Métaux rares (3/3) : la réouverture de mines en France est-elle envisageable ?

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Par le passé d'ailleurs, c'est bien le rejet des populations occidentales face aux conséquences environnementales de l'extraction et du raffinage des terres rares qui ont permis à la Chine de s'en approprier le monopole.
Par le passé d'ailleurs, c'est bien le rejet des populations occidentales face aux conséquences environnementales de l'extraction et du raffinage des terres rares qui ont permis à la Chine de s'en approprier le monopole. (Crédits : Reuters)
[Série d'été 3/3] Soutenue par plusieurs experts, une éventuelle réouverture des mines en France semble toutefois confrontée à un obstacle majeur : l'acceptabilité sociale.

D'une part, un marché des métaux rares de plus en plus tendu, en raison de facteurs géopolitiques comme de réputation. D'autre part, des arguments stratégiques ainsi qu'éthiques mis en avant par plusieurs experts afin de relancer la création de mines sur le territoire national et européen. Qu'est-ce qui s'oppose alors à l'idée de refaire de la France un géant minier ? Le principal obstacle qu'elle va rencontrer est sans doute d'ordre politique et social.

Au lendemain de la fermeture de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, et à l'heure où l'on redoute un durcissement de l'opposition au "cimetière de déchets radioactifs" de Bure, l'acceptabilité de nouveaux projets de mines semble plus qu'improbable.

Les précédents de Mountain Pass et de La Rochelle

Par le passé d'ailleurs, c'est bien le rejet des populations occidentales face aux conséquences environnementales de l'extraction et du raffinage des terres rares qui ont permis à la Chine de s'en approprier le monopole, montre Guillaume Pitron dans son livre. La mine américaine de Mountain Pass, dans les alentours de Las Vegas, a fini par être définitivement fermée en 2002 par la société Molycorp après une série d'accidents environnementaux, actions judiciaires et amendes. En France, la raffinerie de Rhône-Poulenc (aujourd'hui Solvay) à La Rochelle, qui dans les années 80 purifiait 50% du marché mondial de terres rares, a décidé de sous-traiter aux Chinois la première partie du raffinage en raison des craintes de la population et à la pression médiatique face aux risques de radioactivité. Et encore aujourd'hui, le projet guyanais de la Montagne d'Or rencontre l'opposition des deux tiers de la population locale, selon un sondage réalisé en juin par Ifop pour WWF.

Ce dernier dossier montre d'ailleurs aussi l'ambiguïté du gouvernement actuel face à la question de la réouverture des mines. Alors qu'Emmanuel Macron s'est dit favorable au projet lorsqu'il était ministre de l'Économie, Nicolas Hulot a exprimé ses réticences devant l'Assemblée nationale, estimant qu'il y avait "intérêt" à "remettre à plat" les impacts environnementaux comme les bénéfices économiques du projet. C'est d'ailleurs à la suite de la présentation par le ministre de la Transition écologique et solidaire du projet de loi mettant fin à la recherche ainsi qu'à l'exploitation des hydrocarbures que l'Académie des sciences a décidé de se pencher sur le sujet des mines et de publier sa récente "Stratégie d'utilisation des ressources du sous-sol pour la transition énergétique française", confie l'un des co-auteur, Ghislain de Marsily, qui espère rencontrer Nicolas Hulot à la rentrée.

D'autres pays et les entreprises s'organisent

En attendant que la question soit ouvertement mise sur la table puis éventuellement tranchée en France, d'autres pays s'organisent. Le Japon investit depuis une décennie non seulement dans des mines à l'étranger, mais aussi dans l'amélioration du recyclage des déchets électriques et électroniques, dans lequel il est devenu un modèle. Donald Trump a annoncé fin décembre plusieurs mesures en faveur de la relance de l'extraction de minerais critiques sur le sol américain ainsi que de l'amélioration des technologies de recyclage.

Pour leur part, conscientes des temps longs de ce genre de stratégies, les entreprises cherchent aussi leurs propres solutions. Les prises d'actifs d'industriels dans des projets miniers se multiplient, témoigne Alcimed, qui observe également le développement de stratégies de stockage de métaux rares ou de négociation directe avec les producteurs.

