Kamala Harris et Donald Trump reprennent ce lundi leur campagne pour la présidentielle américaine, après que le candidat républicain a été la cible dimanche d'une deuxième « tentative présumée d'assassinat » en deux mois.
[Articlé publié le lundi 16 septembre 2024 à 7h29, mis à jour à 21h05] Climat tendu dans la campagne présidentielle américaine. Kamala Harris et Donald Trump reprennent ce lundi leur course folle, après que le candidat républicain ait été la cible, dimanche, d'une deuxième « tentative présumée d'assassinat » en deux mois. Ce lundi, selon leurs programmes diffusés avant le week-end, Donald Trump devait être en Floride et sa rivale Kamala Harris à Washington.
À une cinquantaine de jours du scrutin historique du 5 novembre, la campagne est d'ores et déjà sans précédent dans l'histoire de la démocratie américaine : l'ex-président Trump a échappé en juillet à une première tentative d'assassinat, le chef de l'Etat sortant, le démocrate Joe Biden, a jeté l'éponge et sa vice-présidente Kamala Harris l'a remplacé au pied levé.
Un suspect désigné par les médias
Et alors que Kamala Harris, 59 ans, et Donald Trump, 78 ans, s'affrontent de manière acrimonieuse dans un climat politique délétère, le milliardaire et tribun conservateur populiste a été visé dimanche par une nouvelle « tentative présumée d'assassinat », selon la police fédérale. Le FBI a annoncé « enquêter » sur ces faits, pour lesquels un suspect a été arrêté mais qui n'ont blessé personne.
Donald Trump, qui s'est dit « sain et sauf », se trouvait en début d'après-midi sur le parcours de son club de golf chez lui en Floride quand « des coups de feu » ont été tirés « à proximité », selon son équipe de campagne. Plusieurs agents du Secret Service, la police d'élite de protection des présidents, ex-présidents et personnalités politiques de premier plan, ont effectivement « ouvert le feu sur un homme armé » qui se trouvait près du bord du terrain, selon des responsables des forces de l'ordre lors d'une conférence de presse en Floride.
Un fusil AK-47 à lunette a été retrouvé, ainsi que deux sacs à dos et du matériel d'enregistrement vidéo. Un homme a été placé en garde à vue après avoir été rattrapé grâce à un témoin qui avait identifié sa voiture. Mais le Secret Service a reconnu ne « pas être sûr à l'heure actuelle que l'individu ait pu tirer sur les agents ». Et, a fortiori, rien ne dit que l'homme interpellé ait même ouvert le feu vers l'endroit du golf où jouait Donald Trump.
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Pourtant, les médias américains ont désigné cet homme comme l'auteur de cet acte. Selon eux, il s'est échappé des buissons dans lesquels il s'était caché et a pris la fuite à bord d'une voiture noire avant d'être retrouvé par les autorités. Les chaînes CNN et CBS ont rapporté qu'il s'appelle Ryan Wesley Routh, a 58 ans et est un constructeur indépendant de logements à Hawaï. Il affiche un casier judiciaire s'étalant sur plusieurs décennies et publie régulièrement des articles sur la politique et l'actualité, critiquant parfois Donald Trump.
Il avait clairement exprimé son soutien à l'Ukraine dès 2022 après l'invasion russe, notamment sur les réseaux sociaux. Il s'était même rendu dans le pays en guerre. Interviewé par l'AFP fin avril 2022, alors qu'il participait à une manifestation de soutien aux Ukrainiens piégés dans la ville portuaire de Marioupol, il avait déclaré : « Poutine est un terroriste et il faut en finir avec lui. Nous avons donc besoin que tout le monde, dans le monde entier, arrête ce qu'il fait et vienne ici maintenant ».
Trump impute la nouvelle tentative d'assassinat aux attaques de Biden et Harris
Le président démocrate Joe Biden s'est dit « soulagé » que son rival n'ait « pas été touché ». Le chef de l'État américain de 81 ans, âgé et physiquement affaibli et qui quittera le pouvoir le 20 janvier, a réaffirmé qu'il n'y avait « aucune place pour la violence politique ou pour n'importe quelle forme de violence dans notre pays ». Il a par ailleurs déclaré que le Secret Service « a besoin de davantage d'aide » qui selon lui a besoin de « plus de personnel ». D'autant que la première tentative d'assassinat contre Donald Trump, le 13 juillet dernier, avait conduit à la démission de la cheffe du Secret Service. Pour mémoire, il avait été blessé à l'oreille par les tirs d'un jeune Américain, abattu par les forces de l'ordre, après avoir fait un mort et deux blessés, lors d'un meeting de campagne en Pennsylvanie.
