, lors d'une séance de questions-réponses à Dallas (Texas).
De « nombreuses recherches », menées sur le sujet, « montrent que les banques centrales qui sont indépendantes (...) des autres composantes du gouvernement, font un meilleur travail en matière d'inflation ». « Et cela est tout à fait logique, car (...) nous ne pensons pas à d'autres facteurs politiques qui, franchement, détourneraient l'attention du travail déjà difficile que nous devons faire », a-t-il ajouté.
Trump veut prendre le contrôle de la Fed
Cette argumentation est bien évidemment une réponse à Donald Trump qui n'a pas caché son souhait de peser sur les décisions de la banque centrale, qui relève et abaisse les taux au gré des évolutions économiques. Il avait ainsi, en août, estimé que « le président devrait au moins avoir son mot à dire ».
Lorsque l'institution a entamé une première baisse des taux en septembre, moins de deux mois avant l'élection du 5 novembre, Donald Trump l'avait accusée de jouer le jeu de la candidate démocrate. Lors de son premier mandat déjà, il avait rompu avec l'usage et commenté ces décisions. « Nous ne pensons pas, lorsque nous prenons nos décisions, au bien-être d'un parti politique ou quoi que ce soit du genre. Nous nous contentons d'examiner les aspects macroéconomiques et de faire de notre mieux », a assuré Jerome Powell.
Ce n'est pas la première fois que la Réserve fédérale américaine réagit aux menaces de Donald Trump. Jeudi matin, c'est une gouverneure de la Fed, Adriana Kugler, qui avait prononcé un discours dans lequel elle insistait sur la nécessité d'avoir une banque centrale indépendante. Une semaine avant, Jerome Powell lors de la conférence de presse qu'il avait tenue à l'issue de la réunion de la Fed, il avait sèchement répondu « non » à une journaliste qui lui demandait s'il envisageait de démissionner. Et il avait rappelé que le forcer à partir était « interdit par la loi ». Ce jeudi, le président de la Fed en a rajouté une couche en affirmant « je servirai jusqu'à la fin de mon mandat de président, et c'est tout ce que j'ai décidé ».
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Une stratégie tournée vers la baisse des taux
La banque centrale américaine prévoit donc de son tenir à son plan de réduire ses taux directeurs progressivement. Dans cette optique, Jerome Powell, a salué jeudi la performance de l'économie américaine: « la récente performance de notre économie a été remarquablement bonne, de loin la meilleure de toutes les grandes économies du monde ». Croissance du PIB près de deux fois plus élevé que dans la zone euro, taux de chômage toujours faible, et inflation qui a drastiquement baissé: la santé de l'économie américaine reste très bonne, ayant simplement refroidi après une période de surchauffe.
«L'économie n'envoie aucun signal indiquant que nous devons nous dépêcher de baisser les taux», a-t-il déclaré, précisant que «la vigueur actuelle de l'économie nous donne la possibilité d'aborder nos décisions avec prudence».
La Réserve fédérale américaine a abaissé ses taux le 7 novembre, pour la deuxième fois d'affilée. Ceux-ci se situent désormais dans la fourchette de 4,50 à 4,75%. Sa prochaine réunion aura lieu les 17 et 18 décembre, et une nouvelle baisse d'un quart de point est attendue par les acteurs du marché, selon l'évaluation de CME Group.
« L'inflation se rapproche beaucoup plus de notre objectif de 2% à long terme, mais elle n'y est pas encore. Nous nous engageons à terminer le travail », a relevé Jerome Powell, alertant sur « une trajectoire parfois cahoteuse » à prévoir. L'inflation a d'ailleurs rebondi en octobre, pour la première fois depuis le mois de mars, à +2,6% sur un an contre +2,4% en septembre, selon l'indice CPI. Quant à l'emploi, la pénurie de main d'oeuvre se tasse, et le taux de chômage reste très bas, à 4,1%. « Le marché du travail s'est refroidi au point où il n'est plus une source de pressions inflationnistes significatives », a salué Jerome Powell.