Les terres rares, un enjeu géopolitique sino-américain

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(Crédits : Reuters)
Les réserves de métaux comme le néodyme ou le lanthane, difficiles à extraire et utilisés dans la fabrication de véhicules électriques, batteries, panneaux solaires, éoliennes, sont concentrées en Chine. Les Etats-Unis ne comptent qu'une seule mine, en Californie.

Indispensables aux batteries des véhicules électriques comme aux écrans des smartphones et aux éoliennes, les terres rares font l'objet de nombreuses convoitises au niveau mondial.

Ces éléments naturels sont devenus essentiels à de nombreuses industries de pointe, mais pourquoi les terres rares sont-elles aussi indispensables ? Et quel rôle jouent-elles dans l'arène géopolitique, à l'heure ou la Chine et les États-Unis sont à couteaux tirés sur le commerce?

Que sont les terres rares ?

Les terres rares regroupent 17 métaux pas particulièrement difficiles à trouver, certains d'entre eux étant aussi abondants dans l'écorce terrestre que le plomb ou le cuivre. Leur "rareté" provient du fait qu'il est peu commun de trouver des gisements d'utilité commerciale: ces métaux ne sont souvent présents qu'en petites quantités au sein de minerais d'où il est parfois difficile de les extraire.

L'Institut de géophysique américain, l'USGS, sonde par exemple régulièrement les sols américains à la recherche d'un gisement exploitable de façon rentable et sans trop endommager l'environnement. Mais aux États-Unis, "les minerais de terres rares sont mélangés dans le sol à d'autres matériaux complexes, ce qui rend plus difficile de les traiter", souligne l'USGS pour expliquer ses difficultés à trouver des filons intéressants.

A quoi servent-elles ?

Les terres rares ont une structure atomique particulière qui est à l'origine de nombreuses propriétés physiques uniques.

Par exemple, l'europium, qui possède une luminescence rouge, est utilisé dans les écrans de téléviseurs. Le néodyme, naturellement magnétique, sert à fabriquer de puissants mini-aimants. Le lanthane pour sa part, qui a donné son nom à la famille des lanthanides, entre dans la composition des piles rechargeables qui sont utilisées dans bon nombre de produits électroniques et de voitures hybrides.

Selon un rapport publié par le British Geological Survey (BGS), un institut britannique d'études géologiques, les terres rares "sont le groupe d'éléments utilisé dans le plus de produits de consommation au monde".

Toujours selon le BGS, les terres rares jouent aussi "un rôle vital dans la protection de l'environnement, en améliorant l'efficacité énergétique et en permettant à bon nombre de technologies numériques d'exister".

Qui les détient ?

Selon l'USGS, la Chine possède les plus importants gisements de terres rares, avec 44 millions de tonnes de réserves. Le Vietnam et le Brésil en comptent chacun 22 millions de tonnes.

La Chine bénéficie de deux atouts supplémentaires. Ses minerais sont enfouis dans des dépôts d'argile, une configuration "inhabituelle" et favorable, "puisque plus facile à extraire", d'après l'institut américain. Les normes environnementales chinoises sont en outre moins strictes, explique l'USGS.

A contrario, les difficultés liées aux gisements américains ont forcé la fermeture de la seule mine américaine, à Mountain Pass en Californie, à deux reprises.

"La production à Mountain Pass a repris au premier trimestre 2018", notent les spécialistes des matières premières du rapport Cyclope, qui ajoutent cependant qu'"une grande partie (de la production) était destinée à l'exportation vers la Chine".

"Il n'y a aucune raffinerie en dehors de Chine", a expliqué James Litinsky, dirigeant de l'opérateur de Mountain Pass, dans un entretien avec la chaîne américaine CNBC, même s'il estime que la mine sera indépendante de Pékin pour le raffinage à partir de 2020.

Pourquoi sont-elles stratégiques ?

Cette absence de sites de traitement en dehors de la Chine, ainsi que la capacité de production que possède le pays, font de Pékin le principal acteur du marché des terres rares.

L'importance de la Chine dans la chaîne d'approvisionnement de ces métaux a de quoi donner des sueurs froides aux Etats-Unis, dont les entreprises de hautes technologies, qu'elles soient civiles et militaires, dépendent énormément des terres rares. D'autant plus que le conflit commercial entre les deux pays ne donne aucun signe d'apaisement.

Ces craintes se sont cristallisées fin mai, quand le président chinois Xi Jinping a effectué une visite dans une usine de traitement de terres rares en pleine guerre commerciale avec Washington, laissant ainsi planer la menace d'un blocage par la Chine des exportations de terres rares raffinées.

C'est une tactique que la Chine a déjà mise en pratique par le passé, notamment en 2010, quand Pékin avait brutalement interrompu ses exportations de terres rares vers le Japon en représailles à un différend territorial.