Kamala Harris s'est, elle, déclarée de son côté « profondément perturbée par la possible tentative d'assassinat de l'ancien président Trump » et a plaidé pour que « cet incident ne conduise pas à plus de violence ». « La plus grande priorité est d'avoir des réponses pour comprendre comment le président Trump a pu subir plusieurs tentatives d'assassinat », a commenté de son côté sur X le patron républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, un proche allié du candidat.
Mais Donald Trump a directement imputé lundi la tentative d'assassinat présumée le visant aux attaques du président sortant Joe Biden et de son adversaire démocrate, la vice-présidente Kamala Harris. Le suspect « adhérait au discours de Biden et Harris, et a agi en conséquence », a déclaré l'ex-président à Fox News, reprenant les accusations qu'il avait déjà formulées après la tentative d'assassinat à laquelle il a échappé le 13 juillet.
«A cause de ce discours de la gauche communiste, les balles sifflent et cela ne va faire qu'empirer», a-t-il ensuite renchéri sur son réseau Truth Social.
« J'ai toujours condamné la violence politique. Je la condamnerai toujours », a réagi le président démocrate, appelant à régler les différends entre Américains « de manière pacifique dans les urnes, pas sous la menace d'un fusil ».
Par ailleurs, le ministre américain de la Justice, Merrick Garland, a affirmé que ses services consacreraient « tous les moyens disponibles » à l'enquête. La police fédérale américaine, « le FBI, continue à enquêter sur ce qui apparaît comme une tentative d'assassinat contre l'ancien président Trump hier (dimanche) en Floride », a-t-il déclaré dans un communiqué.
Des réactions à l'international
Les réactions ne se sont pas cantonnées aux frontières américaines. Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'est dit lundi « très inquiet ». « Je pense qu'il est vraiment important que nous disions clairement que la violence ne doit avoir aucune place dans aucun processus démocratique », a-t-il affirmé. Un avis partagé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky. « La violence politique n'a sa place nulle part dans le monde », a-t-il condamné sur X. Et d'ajouter : « C'est une bonne chose que le suspect de la tentative d'assassinat ait été appréhendé rapidement », sans mentionner le lien du suspect avec l'Ukraine.
Le Kremlin a, lui, estimé que cette nouvelle tentative d'assassinat présumée contre Donald Trump était le signe d'une intensification de la campagne électorale pour la présidentielle du mois de novembre. « Nous suivons bien sûr de près les informations qui nous parviennent des États-Unis, nous voyons à quel point la situation y est tendue, y compris entre rivaux politiques, la lutte politique s'intensifie et diverses méthodes sont employées », a déclaré Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, lors de son briefing téléphonique quotidien avec des médias russes et étrangers.
Atmosphère tendue
Il est vrai que l'atmosphère politique et sociale est tendue outre-Atlantique. Une ville de l'État de l'Ohio, Springfield, est depuis des jours la proie de rumeurs infondées lancées sur les réseaux sociaux, selon lesquelles des immigrés haïtiens voleraient des chats, des chiens et d'autres animaux de compagnie pour les manger. Ces allégations, relayées en meeting par Donald Trump, ont déclenché alertes à la bombe et fermetures temporaires d'écoles, avec une police sur les dents et des immigrés apeurés.
Interrogé dimanche par les télévisions CBS et CNN, le colistier de Donald Trump, J.D. Vance, sénateur de l'Ohio, a donné du crédit à ces rumeurs: « Une partie d'entre elles sont des témoignages directs de première main, comme par exemple des migrants s'emparant d'oies dans un parc pour les massacrer et les manger ». Soutien du « ticket » républicain, le gouverneur de cet Etat du Midwest, Mike DeWine, a, lui, balayé sur la chaîne ABC ces accusations « ridicules » qui « doivent cesser ».