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L'indépendance de Taïwan est « incompatible » avec la paix, prévient Pékin, qui simule un bouclage de l’île

Photo de Marine Godelier

latribune.fr

Publié le 10 avril 2023 à 07:57 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 19:41

L'illustration d'un avion, des drapeaux chinois et taiwanais

L'illustration d'un avion, des drapeaux chinois et taiwanais

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Photo d'illustration de l'article
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L'indépendance de Taïwan est « incompatible avec la paix », a averti Pékin ce lundi. La Chine mène actuellement des exercices à tirs réels dans le détroit de Taïwan pour simuler un « bouclage » de Taïwan, alors que des avions de chasse et des navires de guerre chinois encerclent l'île au cours d'une troisième journée consécutive d'exercices militaires, lancés en réponse à la rencontre de sa présidente, Tsai Ing-wen, avec le président de la Chambre des États-Unis. En parallèle, Pékin a condamné lundi l'«...

[Article mis à jour le 10/04/2023 à 16:30]

Alors que, depuis trois jours, la Chine accentue la pression militaire sur Taïwan avec l'envoi de navires de guerre et d'aéronefs dans le détroit, la tension monte avec Washington. Lundi, la Chine a en effet condamné l'« intrusion » d'un destroyer américain dans un secteur de mer de Chine méridionale revendiqué par Pékin, après l'annonce par la marine américaine que le USS Milius y avait mené une « opération de liberté de navigation ». Le destroyer est passé à moins de 12 milles nautiques (22 km) du récif Mischief.

« Le destroyer lance-missiles USS Milius a mené une intrusion illégale dans les eaux adjacentes au récif Meiji dans les îles Nansha de Chine, sans l'approbation du gouvernement chinois », a ainsi déclaré Tian Junli, porte-parole du Commandement du théâtre sud de l'armée chinoise, dans un communiqué, ajoutant que l'armée de l'air de Pékin « a suivi et effectué une surveillance du navire ».

Frappes de précision à Taïwan

L'événement intervient alors que la Chine a mené lundi des exercices à tirs réels dans le détroit de Taïwan pour simuler un « bouclage » de l'île. Et notamment un « blocus aérien », selon la télévision d'Etat CCTV. Dans la foulée, Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a affirmé que l'indépendance de Taïwan était « incompatible avec la paix », jugeant nécessaire de « s'opposer fermement à toute forme de séparatisme pour l'indépendance de Taïwan ».

L'opération s'est déroulée en réponse à une visite aux Etats-Unis de la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, la semaine dernière, visant à consolider les alliances en baisse de Taiwan en Amérique centrale et à renforcer son soutien américain. Un voyage d'ailleurs couronné par une réunion sensible avec le président de la Chambre des États-Unis, Kevin McCarthy, en Californie .

Pékin avait ainsi promis de réagir avec des mesures « fermes et énergiques ». Après avoir imposé une interdiction de voyager et des sanctions financières contre les personnes associées au voyage de Tsai Ing-Wen aux États-Unis et conduit une activité militaire accrue tout au long du week-end, Pékin mène donc désormais des attaques de précision sur des cibles taïwanaises. Et affirme avoir mobilisé son porte-avions Shandong ainsi que des avions de chasse « transportant des munitions réelles » afin de mener des « frappes simulées » près de Taïwan.

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« Plusieurs lots de chasseurs H-6K transportant des munitions réelles [...] ont effectué plusieurs vagues de frappes simulées sur des cibles importantes sur l'île de Taiwan », a déclaré le Eastern Theatre Command dans un communiqué.

Le ministère de la Défense taïwanais a quant à lui annoncé avoir détecté 11 navires de guerre et 59 avions chinois autour de l'île. Des avions de combat et des bombardiers figurent parmi les appareils repérés lundi matin.

Sur une vidéo publiée lundi sur le compte WeChat du commandement du théâtre d'opérations Est de l'Armée, un pilote chinois dit être « arrivé près de la partie nord de l'île de Taïwan » avec des missiles « verrouillés en place ». Dans une autre vidéo, accompagnée d'une musique dramatique, le coup de sifflet d'un officier fait courir le personnel militaire en position tandis qu'un barrage simulé sur Taïwan apparaît à l'écran.

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Soutien de la Russie

L'opération de trois jours baptisée « Joint Sword », qui a débuté samedi et a été « achevée avec succès » lundi, selon larmée chinoise, est destinée à répéter un encerclement de Taïwan, que Pékin revendique comme son territoire et a menacé de prendre par la force si nécessaire. Il s'agit d'un « sérieux avertissement contre la collusion entre les forces séparatistes recherchant "l'indépendance de Taïwan" et les forces extérieures, ainsi que leurs activités provocatrices », a averti un porte-parole de l'armée chinoise, Shi Yi.

Du 8 au 10 avril, le commandement militaire chinois a ainsi testé « de manière approfondie sa capacité de combat » interarmées « en conditions réelles », a affirmé le commandement chinois dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, précisant être « prêt pour le combat, à n'importe quel moment, et résolu à écraser toute forme de séparatisme pour l'indépendance de Taïwan et tentatives d'interférences étrangères ».

Le gouvernement taïwanais a condamné les exercices, tandis que les États-Unis ont exhorté la Chine à faire preuve de retenue.

Lundi midi, le Kremlin a également réagi, et affirmé apporter tout son soutien aux manœuvres militaires de la Chine autour de Taïwan, estimant que Pékin était victime de « provocations » de la part des Etats-Unis.