"Le sujet de l'approvisionnement des métaux rares doit être traité sérieusement et en permanence, même en l'absence de crise", suggère le cabinet.

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Épisode 1 : "Métaux rares : doit-on craindre pour l'approvisionnement ?"

Épisode 2 : "Métaux rares : faudrait-il rouvrir des mines en France ?"

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Commentaires
a écrit le 26/07/2018 à 6:35 :
Dans le sud-est mediteranneen, Var et AM, existent de nombreux sites de mines desaffectees. Jeune, avec des amateurs eclaires aux faits de geologie, nous organisions souvent des expeditions souterraines. Manganese, plumb, fer, bauxite, arsenic et j'en oublie. Avec tjrs la meme consigne aux abords immediats des gisements. Ne jamais consommer l'eau ruisselante, meme en zone de montagne, parc des Ecrins, Mercantour bien et d'autres coins remarquables. Et pour cause, les niveaux de pollution etaient souvent largement depasses. Pour rappel, presque tous ces gisements datent des annees 1900. A mediter.
a écrit le 25/07/2018 à 9:43 :
La mine d'or en Guyane donnée à un russe et un canadien!! Lorsqu'ils auront accompli leur forfait: courrez leurs après pour qu'ils dépolluent. Les français ne si risquent pas car eux devront dépolluer.
a écrit le 25/07/2018 à 9:24 :
Très bel article sur un sujet concernant le temps long, dont il est, hélas, fort improbable qu'un politicien s'en saissise; ne souhaitant pas risquer des difficultés à court terme pour des bénéfices nationaux à long terme
Réponse de le 25/07/2018 à 21:09 :
et que pensez vous des conséquences à LT de l'exploitation minière? pourriez-vous dans les environs? Non bien sûr... C'est toujours mieux chez les autres. Donc à CT mais SURTOUT à long terme les citoyens à raisons sont contre. L'idéal serait de financer de la R&D pour trouver des produits de substitution à la confection de ce type de produit.
L'homme est excessif en tout sauf en réflexion ou en altruisme.
Réponse de le 25/07/2018 à 21:42 :
A lolo. Je crois que vous etes victime du syndrome yaka... yaka investir dans la r&d... d’accord avec vous mais sauf magie on ne peut creer des objets sans materiaux... quels qu’ils soient. Nous vivons dans l’hypocrisie de l’exportatiin des pollutions et moins disants sociaux pour economiser qques euros sur des achats de confort... Euros que nous perdrons tot ou tard quand les pays producteurs decideront de serrer la vis sur les exportations. Je prefere des emplois en France sous controle de normes plus exigentes que l’hypocrisie actuelle et la dependance a des pays tierd
a écrit le 25/07/2018 à 8:34 :
Je ne le pense pas, si c'est fait dans des conditions d'exploitation sûr je ne pense pas que cela occasionne un rejet de la part des citoyens.

"Donald Trump a annoncé fin décembre plusieurs mesures en faveur de la relance de l'extraction de minerais critiques sur le sol américain ainsi que de l'amélioration des technologies de recyclage"

ET comem d'habitude, pendant que l'UE n'en fini pas de se poser des questions sans jamais avancer lkes états unis eux courent...

Vite un frexit.
Réponse de le 25/07/2018 à 21:06 :
citer D. Trump en exemple... Bravo quel bel argument d'autorité

Au passage, regardez juste l'état des environs après l'exploitation d'une mine et ensuite venez nous reparler de reflexions... (jet si vous avez le temps prenez le temps de regarder ce qu'il fait avant de le citer en exemple).
Réponse de le 26/07/2018 à 10:27 :
"Au passage, regardez juste l'état des environs après l'exploitation d'une mine et ensuite venez nous reparler de reflexions..."

@ multipseudos

Où ça dans les pays du tiers monde à l’esclavagisme humain subventionné par la finance mondiale ou seulement aux états unis ? En chine cela a massacré le pays oui.

SI vous avez des liens, surtout n'hésitez pas à les montrer hein, depuis que j'attends... -_-

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