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Rencontres économiques d'Aix-en-Seine : 15 propositions pour répondre à la crise

latribune.fr

Publié le 05 juillet 2020 à 16:00 - Mis à jour le 06 juillet 2020 à 08:18

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REPLAY. À l’issue de 3 jours de débats intenses, le Cercle des économistes a dévoilé les propositions de la déclaration des Rencontres Économiques Aix en Seine. Elles expriment le point de vue de plus de 300 personnalités du monde académique, économique, politique et social de toutes sensibilités pour un plan de relance ambitieux.

Déclaration des Rencontres économiques 2020 (*)

"Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole."

Force est de constater que Amin Maalouf n'avait pas tort... l'humanité est confrontée à de nouveaux périls, sans équivalent dans l'Histoire des civilisations.

Et la France est en risque ! Nous sommes alors convaincus que seules des solutions audacieuses et innovantes pourront répondre aux trois enjeux, un grand plan débattu et partagé, éviter une crise sociale, et renouveler les relations européennes et internationales.

Dans cette recherche, les économistes se doivent d'apporter des réponses à un certain nombre de questions. Jusqu'où faut-il relocaliser les productions ? Les économistes doivent également s'interroger sur les critères, sur les exigences de rentabilité, donc sur les capacités de financement pour les investissements massifs d'infrastructures qu'il nous faudra réaliser dans les années qui viennent. Enfin, les économistes ont à réfléchir au compromis à réaliser entre les urgences, sur le plan du chômage, notamment celui des jeunes, et la volonté de verdir la croissance.

Par rapport à cela nous avons développé quinze propositions correspondant aux huit axes suivants :

  • Axe n°1 : Donner la priorité à la jeunesse

Demander au MEDEF, à la CPME et à l'U2P de s'engager avant fin juillet afin que les entreprises s'engagent à recruter au minimum un jeune en fin d'études. Ce recrutement sera pris en charge totalement ou partiellement par l'Etat pour une durée d'un an. Pour ceux n'ayant pas pu bénéficier de ce dispositif, proposer de poursuivre une formation pour une durée d'un an tout en étant rémunérés au RSA. Enfin, pour les jeunes peu qualifiés, multiplier par dix toutes les formations de requalification (CNAM, écoles de la seconde chance, etc.) en les tournant vers les secteurs créant de l'emploi.

Baisser et au minimum lutter contre la hausse des prix de l'immobilier en régulant le prix du foncier en allongeant la durée des prêts immobiliers, en supprimant la TVA pour la première acquisition et en organisant des opérations de démantèlement entre foncier et bâti, et, ou entre usufruit et nue-propriété.

  • Axe n°2 : Relancer au niveau européen et français les filières productives innovantes

Mettre en place un véritable Buy European Act, sur le modèle américain, pour réserver aux entreprises européennes l'accès aux marchés publics dans certains secteurs, dont la santé et l'écologie.

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Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Illustration de la newsletter L’Alerte La Tribune

Pour reconquérir la maîtrise de nos chaînes de valeur dans des domaines stratégiques et à haute valeur ajoutée, créer des agences européennes sur le modèle des DARPA et BARDA américaines pour financer les innovations de rupture. Ces agences couvriraient les domaines de la défense, de l'énergie, du numérique et de la santé.

Annuler le remboursement des intérêts des prêts garantis, et reporter le début du remboursement du capital de la dette à un minimum de 5 ans. Pour redonner confiance aux entreprises qui sont inquiètes d'une possibilité de faillite, il a été envisagé de transformer les prêts garantis en prêts participatifs ou en quasi-fonds propres. Mais la démarche risque d'être très complexe et inadaptée en calendrier. C'est la raison pour laquelle nous proposons d'annuler les intérêts des prêts garantis sous condition exprimée par les banques qu'il ne s'agit pas de "zombies".

  • Axe n°3 : Créer des emplois, lutter
    contre la pauvreté et favoriser la mobilité

Mettre en place un contrat de formation professionnelle de reconversion des employés licenciés des secteurs fortement touchés par la crise (aéronautique, automobile, etc.) pour les former aux secteurs créant de l'emploi (technologies de l'information et environnement par exemple) dans l'objectif d'empêcher une hausse du chômage structurel.

Créer une allocation unique universelle qui regroupe toutes les prestations sociales existantes de lutte contre la pauvreté et la précarité en une seule prestation unique, évolutive et simple. Cela fait des années qu'on en parle, faisons-le.

Exiger, pour les personnes vivant dans des logements sociaux, que toute proposition de changement d'emploi à une distance importante soit assortie d'une proposition de changement de logement social proche du nouveau lieu de travail.

