Métaux rares (2/3) : faudrait-il rouvrir des mines en France ?

 |   |  900  mots
Il s'agit d'assumer le poids de la transition énergétique et numérique, en cessant d'en exporter les externalités, selon le journaliste Guillaume Pitron -qui met également en avant un paradoxe: l'absence de toute mention de l'enjeu des matières premières dans la loi de transition énergétique, dans l'Accord de Paris ou dans les bilans de cycle de vie des véhicules électriques.
Il s'agit d'assumer le poids de la transition énergétique et numérique, en cessant d'en exporter les externalités, selon le journaliste Guillaume Pitron -qui met également en avant un paradoxe: l'absence de toute mention de l'enjeu des matières premières dans la loi de transition énergétique, dans l'Accord de Paris ou dans les bilans de cycle de vie des véhicules électriques. (Crédits : Reuters)
[Série d'été 2/3] Afin de sécuriser l'approvisionnement, la question est de plus en plus souvent posée par les experts. Des arguments stratégiques et éthiques la soutiennent.

Ils sont indispensables à la transition énergétique et numérique, mais exposés à des risques géopolitiques, de responsabilité sociale et environnementale, voire d'épuisement des réserves. Afin de sécuriser l'approvisionnement en métaux rares, une question fâcheuse revoit donc le jour en France : celle de l'opportunité de relancer la création de mines sur le territoire national et européen. Elle sous-tend la toute récente "Stratégie d'utilisation des ressources du sous-sol pour la transition énergétique française" de l'Académie des sciences, dont "la conclusion majeure (...) est que la transition énergétique ne pourra être réalisée sans adaptations technologiques majeures ni modification significative de la chaîne d'approvisionnement", et qui recommande "d'analyser les ressources exploitables en France (métropole et outre-mer), y compris dans le domaine maritime".

Le potentiel semble notamment important en Nouvelle-Calédonie, en Guyane, mais aussi dans le Massif armoricain et dans le Massif central, où il s'agit d'étendre l'exploration au-delà des 500 mètres de profondeur, soulignent les académiciens. Le journaliste Guillaume Pitron consacre également un chapitre de son livre sur "La Guerre des métaux rares" à la réouverture de mines françaises, qui figure aussi parmi les stratégies suggérées par le cabinet de conseil Alcimed dans une récente étude consacrée au sujet.

Souveraineté et éthique

Les partisans d'une telle solution mettent en avant deux arguments. Le premier porte sur la nécessité de réduire la dépendance française de pays étrangers aux politiques incontrôlables, voire de se réapproprier une culture des matières premières, présente lorsque la France était encore un géant minier, mais perdue au long des dernières décennies, souvent avec le savoir-faire qui l'accompagnait. Cela permettrait de raviver d'anciennes compétences qui vieillissent, ainsi que de créer des emplois locaux, souligne Guillaume Pitron.

"Connaître l'existence de nos ressources permettrait de meilleures négociations sur les prix, même si on ne les exploite pas", ajoute Ghislain de Marsily, coauteur avec Bernard Tardieu de l'étude de l'Académie des sciences, lequel insiste aussi sur l'enjeu de "réintégrer l'ensemble de la chaîne de valeur chez nous", en développant une industrie à forte valeur ajoutée.

Le deuxième argument est de nature éthique. Il s'agit d'assumer le poids de la transition énergétique et numérique, en cessant d'en exporter les externalités, martèle Guillaume Pitron - qui met également en avant un paradoxe : l'absence de toute mention de l'enjeu des matières premières dans la loi de transition énergétique, dans l'accord de Paris ou dans les bilans de cycle de vie des véhicules électriques.

"Des mines profondes environnementalement et socialement acceptables ont déjà été développées dans plusieurs pays occidentaux", ajoute l'Académie des sciences, pour qui la France a donc un rôle à jouer dans le développement de techniques plus propres.

Le faible impact des matières premières sur le prix des appareils technologiques (quelques euros pour un smartphone par exemple) devrait permettre aux consommateurs d'absorber le surcoûts, conviennent les experts.

Un recyclage encore insuffisant

Quant aux autres moyens qui pourraient permettre de réduire la dépendance française des pays monopolistiques ainsi que les externalités de la production de métaux rares, ils ne sont pas négligés par les partisans de la réouverture des mines. Mais les obstacles à leur développement sont tels qu'ils n'y voient, à moyen terme, qu'une solution complémentaire, plutôt qu'une véritable alternative.

Le recyclage des déchets électriques et électroniques, notamment, est encore "loin de pouvoirs subvenir aux besoins croissants"  de ces matières, admet Christian Brabant, directeur général de la société réunissant les deux éco-organismes agréés en France pour cette filière, Eco-systèmes et Recyclum. Auprès des consommateurs, le tri peine encore à s'affirmer : en France, en 2017, sur l'ensemble des flux, le taux de collecte, de 50%, restait inférieur à l'objectif réglementaire français (de 52%). Et face aux coûts élevés de la récupération des métaux rares, souvent mélangés dans le cadre de complexes alliages, pour nombre d'entre eux, l'industrie du recyclage n'est pas encore parvenue à trouver un modèle économique lui permettant de vendre la matière recyclée à des prix compétitifs par rapport à celle vierge. Une difficulté incarnée en France par un décalage entre une R&D "sur le recyclage des métaux critiques dynamique et productive" et une "industrialisation des projets encore faible", reconnaissait dans une étude de 2017 l'Ademe, suggérant aux pouvoirs publics de mieux accompagner y compris financièrement les projets.

