L'indépendance de Taïwan est « incompatible » avec la paix, prévient Pékin, qui simule un bouclage de l’île

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L'illustration d'un avion, des drapeaux chinois et taiwanais
DADO RUVIC

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L'illustration d'un avion, des drapeaux chinois et taiwanais
DADO RUVIC
[Article mis à jour le 10/04/2023 à 16:30]
Alors que, depuis trois jours, la Chine accentue la pression militaire sur Taïwan avec l'envoi de navires de guerre et d'aéronefs dans le détroit, la tension monte avec Washington. Lundi, la Chine a en effet condamné l'« intrusion » d'un destroyer américain dans un secteur de mer de Chine méridionale revendiqué par Pékin, après l'annonce par la marine américaine que le USS Milius y avait mené une « opération de liberté de navigation ». Le destroyer est passé à moins de 12 milles nautiques (22 km) du récif Mischief.
« Le destroyer lance-missiles USS Milius a mené une intrusion illégale dans les eaux adjacentes au récif Meiji dans les îles Nansha de Chine, sans l'approbation du gouvernement chinois », a ainsi déclaré Tian Junli, porte-parole du Commandement du théâtre sud de l'armée chinoise, dans un communiqué, ajoutant que l'armée de l'air de Pékin « a suivi et effectué une surveillance du navire ».
L'événement intervient alors que la Chine a mené lundi des exercices à tirs réels dans le détroit de Taïwan pour simuler un « bouclage » de l'île. Et notamment un « blocus aérien », selon la télévision d'Etat CCTV. Dans la foulée, Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a affirmé que l'indépendance de Taïwan était « incompatible avec la paix », jugeant nécessaire de « s'opposer fermement à toute forme de séparatisme pour l'indépendance de Taïwan ».
L'opération s'est déroulée en réponse à une visite aux Etats-Unis de la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, la semaine dernière, visant à consolider les alliances en baisse de Taiwan en Amérique centrale et à renforcer son soutien américain. Un voyage d'ailleurs couronné par une réunion sensible avec le président de la Chambre des États-Unis, Kevin McCarthy, en Californie .
Pékin avait ainsi promis de réagir avec des mesures « fermes et énergiques ». Après avoir imposé une interdiction de voyager et des sanctions financières contre les personnes associées au voyage de Tsai Ing-Wen aux États-Unis et conduit une activité militaire accrue tout au long du week-end, Pékin mène donc désormais des attaques de précision sur des cibles taïwanaises. Et affirme avoir mobilisé son porte-avions Shandong ainsi que des avions de chasse « transportant des munitions réelles » afin de mener des « frappes simulées » près de Taïwan.
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Le ministère de la Défense taïwanais a quant à lui annoncé avoir détecté 11 navires de guerre et 59 avions chinois autour de l'île. Des avions de combat et des bombardiers figurent parmi les appareils repérés lundi matin.
Sur une vidéo publiée lundi sur le compte WeChat du commandement du théâtre d'opérations Est de l'Armée, un pilote chinois dit être « arrivé près de la partie nord de l'île de Taïwan » avec des missiles « verrouillés en place ». Dans une autre vidéo, accompagnée d'une musique dramatique, le coup de sifflet d'un officier fait courir le personnel militaire en position tandis qu'un barrage simulé sur Taïwan apparaît à l'écran.
L'opération de trois jours baptisée « Joint Sword », qui a débuté samedi et a été « achevée avec succès » lundi, selon larmée chinoise, est destinée à répéter un encerclement de Taïwan, que Pékin revendique comme son territoire et a menacé de prendre par la force si nécessaire. Il s'agit d'un « sérieux avertissement contre la collusion entre les forces séparatistes recherchant "l'indépendance de Taïwan" et les forces extérieures, ainsi que leurs activités provocatrices », a averti un porte-parole de l'armée chinoise, Shi Yi.
Du 8 au 10 avril, le commandement militaire chinois a ainsi testé « de manière approfondie sa capacité de combat » interarmées « en conditions réelles », a affirmé le commandement chinois dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, précisant être « prêt pour le combat, à n'importe quel moment, et résolu à écraser toute forme de séparatisme pour l'indépendance de Taïwan et tentatives d'interférences étrangères ».
Le gouvernement taïwanais a condamné les exercices, tandis que les États-Unis ont exhorté la Chine à faire preuve de retenue.
Lundi midi, le Kremlin a également réagi, et affirmé apporter tout son soutien aux manœuvres militaires de la Chine autour de Taïwan, estimant que Pékin était victime de « provocations » de la part des Etats-Unis.
De son côté, le Japon a déclaré lundi qu'il suivait de près les exercices, qui se déroulent dans les eaux proches de ses îles d'Okinawa, le secrétaire en chef du Cabinet Hirokazu Matsuno déclarant que « la paix et la stabilité » dans le détroit de Taiwan étaient importantes pour la sécurité du Japon et de la communauté internationale.
Par ailleurs, ces exercices interviennent peu après le voyage d'Emmanuel Macron en Chine, où le chef de l'Etat français a tenté de renouer le dialogue avec son homologue Xi Jinping, trois ans après sa dernière visite officielle. Le président de la République avait fait le déplacement avec une délégation d'entreprises en espérant obtenir une nouvelle moisson de contrats.
La Chine voit avec mécontentement le rapprochement ces dernières années entre les autorités taïwanaises et les Etats-Unis qui, malgré l'absence de relations officielles, fournissent à l'île un soutien militaire substantiel. Pour rappel, elle considère Taïwan qui compte 23 millions d'habitants comme une province qu'elle n'a pas encore réussi à réunifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949.
De leur côté, les États-Unis ne reconnaissent pas officiellement Taïwan mais ont exprimé leur opposition aux tentatives unilatérales de modifier le statu quo et ont soutenu pendant des décennies les défenses de l'île avec des ventes d'armes.
Le département d'État américain a déclaré dimanche qu'il surveillait la situation de près et que Pékin ne devrait pas transformer la visite de Tsai Ing-wen « en quelque chose qu'elle n'est pas ou l'utiliser comme prétexte pour réagir de manière excessive ».
(Avec agences)
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