  • Axe n°4 : Lutter contre les fractures territoriales

Relancer une nouvelle étape de décentralisation, en mettant en avant le principe que, lorsqu'une compétence est transférée vers une région ou une métropole, l'Etat central s'en dessaisit. Il est nécessaire de donner aux régions toutes compétences sur l'emploi, en s'appuyant sur les bassins d'emploi, et de leur permettre d'avoir leurs propres fonds d'investissement.

  • Axe n°5 : Décrisper, décloisonner, rétablir les liens
    fondamentaux au sein de la société française

Rendre obligatoire le chèque syndical dans les entreprises, titre de paiement émis par l'employeur au salarié afin que ce dernier puisse financer un syndicat de son choix, sans avoir à y adhérer. Le chèque syndical est financé en entier ou en partie par l'employeur.

Généraliser les mécanismes de participation, intéressement et actionnariat salarié dans les entreprises.

  • Axe n°6 : Reconstruire un Etat frugal, efficace et juste

Modifier la logique de fonctionnement des trois fonctions publiques (fonction publique d'Etat, fonction publique territoriale et fonction publique hospitalière) en les rendant plus efficaces. Sans modifier le statut de la fonction publique, évoluer vers un modèle d'agences à la suédoise où les administrations publiques ont une autonomie budgétaire et opèrent à partir d'objectifs sur lesquels ils sont évalués ex-post.

  • Axe n° 7 : Bâtir un leadership moral de l'Europe

Redéfinir le cadre des marchés du numérique. Il faut d'abord protéger les données personnelles au niveau européen avec la mise en place du Cloud European Act, pour s'assurer qu'elles restent la propriété des Européens. Par ailleurs, au niveau individuel, il faut mieux réglementer le consentement au partage des données privées sur les sites, afin de renforcer la maîtrise des données personnelles par les individus.

  • Axe n°8 : Penser long-terme, climat,
    financement de long-terme et intergénérationnel

Lutter contre le réchauffement climatique en s'appuyant sur l'innovation verte que l'on incite à travers différents instruments : prix du carbone, subventions à l'innovation verte, DARPA énergie, taxe carbone aux frontières, responsabilité sociale des entreprises et actions de banques centrales et commerciales (climate stress test).

Réconcilier l'exigence de rentabilité des marchés financiers et la faible rentabilité des projets de long terme. Deux mesures doivent être mises en avant : il faut d'abord associer les financements privés et publics, à travers la Banque Publique d'Investissement. Ensuite, nous devons donner aux pouvoirs publics la possibilité de garantir, pour les seniors, l'épargne engagée dans ces projets.

___

* Note : Ce texte est le produit d'une démarche et d'un recueil de réactions provenant de quatre sources : les réactions des membres du Cercle des économistes, des coordinateurs de session, des thinks thanks participant aux Rencontres Économiques, des trois webinars réalisés avec onze associations de jeunes (La FAGE, Mozaïk RH, Apprentis d'Auteuil, Nos quartiers ont du talent, Prométhée Education, Fondation FACE, Agence du service civique, Graine d'orateur, l'UNIGE, les Déterminés et l'UNEF), et les propositions issues des débats des 52 sessions des Rencontres Économiques. Dans notre esprit, ce texte n'est que le premier élément qui va permettre un débat lancé par les Rencontres d'Aix en Seine et qui doit se poursuivre tout au long de l'été avant le lancement du programme de relance.

Retour sur les temps forts de ces 3 jours

  • DIMANCHE 13h
    Session Spéciale - Relancer l'économie européenne

Le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Eric Woerth (LR), s'est dit opposé dimanche au cantonnement de la dette contractée pour répondre à la crise du Covid-19, y voyant un "artifice".

"Je suis contre, par exemple, l'idée de confiner de la dette, de la cantonner", a déclaré M. Woerth

Le gouvernement sortant a souhaité isoler la partie de la dette publique liée au Covid-19, soit environ 150 milliards d'euros, qui pourraient être remboursés par un nouvel allongement de la CRDS entre 2033 et 2042.

"C'est une drôle de manière de dire 'je ne veux pas voir', c'est les petits singes, je me bouche le oreilles, je me bouche les yeux et je reprends la vie comme avant", a jugé le député LR.