Quant à la réduction progressive de la quantité de matières premières utilisées pour chaque produit, elle ne compense pas l'augmentation globale de la demande de technologie. Sans compter que l'allègement des appareils passe souvent par l'utilisation de métaux rares.... Et si des substitutions de matières sont parfois possibles, la performance technologique finira sans doute par primer sur l'accessibilité des métaux.

Demain, retrouvez le dernier épisode de notre série d'été consacrée aux métaux rares : "La réouverture de mines en France est-elle envisageable ?"

___

SERIE D'ÉTÉ

Pour relire le premier épisode : "Métaux rares : doit-on craindre pour l'approvisionnement ?"

Déchets électroniques, recyclage, tri sélectif, poubelles, déchetterie, ordures,

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/07/2018 à 0:00 :
Il serait judicieux de stocker ces terres rares d'abord. Ce serait déjà une belle mine, y compris de métaux absents de notre sous-sol et de nos fonds marins.
a écrit le 24/07/2018 à 14:46 :
Les mines responsables, écologiques, ou qui respectent la santé des employés et des population locales n'existent tout simplement pas. Il n'y en a jamais eu, il n'y en aura jamais car leur exploitation écologique ne les rend pas viables financièrement. Les mines détruisent les villages de leurs employés, les tuent, créent des guerres au sein des familles: elles exploitent la misère. Il y a toujours des terrils de terres radioactives, des bassins de rétentions de produits chimiques qui craquent, des eaux acides. Les mineurs ont des cancers terribles. Les préfets (c'est eux la "police des mines") ne contrôlent rien du tout. Les chinois n'en veulent plus, ils veulent les mettre en Afrique maintenant et nous on veut les rouvrir ? Pffff.... Lire "mauvaises mines" paru cette année chez Agone est assez édifiant.
Réponse de le 24/07/2018 à 20:59 :
Vous êtes donc prêt a vous passer de votre actuel / futur smartphone, ordinateur portable, télévision, voiture hybride /électrique, Hyperloop ?
Dans le cas contraire, ces métaux rares continueront d´être extrait dans des pays ne respectant aucune règles environnementales de base, nous rendant dépendant de leurs approvisionnements en matière première pour satisfaire les envies de citoyens occidentaux pensant être ´ami de l´environnement´ et qui se donnent bonne conscience.
La situation idéale n´existe pas mais je préfère encore contrôler comment certains de ces métaux, dans la mesure ou nous avons dans notre sous-sol, sont extraits chez nous que de le laisser faire par des pays sans scrupules.
a écrit le 24/07/2018 à 12:37 :
En France sur l'aspect technique il n' y a pas de problème, on sait creuser des trous profonds !
a écrit le 24/07/2018 à 9:17 :
Merci beaucoup pour cet article qui prend du recul sur ce phénomène majeur des métaux rares.

JE pense également qu'une réouverture de ces mines serait souhaitable, dans des conditions d'exploitation respectueuses envers les salariés et donc d'une sécurité sans faille, pourrait non seulement permettre de créer du travail mais en plus nous permettrait en effet de retrouver un peu de souveraineté qui est en train d'être accaparée par la Chine dans ce domaine.

Maintenant voilà, notre économie néolibérale est repus d'une part à la délocalisation afin d'avoir des salariés très peu payés qui exploitent ces produits empoisonnés sans sécurité permettant de réduire les couts jusqu'à la mort dudit salarié et en plus elle n'a aucune pensée à long terme et donc comme on le voit avec notre déplorable pouvoir en place n'a aucune volonté de souveraineté cherchant sans arrêt la meilleur marge bénéficiaire comme si cela pouvait faire une politique, alors que même pas économique.

Vous posez une bonne question, il serait temps de contrôler un peu plus les outils de production mais au sein d'une économie totalement éclatée par les intérêts des uns et des autres, l'intelligence une nouvelle fois en est écartée.
Réponse de le 24/07/2018 à 11:33 :
Sur la côte ouest de l'Australie, une mine géante fonctionne sans AUCUN être humain dedans, tout est piloté via des machines autonome et surveillé par 400 salariés dans des bureaux à des centaines de Km de là.
Source (qui date un peu) : https://www.usinenouvelle.com/article/la-mine-sans-mineurs-de-fond.N167867
Réponse de le 24/07/2018 à 15:36 :
Une belle initiative qui peut redonner en plus confiance envers la technologie, car depuis le temps que TEPCO envoie des robots sonder le réacteur nucléaire de fukushima perdu et qu'il ne tient à chaque fois que quelques secondes, là ça pourrait nous faire douter...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :