Politique monétaire : Jerome Powell résiste fermement à Donald Trump

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Nommé en février dernier par Donald Trump pour remplacer Janet Yellen, Jerome Powell s'inscrit en opposition aux souhaits de Donald Trump.
Nommé en février dernier par Donald Trump pour remplacer Janet Yellen, Jerome Powell s'inscrit en opposition aux souhaits de Donald Trump. (Crédits : YURI GRIPAS)
À Jackson Hole, le patron de la Réserve fédérale américaine a confirmé qu'il poursuivait sa politique de resserrement monétaire progressif, et ce, malgré les désaccords publics du président américain. Jerome Powell a précisé que la Fed ferait "tout ce qui est en son pouvoir" pour neutraliser le risque inflationniste.

Si certains craignaient une mise sous tutelle de la Réserve fédérale américaine par l'administration Trump, ils peuvent se rassurer. Jerome Powell ne compte pas se laisser dicter sa politique monétaire par la Maison Blanche qui, pourtant, n'en attendait pas moins, après l'avoir placé ici en remplacement de Janet Yellen en février dernier.

À Jackson Hole, le rendez-vous annuel des banquiers centraux, Jerome Powell a encore montré l'indépendance de l'institution face aux pressions de Donald Trump qui n'a cessé de montrer son désaccord contre la politique de resserrement de taux de la Fed.

Risque inflationniste

Jerome Powell a ainsi confirmé qu'il poursuivrait « la trajectoire actuelle d'une hausse graduelle des taux », une stratégie entamée dès 2015 sous la direction précédente. Selon le président de la Fed, nommé en février dernier, la forte dynamique de l'économie américaine justifie ce choix. Il a rappelé que l'inflation s'inscrivait désormais dans la cible de 2% de la Fed. L'enjeu étant de réajuster la politique monétaire de manière à empêcher un emballement hors de contrôle de l'inflation. La croissance économique, ressortie en hausse de 4,2% au deuxième trimestre, et le très bas niveau de chômage (3,9%) proche d'un plus bas de 20 ans, sont autant d'arguments qui font craindre un tel scénario. La politique budgétaire et fiscale du gouvernement peut également favoriser des tensions sur les prix.

Pour Jerome Powell, le risque inflationniste reste une priorité. Il a même déclaré que la Fed « ferait tout ce qui est en son pouvoir » pour neutraliser ce risque. Mais le banquier central américain a largement nuancé son discours en estimant qu'il n'y avait pas de risque élevé de surchauffe de l'économie américaine.

"L'économie est solide. L'inflation est proche de notre objectif de 2% et la plupart des gens qui cherchent un emploi en trouvent un (...) Si la robuste croissance des revenus et de l'emploi se poursuit, de nouveaux relèvements progressifs de la fourchette d'objectifs pour le taux des fonds fédéraux seront probablement appropriés", a dit le président de la Fed.

Les marchés ont réagi en temps réels aux déclarations de Jerome Powell. Le dollar a ainsi lâché du lest, tandis que les rendements des emprunts américains ont baissé. Côté Bourse, les grandes places américaines ont regagné du terrain tandis que les marchés européens ont effacé leurs gains de la journée.

Donald Trump déçu par la Fed

Ces déclarations ont permis de confirmer le cap engagé par la Fed, malgré la pression de Donald Trump. Ces dernières semaines, le président américain n'a pas hésité à étaler publiquement ses désaccords avec la politique de la Fed, et ce, malgré la tradition d'indépendance jusqu'ici respectée par les différents présidents américains.

En début de semaine, Donald Trump a ainsi déclaré à Reuters « je ne suis pas emballé par le relèvement des taux d'intérêt, non, je ne suis pas emballé ».

Le président américain estime que la politique de la Fed profite aux autres pays « qui ont une politique monétaire accommodante ». Il a jugé que cette politique entravait également son objectif de réduction du déficit commercial puisque la Fed tire le dollar vers le haut et baisse ainsi le pouvoir d'exportation des entreprises américaines. Manifestement très déçu, Donald Trump n'a pas voulu dire si la nomination de Jerome Powell était une bonne décision. Au journaliste qui l'interrogeait, il a répondu : « Je vous le dirai dans sept ans ».

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Commentaires
a écrit le 26/08/2018 à 12:49 :
Entre d’un côté une dette stratosphérique et de l’autre une baisse programmée des recettes.
Ce qui est sûr, c’est que cela empire quand on procède à des baisses d’impôts et que simultanément la taux augmentent. Les raisons en sont multiples et déjà analysées sur de nombreux sites, intéressant de voir également les principaux détenteurs de la dette : http://ticdata.treasury.gov/Publish/mfh.txt
Rien ne vaut un regard sur le passé et l’avis d’un ancien, parfois critiqué pour son « excès d’attentisme » : https://www.businessbourse.com/2017/08/06/warning-alan-greenspan-la-plus-grand-bulle-obligataire-de-tous-les-temps-est-sur-le-point-declater/
Où il est aussi question des marchés dont la hausse “pourrait se poursuivre indéfiniment". un discours utopique maintes fois entendus, souvent avant un retour à la raison, puisque par définition "les marchés auraient toujours raison".
Le problème n’étant pas dans les «marchés» mais dans leurs dérivés sans cesse dérivants et exponentiellement amplifiants.
Le problème est aussi et surtout dans le contresens des prises de décisions actuelles, souvent impulsives. D'autant que la logique économique veut qu’un pays en très forte croissance en profite pour réduire sa dette et évite la surchauffe. On pourrait considérer que le mesures protectionnistes en soient un moyen, sauf que personne à ce jour ne s'est jamais risqué à une telle expérience et à une telle échelle. Personne ne mesure encore les effets de la potion d'apprentis sorciers, mais il y a un risque que Merlin ne soit pas un enchanteur.
Autre incertitude avec ces mesures, cela va-t-il impacter négativement la croissance sur le long terme et rendre l’économie américaine moins performante, augmenter l'inflation, ...? Avec l’économie il y a toujours un temps de décalage, wait and see.
Ceci dit, on ne peut pas trop critiquer, puisque il semblerait qu’il y ait d’autres pays ou certains prônent la même politique laxiste. Serait-on passés d’une économie politique de controverses entre offre et demande, à une économie populiste du genre moi je rase gratis ? Encore des déceptions en perspective. Ce qui renvoie à l'autre marché, où chacun fait ses courses, quand c'est trop cher, ou quand la qualité promise n'est pas au RDV, les clients vont ailleurs.
a écrit le 25/08/2018 à 20:21 :
Hausse des taux d'intérêt au bénéfice des banques et hausse des droits de douane au bénéfice des états sont clairement des mesures inflationnistes volontaires. Comme dit Powell, si, si, ou si, "de nouveaux relèvements progressifs de la fourchette d'objectifs pour le taux des fonds fédéraux seront probablement appropriés". A voir et revoir donc. La bourse des actions et la prospérité ne sont pas encore menacées. Merci Trump.
a écrit le 25/08/2018 à 19:21 :
Celui de a FED est triple

1°) Favoriser l'emploi. Ce qui est déjà réalisé puisque le pays est en plein emploi
2°) Garantir la stabilité des prix, qui commence à être un peu compromis avec une inflation des prix au consommateur proche de 3%
3°) Garantir la modération des taux d'intérêt. Ceux-ci sont historiquement bas et la FED souhaite les augmenter un peu pour revenir à une situation plus saine et calmer l'inflation.

Pour ce faire, la FED est indépendante et Mr Powell vient juste d'être nommé pour une durée de 8 années.

Le boulot de la FED n'est surement pas d'épouser toutes les lubies d'un Trump.
a écrit le 25/08/2018 à 18:41 :
Décision logique, très largement anticipée. Les USA n'ont pas besoin d'une politique monétaire accommodante puisque l'économie US va bien, inutile donc de risquer la surchauffe et un affaiblissement du dollar.
a écrit le 25/08/2018 à 17:08 :
d'un cote des gens qui font leur travail et savent que ca sert a rien de mettre du charbon dans une locomotive qui est a son maximum........
de l'autre cote des gesticulateurs braillards et incompetents, prets a n'importe quoi, pourvu qu'ils refilent la patate chaude au suivant.......
la france a connu ca y a tres peu de temps aussi!

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