"Je sais bien qu'on arrive au 14 juillet, mais on ne peut pas sans arrêt réfléchir à des artifices. Il faut réfléchir à comment gérer correctement un pays tout en donnant la priorité à un certain nombre de dépenses", a-t-il ajouté."Si on accumule (de la dette) sans jamais savoir ce que ça va devenir et sans changer nos modes de production, il y a à un moment quelque chose qui va exploser, il n'y a pas de magie là-dedans", a encore averti M. Woerth.
  • SAMEDI 12h
    Débat "Mettre en oeuvre un modèle alternatif de croissance"

La crise économique engendrée par la pandémie de Covid-19 va "changer profondément" l'économie mondiale, vers plus d'écologie, de numérisation et dans les modes de travail, et l'Europe est en "excellente position", a estimé samedi la présidente de la BCE Christine Lagarde.

Cette crise "va être une accélération de transformations qui étaient déjà latentes dans nos économies", a prédit la présidente de la Banque centrale européenne."En fabrication, en travail, en commerce, ce que nous venons de vivre va accélérer les transformations et va entraîner probablement une évolution vers un mode vie plus soutenable et plus écologique", a-t-elle ajouté.

Elle a notamment évoqué le télétravail, qui va "transformer les modes de fonctionnement de l'ensemble des salariés", au moins des pays développés, et "l'accélération de la numérisation, dans les services ou l'automatisation dans les industries".

"On estime en ce moment que la crise devrait entraîner une contraction des chaînes d'approvisionnement de l'ordre de 35% et une augmentation de la robotisation dans les industries de l'ordre de 70 à 75%", a indiqué Mme Lagarde.

Par ailleurs, du fait du confinement qui a concerné au même moment la majorité des habitants de la planète, le commerce en ligne s'est fortement développé.

Cette évolution devrait encore s'accélérer à l'avenir "au détriment du commerce plus traditionnel", a-t-elle ajouté.

Face à ces transformations, "l'Europe est en excellente position pour prendre cette transition en marche", a-t-elle jugé. Le continent "héberge déjà le plus vaste secteur d'économie circulaire et d'innovation écologique au monde", a noté Mme Lagarde, ajoutant que l'euro était la première monnaie utilisée pour l'émission d'obligations vertes.

Elle a toutefois estimé que cela ne serait "pas suffisant" et qu'il faudrait mettre en place "un cadre de politique économique qui permette de mobiliser les financements" nécessaires.

  • SAMEDI 11h Intervention d'Ursula VON DER LEYEN
    (Présidente de la Commission Européenne)

Dans un message vidéo diffusé aux rencontres d'Aix-en-Seine, la présidente de la Commission européenne a affiché samedi sa conviction que "oui, l'Europe allait s'en sortir, et elle allait s'en sortir plus unie qu'avant".

Ursula
Photo d'illustration (Crédits : DR)

"La relance sera un nouveau chapitre dans notre histoire", a dit Mme Von der Leyen.

"La crise n'est pas finie (...) mais aujourd'hui, nous percevons déjà un nouveau souffle, un nouvel élan, une nouvelle unité européenne.""Notre relance doit faire face à l'urgence mais aussi faire face à l'avenir. Pour accélérer la transition écologique et numérique, pour renforcer notre souveraineté, tout en restant ouvert au monde."
  •  SAMEDI 10h Débat "Comment éviter une crise sociale ?"
    Laurent BERGER (CFDT) - Geoffroy ROUX de BEZIEUX (Medef)

Il faut "appuyer sur pause" sur le sujet de la réforme des retraites, alors que la sauvegarde de l'emploi et de la compétitivité des entreprises est la priorité, a estimé samedi le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux.

"Il faut appuyer sur pause pendant quelques mois pour qu'on mette toute notre énergie pour ce qui compte, c'est-à-dire l'outil de production", a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux au cours d'un débat avec le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger"C'est pause pour reprendre, pas pause pour jamais", a-t-il précisé.
berger
Photo d'illustration (Crédits : REAix)

Laurent Berger, qui avait déjà dénoncé vendredi la volonté d'Emmanuel Macron de relancer dès cet été la "concertation" sur les équilibres financiers du système de retraites, a pour sa part constaté  "une telle opposition dans notre pays sur ce sujet qu'on a aucun intérêt à se mettre sur la figure à la rentrée ou pendant l'été sur sujet".

Pour le président du Medef, "si on a réussi à sauvegarder l'emploi, si on n'a pas ce million de chômeurs (supplémentaire) que tout le monde nous promet à la fin de l'année, on pourra repartir".

"Et là alors oui, il faudra discuter retraites parce qu'il y a ce projet de système universel, mais il y a aussi un énorme trou financier", a-t-il ajouté.