« La Chine a le droit souverain de réagir à ces actions provocatrices, notamment en conduisant des manœuvres », a dit à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

De son côté, le Japon a déclaré lundi qu'il suivait de près les exercices, qui se déroulent dans les eaux proches de ses îles d'Okinawa, le secrétaire en chef du Cabinet Hirokazu Matsuno déclarant que « la paix et la stabilité » dans le détroit de Taiwan étaient importantes pour la sécurité du Japon et de la communauté internationale.

Par ailleurs, ces exercices interviennent peu après le voyage d'Emmanuel Macron en Chine, où le chef de l'Etat français a tenté de renouer le dialogue avec son homologue Xi Jinping, trois ans après sa dernière visite officielle. Le président de la République avait fait le déplacement avec une délégation d'entreprises en espérant obtenir une nouvelle moisson de contrats.

Opposition américaine

La Chine voit avec mécontentement le rapprochement ces dernières années entre les autorités taïwanaises et les Etats-Unis qui, malgré l'absence de relations officielles, fournissent à l'île un soutien militaire substantiel. Pour rappel, elle considère Taïwan qui compte 23 millions d'habitants comme une province qu'elle n'a pas encore réussi à réunifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949.

De leur côté, les États-Unis ne reconnaissent pas officiellement Taïwan mais ont exprimé leur opposition aux tentatives unilatérales de modifier le statu quo et ont soutenu pendant des décennies les défenses de l'île avec des ventes d'armes.

Le département d'État américain a déclaré dimanche qu'il surveillait la situation de près et que Pékin ne devrait pas transformer la visite de Tsai Ing-wen « en quelque chose qu'elle n'est pas ou l'utiliser comme prétexte pour réagir de manière excessive ».

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(Avec agences)

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L'arsenal militaire chinois

La Chine, qui organise depuis samedi trois jours de manœuvres militaires autour de Taïwan, a mobilisé un large éventail de matériel militaire avec l'objectif d'intimider ce territoire qu'elle revendique.

L'opération, qui doit se conclure lundi avec des exercices à tirs réels, a été lancée en réaction à une rencontre la semaine dernière entre la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen et un haut responsable américain.

Voici le détail de l'arsenal militaire utilisé :

- Navires de guerre

L'armée chinoise a confirmé lundi avoir mobilisé le porte-avions Shandong dans le cadre de cette opération baptisée « Joint Sword ». Le Shandong est l'un des deux porte-avions de la Chine, le seul à avoir été entièrement construit dans le pays. Il a été mis en service en décembre 2019. Selon des communiqués publiés lundi par l'armée, c'est la première fois que le Shandong participe à des essais militaires incluant l'encerclement de Taïwan. La Chine a également déployé destroyers et frégates en direction de Taïwan, le ministère taïwanais de la Défense disant lundi matin avoir détecté onze navires chinois autour de l'île.

L'arsenal comprend des destroyers 052C et des frégates 054A. Le modèle 054A est destiné au combat antiaérien et est équipé de missiles surface-air à moyenne portée HQ-16 capables de frapper des cibles aériennes à 50 kilomètres de distance, selon Naval Technology, une revue spécialisée dans la défense. Quelques heures avant la rencontre mercredi en Californie entre Mme Tsai et le chef de la Chambre des représentants américaine Kevin McCarthy, la Chine avait déployé son porte-avions Shandong dans les eaux du sud-est de Taïwan, en direction du Pacifique occidental.

- Aéronefs

Pékin a déployé des dizaines d'avions dans l'espace aérien autour de Taïwan dont des avions de chasse J-16 et J-10C. Les jets J-16, des modèles de pointe conçus par la Shenyang Aircraft Corporation, sont capables de transporter des missiles de combat à courte portée ainsi que des missiles air-air à longue portée, selon le quotidien d'Etat Global Times. Ils ont déjà été utilisés par le passé lors d'incursions chinoises dans la zone d'identification de défense aérienne (ADIZ) de Taïwan. Les jets J-16 sont les avions de chasse privilégiés par Pékin pour tester la défense anti-aérienne de l'île, avancent les experts.

L'opération déclenchée ce weekend inclut aussi des avions d'alerte précoce et de surveillance KJ-500, qui disposent d'une couverture radar à 360 degrés, selon la société Janes spécialisée dans le renseignement.

Les médias d'Etat ont également signalé le déploiement d'avions Y-8, permettant la détection de sous-marins, un modèle déjà utilisé en patrouille dans la mer de Chine orientale.

- Missiles

L'armée de Terre chinoise a aussi été mobilisée pour cette opération avec des missiles YJ-12B ciblant les navires dans des tirs simulés contre Taïwan. Il y a peu d'informations disponibles sur ce modèle, une version terrestre du missile supersonique YJ-12 qui a une portée de 460 kilomètres et peut transporter à la fois des ogives nucléaires et conventionnelles, selon Missile Defense Advocacy Alliance, un organisme basé aux États-Unis.

Les missiles balistiques DF-11 et DF-15, conventionnels et de courte portée, ont aussi été mobilisés dans ces exercices. Les deux modèles sont utilisés depuis des décennies, le DF-15, plus récent, étant capable de « frapper Taïwan, la péninsule coréenne et le nord de l'Inde depuis la Chine continentale », selon le Centre d'études stratégiques et internationales à Washington.

(AFP)

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