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Les relations entre la Pologne et l’Ukraine volent en éclats : Varsovie cesse de fournir des armes à Kiev

latribune.fr

Publié le 21 septembre 2023 à 05:49 - Mis à jour le 21 septembre 2023 à 10:37

Dans plusieurs villes polonaises, comme à Varsovie, le drapeau ukrainien flotte à côté de celui de la Pologne.

Dans plusieurs villes polonaises, comme à Varsovie, le drapeau ukrainien flotte à côté de celui de la Pologne.

AGENCJA WYBORCZA.PL

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La Pologne, accusée par Kiev d'aider indirectement la Russie en interdisant l'importation de céréales ukrainiennes, a annoncé mercredi soir qu'elle ne fournirait plus d'armes à l'Ukraine. Une déclaration qui illustre les tensions de plus en plus vives entre les deux alliés, à un moment clé de la riposte de Kiev à l'invasion russe.

 [Article publié le mercredi 20 septembre à 8H00 et mis à jour à 12H30

Alors que la Pologne est le pays qui a accueilli le plus de réfugiés ukrainiens depuis le début de la guerre entre la Russie et l'Ukraine et qu'elle était en pointe dans le soutien à son voisin de l'Est et dans la lutte contre le régime de Moscou, la bonne relation entre Varsovie et Kiev est en train de voler en éclats. « Nous ne transférons plus aucun armement à l'Ukraine », a déclaré ce mercredi le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, sur la télévision privée Polsat News.

Néanmoins, on a appris ce jeudi que des négociations avec Varsovie auront lieu « dans les prochains jours » pour régler la dispute sur les exportations ukrainiennes de céréales en Pologne, a affirmé jeudi le ministère ukrainien de l'Agriculture, assurant que les deux voisins gardaient « des relations étroites » malgré les vives tensions. « Les négociations suivantes auront lieu dans les prochains jours, » a indiqué le ministère dans un communiqué, à l'issue d'un entretien téléphonique entre le ministre Mykola Solskiï et son homologue polonais, Robert Telus. Dans le même temps, la Pologne a réaffirmé jeudi qu'elle n'assurerait que les livraisons d'armes à l'Ukraine « convenues antérieurement » avec Kiev, après avoir dit la veille vouloir désormais « se concentrer principalement sur la modernisation et l'armement rapide de l'armée polonaise. » Le porte-parole du gouvernement polonais, Piotr Muller, a par ailleurs déclaré récemment que la Pologne pourrait mettre fin l'année prochaine à son aide fournie aux réfugiés ukrainiens dont elle accueille près d'un million.

Lire aussiLa Pologne, la Slovaquie et la Hongrie s'écharpent avec l'Ukraine sur les importations de céréales

Une riposte de Varsovie après des déclarations hostiles de Kiev

Le Premier ministre n'a pas précisé quand la Pologne, l'un des plus grands fournisseurs d'armes à l'Ukraine, avait cessé d'en fournir, ni si cela avait un lien avec le conflit sur les céréales ukrainiennes, dont Varsovie a interdit les importations pour protéger les intérêts de ses agriculteurs. Mardi à l'ONU, Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a déclaré que « certains pays feignent la solidarité en soutenant indirectement la Russie ».

Ce qui avait valu le lendemain une convocation « d'urgence » par Varsovie de l'ambassadeur ukrainien pour protester contre les propos du président à l'ONU. Le vice-ministre polonais des Affaires étrangères, qui a reçu le diplomate ukrainien, a dénoncé cette « thèse fausse » et « particulièrement injustifiée concernant la Pologne qui soutient l'Ukraine depuis les premiers jours de la guerre ».

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La veille, lundi, l'Ukraine avait déposé plainte devant l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) contre les cinq pays à refuser les importations de céréales ukrainiennes (Pologne, Hongrie, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie). Devant la saturation des silos et l'effondrement des prix locaux, ces cinq pays avaient au printemps décrété un embargo unilatéral. Bruxelles avait ensuite formellement approuvé les restrictions, à titre temporaire et sous réserve de maintenir le passage des céréales vers d'autres destinations. Mais l'accord a expiré vendredi et la Commission a décidé de ne pas le renouveler, évoquant « la disparition des distorsions » et l'amélioration des conditions d'acheminement. Kiev a promis en échange des mesures pour mieux contrôler ses flux d'exportation. C'est insuffisant pour les pays concernés. La Hongrie avait immédiatement riposté, annonçant une extension des restrictions à 24 produits au lieu de quatre, suivie par la Pologne. Idem pour la Slovaquie, qui a décrété un embargo jusqu'à la fin de l'année, tandis que la Roumanie s'est dite prête à faire de même pour une durée d'un mois. En réaction à la plainte de l'Ukraine devant l'OMC, le chef du gouvernent polonais a averti mercredi qu'il élargirait la liste des produits ukrainiens interdits d'importation.

La Slovaquie et l'Ukraine ont néamoins convenu jeudi d'un mécanisme basés sur des licences et destiné à remplacer dans l'avenir l'embargo slovaque sur les céréales, a indiqué jeudi à l'AFP le porte-parole du ministre slovaque de l'Agriculture, Andrej Wallner. « Jusqu'à ce que ce système soit lancé et que sa pleine fonctionnalité soit testée, l'interdiction d'importer quatre produits d'Ukraine (...) reste valable jusqu'à la fin de l'année 2023, a-t-il déclaré.

« Faire pression sur la Pologne dans les forums multilatéraux ou envoyer des plaintes aux tribunaux internationaux ne sont pas des méthodes appropriées pour résoudre les différends entre nos pays », avait averti la diplomatie polonaise dans un communiqué.

« Nous appelons nos amis polonais à mettre l'émotion de côté », avait de son côté réagi de son côté le porte-parole de la diplomatie ukrainienne, Oleg Nikolenko, après l'annonce par Varsovie de la convocation de l'ambassadeur ukrainien. Dénonçant « le caractère inacceptable pour l'Ukraine de l'interdiction unilatérale par la Pologne des importations de céréales ukrainiennes », le diplomate a ajouté que « la partie ukrainienne a proposé à la Pologne une solution constructive au problème des céréales ». Il a également déploré « le caractère incorrect » des propos tenus par le président polonais Andrzej Duda lors d'une rencontre avec les médias à New York. Le chef de l'Etat a notamment comparé l'Ukraine à un homme qui se noie, risquant d'entraîner au fond et de noyer aussi celui qui cherche à le sauver.

La France a déploré mercredi les tensions entre les deux pays

La France, par la voix de Catherine Colonna, a déploré à l'AFP « des tensions regrettable », y voyant le reflet de « considérations de politique intérieure ». La cheffe de la diplomatie française, qui s'exprimait après un Conseil de sécurité exceptionnel à l'occasion de la visite à l'ONU de Volodymyr Zelensky, a insisté sur le fait que la décision de Bruxelles de mettre fin à l'interdiction d'importer des céréales ukrainiennes n'entraînait « pas de rupture de concurrence » ou de perturbation des marchés des céréales.

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(Avec AFP)

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