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Commentaires
a écrit le 26/08/2019 à 17:13 :
Moi qui croyait benoitement qu'on devait arrêter les forages pour le gaz de schiste (entre autre), bizarre ? Ah oui, ce n'est pas pareil, ce sont des mines à ciel ouvert, ça dénature moins la planète, on creuse seulement en surface, c'est moins traumatisant pour elle. Et puis, de toute façon, c'est en Chine et pour le lithium au Chili donc loin. Finalement, ce n'est qu'un léger déplacement d'énergie pour l'automobile et un gaspillage pour le reste.
a écrit le 26/08/2019 à 8:20 :
"laissant ainsi planer la menace d'un blocage par la Chine des exportations de terres rares raffinées"

Elle se tirerait une balle dans le pied puisque pays producteur elle a besoin de vendre et non de faire la maline avec des matières premières.

En s'accaparant celles-ci la Chine a misé sur une croissance et une politique productiviste en perpétuelle augmentation, or la crise mondiale en train de s'abattre montre que c'était un mauvais pari.
Réponse de le 26/08/2019 à 15:50 :
Je pense que l'analyse de la chine est toute autre. Elle cherche à s'accaparer toute la filière des terres rares, dans un souci géopolitique, qu'importe la rentabilité immédiate. Ces ressources sont devenues essentielles, et lui donne un pouvoir immense sur les autres nations. Aucune économie ne peut développer un secteur industriel autonomeet moderne sans cette ressource : Pas de défense, pas de spatial, pas de photovoltaique, pas d'éoliennes... En faisant pression sur les exports, elle peut faire plier des nations. Lire l'excellent article du Monde diplomatique sur le sujet. La France est à la ramasse sur le sujet, car en bloquant la reprise de production dans les rares mines françaises, elle devient dépendante. Et la dépendance n'est pas bon amie du futur.
Réponse de le 26/08/2019 à 16:53 :
les années passent et j'ai toujours le même idiot pour me troller... -_-

Harcèlement signalé
a écrit le 26/08/2019 à 3:33 :
Ce problème INDUSTRIEL est-il à la portée d'un Président des USA fermé au marchandage diplomatique et qui "aurait" fait fortune dans l'IMMOBILIER?
a écrit le 25/08/2019 à 21:34 :
Il y en aurait au Groenland (dysprosium), en Corée du Nord aussi (? un pays à faire acheter par Trump), à savoir sous quelle "forme" (magma ou riche, concentré). J'avais un article parlant de Rhone-Poulenc et les terres rares y a 40 ans, je ne sais pas d'où venaient leur matières de base. Parait que l'on retrouve souvent des déchets radioactifs (naturels) dans les boues de traitement, c'est donc pas mal polluant, ce genre d'industrie.
Y a pas eu récemment une annonce d'un site au Japon ? Capable de "concurrencer" (en s'ajoutant à l'existant) la Chine. Mais si ça fait comme les nodules métalliques sous les eaux, une richesse incroyable à portée d'aspirateur...
a écrit le 25/08/2019 à 19:21 :
J'ai tout contre la Chine de Xi jing ping, mais si j'étais Chinois, je ferai monter les enchères d'un produit dont je suis quasiment le seul à détenir des volumes est des usines pour les raffiner. En plus d'em....et Trump et l'impérialisme hégémonique américain.
Réponse de le 25/08/2019 à 21:19 :
Et l'hégémonisme de la dictature chinoise vous convient-elle ?
Réponse de le 26/08/2019 à 7:21 :
Pensez vous qu’on peut gouverner de la même façon avec une population de 1,4 millard de citoyen et une population de 70 millions ?
Réponse de le 26/08/2019 à 15:58 :
L'hégémonisme américain me fait nettement moins peur que celui de la Chine. Ce n'est même pas comparable. Se féliciter de voir la Chine montrer les dents et 'imposer' sa vision de la marche du monde devrait vous faire réfléchir. Avec les USA, on parle d'une démocratie, partageant des valeurs communes avec nous. Avec la Chine, on parle d'une dictature se transformant de plus en plus en Big Brother et avec une mentalité nationaliste et hégémonique bien plus forte que les américains. En Chine, les libraires et opposants 'disparaissent'. Vous avez une note de bon citoyen qui déterminent vos droits en fonction de votre niveau d'allégeance au parti unique. On en est pas là aux USA.
Réponse de le 27/08/2019 à 12:06 :
Le plus gros impérialiste, pour la prochaine décennie serait chinois, il me semble, que sont sinon les routes de la soie, et le régime chinois, c'est autre chose que l'impérialisme US, mais à chacun sa vision.
Réponse de le 27/08/2019 à 12:07 :
Le plus gros impérialiste, pour la prochaine décennie serait chinois, il me semble, que sont sinon les routes de la soie, et le régime chinois, c'est autre chose que l'impérialisme US, mais à chacun sa vision.

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