Ce que préfère Abboud, c'est lancer son cerf-volant, le regarder prendre son envol et danser dans le vent. Toute la journée, le petit garçon voudrait rester ainsi, nez en l'air et main accrochée à ce fil. Sinon, il court tout le temps, bouge sans arrêt entre les tentes du camp où il vit désormais dans la zone de Mawassi, dans le sud de la bande de Gaza. À 8 ans, il charme tout le monde, parle volontiers, sourit souvent. Mais quand il raconte la mort, il perd tout à coup son souffle et bégaie.
Sa mère, son père, sa sœur, sa grand-mère et sa cousine ont été tués dans le bombardement de leur appartement à Gaza-Ville au début de la guerre. Seuls lui et ses trois frères ont survécu. Sans enfants, leur tante a pris en charge la fratrie. Ensemble, ils ont fui Gaza pour se réfugier à Rafah, dans l'extrême sud du territoire palestinien. Puis, à cause des raids aériens israéliens, il a fallu partir de nouveau, remonter au nord, vers Deir el-Balah, puis fuir encore, une nouvelle fois un peu plus vers le nord, à Az-Zawayda. Et finalement redescendre au sud, à Khan Younès. C'est là qu'ils vivaient, près du siège du Croissant-Rouge palestinien, quand un énième bombardement a laissé Abboud choqué, au milieu de 21 cadavres.