Les deux avocats fondateurs du cabinet Mossack Fonseca, au centre de l'affaire des Panama Papers, ont été placés ce week-end en détention préventive au Panama. Jürgen Mossack et Ramon Fonseca sont soupçonnés de blanchiment de capitaux dans l'affaire du scandale Pétrobras qui ébranle depuis plusieurs années la vie politique brésilienne.
L'étau se resserre sur les dirigeants du sulfureux cabinet d'avocats Mossack Fonseca. Les deux fondateurs de la firme panaméenne ont été placés en détention samedi 11 février. Selon le ministère public, Jurgen Mossack et Ramon Fonseca, ont été incarcérés afin qu'ils ne puissent pas quitter le pays.
Ramon Fonseca Mora co-fondateur du cabinet Mossack Fonseca le 9 février dernier lors de son arrivée devant le ministère de la Justice au Panama.Crédits : REUTERS/Eduardo Grimaldo.
De multiples perquisitions
L'enquête s'est accélérée en fin de semaine dernière. La justice du Panama a perquisitionné le siège de Mossack Fonseca et les enquêteurs ont également fouillé les logements des deux fondateurs. Jürgen Mossack et Ramon Fonseca Mora ont ensuite été présentés au parquet selon Elias Solano, un des avocats du cabinet spécialisé dans le droit commercial.
Quels sont les soupçons qui pèsent sur les deux fondateurs du cabinet ?
Le procureur Kenia Porcell en charge de l'enquête a rappelé selon l'AFP que ce cabinet est soupçonné avant tout d'être "une organisation criminelle qui se chargeait de cacher des actifs et des sommes d'argent à l'origine douteuse". Ils sont également accusés d'avoir éliminé les preuves qui prouvaient l'implication de personnes dans des activités illégales. Dans ce contexte général, deux principaux dossiers sont dans le viseur de la justice.
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Kenia Porcell a néanmoins rappelé à Reuters que les derniers rebondissements de l'enquête sont surtout liés au dossier "lava jato" (lavage express) et au scandale de Pétrobras. Elle fait référence ici à l'enquête visant notamment des personnalités politiques brésiliennes soupçonnées d'avoir reçu des pots-de-vin.
Pour se défendre et tenter d'atténuer sa responsabilité dans ce dossier, Ramon Fonseca accuse le président panaméen Juan Carlos Varela d'avoir également touché des fonds du groupe Odebrecht. D'après des propos rapportés par RFI, l'élu dément avoir reçu des dons pour sa campagne électorale de 2014.
Une longue enquête
Ces dernières arrestations sont le résultat d'une longue enquête des autorités judiciaires qui est loin d'être terminée. En avril 2016, les enquêteurs ont perquisitionné une centaine de serveurs du cabinet spécialisé dans la création de sociétés offshore pour des milliers de clients à travers le monde. Après la perquisition, Mossack Fonseca avait estimé avoir respecté la loi et que toutes les opérations menées étaient légales.
L'origine de la rencontre entre les deux dirigeants reste opaque. En revanche, les documents obtenus par le consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et révélés par Le Monde apportent des renseignements sur le passé trouble des deux dirigeants. Le premier Jürgen Mossack est un avocat panaméen de parents allemands. Son père était un officier de la Waffen-SS durant la Seconde Guerre Mondiale. Le second Ramon Fonseca Mora est panaméen, avocat et écrivain réputé. Il est également connu pour avoir été président du Parti panaméiste, formation connue pour ses revendications nationalistes et conservatrices. Il a également été ministre-conseiller du président Juan Carlos Varela avant de devoir démissionner de son poste à la suite du scandale des Panama Papers.
En parallèle de ces deux incarcérations, des auditions et des arrestations concernant entre autres des hauts-fonctionnaires se multiplient dans de nombreux pays d'Amérique du Sud laissant entrevoir une vaste organisation de blanchiment d'argent issu de la corruption.