M. de Roux de Bézieux a aussi réitéré ses réserves sur un système universel à points voulu par M. Berger.

Le système universel, "comme on part d'un système très compliqué, c'est bien sur Powerpoint", mais "je trouve que ça ne fonctionne pas", a-t-il déclaré.
  • VENDREDI 16h GRAND TÉMOIN : Margrethe VESTAGER
    (VP Executive de la Commission européenne)

Les interdictions d'exportation d'équipements de protection et d'équipements médicaux prises par certains pays de l'UE au début de la crise sanitaire ont provoqué des blessures qui seront "longues à guérir", a estimé vendredi la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager.

REAix Margrethe VESTAGER
Photo d'illustration (Crédits : REAix)
"C'était terrible, parce que c'était une situation dans laquelle certains pays ont été frappés en premier, durement, et ils ont demandé l'aide de leurs voisins de l'autre côté de la frontière, et ces voisins ont répondu par une interdiction à l'exportation", a-t-elle rappelé.

L'Allemagne avait interdit début mars l'exportation de matériel médical de protection, notamment de masques, et la France avait pris une mesure similaire en réquisitionnant tous les stocks et la production de masques de protection, pour les distribuer en priorité aux soignants et aux personnes atteintes du Covid-19.

Le Commissaire européen à l'Industrie Thierry Breton avait ensuite exhorté les États membres de l'UE à répondre à la demande de l'Italie de masques et d'appareils respiratoires, alors que la Lombardie était touchée de plein fouet par la vague épidémique.

"Cela a induit des blessures qui vont être longues à guérir et nous ne pourrons nous remettre de cela que si nous faisons mieux", a affirmé Mme Vestager.

Elle a rappelé que "l'Union européenne n'avait pas de compétences en matière de santé", mais qu'il avait été "constaté à quel point il était important de [se] coordonner", pour que par exemple "les camions puissent circuler", afin d'éviter les longs embouteillages de poids lourds qui s'étaient formés aux frontières intra-européennes.

"Ce que nous avons appris de tout cela c'est qu'il nous faut être plus clairs: si ça se reproduit, nous nous coordonnerons mieux, nous coordonnerons nos actions, de manière plus efficace", a-t-elle espéré."Il nous faut également des stocks, nous ne pouvons pas être dépendants d'un seul fournisseur" de masques ou de médicaments, a ajouté la vice-présidente de la commission européenne."Nous avons retenu la leçon" et "nous avons tout un plan de travail pour tirer les enseignements de ce que nous avons vécu et nous protéger plus efficacement la prochaine fois", a-t-elle encore assuré.
  • VENDREDI 14h : Nadia CALVINO
    (VP et Ministre des Affaires économiques
    et de la Transformation numérique, Espagne)

La ministre espagnole de l'Économie Nadia Calviño, candidate à la présidence de l'Eurogroupe, s'est dite vendredi "plutôt optimiste" quant à la conclusion d'un accord européen sur le plan de relance européen de 750 milliards d'euros à la suite de la pandémie de Covid-19.

"La commission européenne a mis sur la table une proposition ambitieuse. (...) Il y aura des négociations dans les jours qui viennent. Ca dépend bien sûr de la possibilité d'avoir un accord entre les leaders de nos pays", a-t-elle affirmé, ajoutant qu'elle était "plutôt optimiste".

Au sujet des difficultés des États de l'Union européenne à s'entendre en 2008 pour surmonter la crise financière, Mme Calviño a estimé que "cette fois-ci [ils avaient] réagi très vite et de façon très efficace".

Nadia
Photo d'illustration (Crédits : REAix)
"Nous avons bien lu et appris les leçons de la crise et nous sommes en train de réagir de façon appropriée à cette crise mondiale", a-t-elle insisté.

Les dirigeants européens mènent actuellement des négociations pour parvenir à un accord sur la création d'un plan de relance de 750 milliards d'euros, composé de 500 milliards de subventions directes aux États membres et de 250 milliards de prêts aux capitales.

"Évidemment que la dette sera remboursée", a affirmé Mme Calviño, ajoutant que "la soutenabilité à long terme de la dette était garantie".

Selon la ministre espagnole, ce plan de relance, s'il est adopté, "permettra à l'Europe de reprendre le plus tôt possible la croissance dans laquelle on était jusqu'à ce que cette crise, ce virus, nous frappe".

Nadia Calviño, candidate pour prendre la tête de l'Eurogroupe, est considérée comme la favorite face aux deux autres prétendants, le ministre irlandais des Finances Paschal Donohoe et son homologue luxembourgeois Pierre Gramegna.

Le successeur du portugais Mario Centeno sera élu le 9 juillet à la majorité simple par les ministres des Finances des 19 pays ayant adopté la monnaie unique.

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