Rencontres économiques d'Aix-en-Seine : 15 propositions pour répondre à la crise
latribune.fr
latribune.fr
Déclaration des Rencontres économiques 2020 (*)
Force est de constater que Amin Maalouf n'avait pas tort... l'humanité est confrontée à de nouveaux périls, sans équivalent dans l'Histoire des civilisations.
Et la France est en risque ! Nous sommes alors convaincus que seules des solutions audacieuses et innovantes pourront répondre aux trois enjeux, un grand plan débattu et partagé, éviter une crise sociale, et renouveler les relations européennes et internationales.
Dans cette recherche, les économistes se doivent d'apporter des réponses à un certain nombre de questions. Jusqu'où faut-il relocaliser les productions ? Les économistes doivent également s'interroger sur les critères, sur les exigences de rentabilité, donc sur les capacités de financement pour les investissements massifs d'infrastructures qu'il nous faudra réaliser dans les années qui viennent. Enfin, les économistes ont à réfléchir au compromis à réaliser entre les urgences, sur le plan du chômage, notamment celui des jeunes, et la volonté de verdir la croissance.
Par rapport à cela nous avons développé quinze propositions correspondant aux huit axes suivants :
Demander au MEDEF, à la CPME et à l'U2P de s'engager avant fin juillet afin que les entreprises s'engagent à recruter au minimum un jeune en fin d'études. Ce recrutement sera pris en charge totalement ou partiellement par l'Etat pour une durée d'un an. Pour ceux n'ayant pas pu bénéficier de ce dispositif, proposer de poursuivre une formation pour une durée d'un an tout en étant rémunérés au RSA. Enfin, pour les jeunes peu qualifiés, multiplier par dix toutes les formations de requalification (CNAM, écoles de la seconde chance, etc.) en les tournant vers les secteurs créant de l'emploi.
Baisser et au minimum lutter contre la hausse des prix de l'immobilier en régulant le prix du foncier en allongeant la durée des prêts immobiliers, en supprimant la TVA pour la première acquisition et en organisant des opérations de démantèlement entre foncier et bâti, et, ou entre usufruit et nue-propriété.
Mettre en place un véritable Buy European Act, sur le modèle américain, pour réserver aux entreprises européennes l'accès aux marchés publics dans certains secteurs, dont la santé et l'écologie.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Pour reconquérir la maîtrise de nos chaînes de valeur dans des domaines stratégiques et à haute valeur ajoutée, créer des agences européennes sur le modèle des DARPA et BARDA américaines pour financer les innovations de rupture. Ces agences couvriraient les domaines de la défense, de l'énergie, du numérique et de la santé.
Annuler le remboursement des intérêts des prêts garantis, et reporter le début du remboursement du capital de la dette à un minimum de 5 ans. Pour redonner confiance aux entreprises qui sont inquiètes d'une possibilité de faillite, il a été envisagé de transformer les prêts garantis en prêts participatifs ou en quasi-fonds propres. Mais la démarche risque d'être très complexe et inadaptée en calendrier. C'est la raison pour laquelle nous proposons d'annuler les intérêts des prêts garantis sous condition exprimée par les banques qu'il ne s'agit pas de "zombies".
Mettre en place un contrat de formation professionnelle de reconversion des employés licenciés des secteurs fortement touchés par la crise (aéronautique, automobile, etc.) pour les former aux secteurs créant de l'emploi (technologies de l'information et environnement par exemple) dans l'objectif d'empêcher une hausse du chômage structurel.
Créer une allocation unique universelle qui regroupe toutes les prestations sociales existantes de lutte contre la pauvreté et la précarité en une seule prestation unique, évolutive et simple. Cela fait des années qu'on en parle, faisons-le.
Exiger, pour les personnes vivant dans des logements sociaux, que toute proposition de changement d'emploi à une distance importante soit assortie d'une proposition de changement de logement social proche du nouveau lieu de travail.
Relancer une nouvelle étape de décentralisation, en mettant en avant le principe que, lorsqu'une compétence est transférée vers une région ou une métropole, l'Etat central s'en dessaisit. Il est nécessaire de donner aux régions toutes compétences sur l'emploi, en s'appuyant sur les bassins d'emploi, et de leur permettre d'avoir leurs propres fonds d'investissement.
Rendre obligatoire le chèque syndical dans les entreprises, titre de paiement émis par l'employeur au salarié afin que ce dernier puisse financer un syndicat de son choix, sans avoir à y adhérer. Le chèque syndical est financé en entier ou en partie par l'employeur.
Généraliser les mécanismes de participation, intéressement et actionnariat salarié dans les entreprises.
Modifier la logique de fonctionnement des trois fonctions publiques (fonction publique d'Etat, fonction publique territoriale et fonction publique hospitalière) en les rendant plus efficaces. Sans modifier le statut de la fonction publique, évoluer vers un modèle d'agences à la suédoise où les administrations publiques ont une autonomie budgétaire et opèrent à partir d'objectifs sur lesquels ils sont évalués ex-post.
Redéfinir le cadre des marchés du numérique. Il faut d'abord protéger les données personnelles au niveau européen avec la mise en place du Cloud European Act, pour s'assurer qu'elles restent la propriété des Européens. Par ailleurs, au niveau individuel, il faut mieux réglementer le consentement au partage des données privées sur les sites, afin de renforcer la maîtrise des données personnelles par les individus.
Lutter contre le réchauffement climatique en s'appuyant sur l'innovation verte que l'on incite à travers différents instruments : prix du carbone, subventions à l'innovation verte, DARPA énergie, taxe carbone aux frontières, responsabilité sociale des entreprises et actions de banques centrales et commerciales (climate stress test).
Réconcilier l'exigence de rentabilité des marchés financiers et la faible rentabilité des projets de long terme. Deux mesures doivent être mises en avant : il faut d'abord associer les financements privés et publics, à travers la Banque Publique d'Investissement. Ensuite, nous devons donner aux pouvoirs publics la possibilité de garantir, pour les seniors, l'épargne engagée dans ces projets.
___
* Note : Ce texte est le produit d'une démarche et d'un recueil de réactions provenant de quatre sources : les réactions des membres du Cercle des économistes, des coordinateurs de session, des thinks thanks participant aux Rencontres Économiques, des trois webinars réalisés avec onze associations de jeunes (La FAGE, Mozaïk RH, Apprentis d'Auteuil, Nos quartiers ont du talent, Prométhée Education, Fondation FACE, Agence du service civique, Graine d'orateur, l'UNIGE, les Déterminés et l'UNEF), et les propositions issues des débats des 52 sessions des Rencontres Économiques. Dans notre esprit, ce texte n'est que le premier élément qui va permettre un débat lancé par les Rencontres d'Aix en Seine et qui doit se poursuivre tout au long de l'été avant le lancement du programme de relance.
Le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Eric Woerth (LR), s'est dit opposé dimanche au cantonnement de la dette contractée pour répondre à la crise du Covid-19, y voyant un "artifice".
Le gouvernement sortant a souhaité isoler la partie de la dette publique liée au Covid-19, soit environ 150 milliards d'euros, qui pourraient être remboursés par un nouvel allongement de la CRDS entre 2033 et 2042.
"C'est une drôle de manière de dire 'je ne veux pas voir', c'est les petits singes, je me bouche le oreilles, je me bouche les yeux et je reprends la vie comme avant", a jugé le député LR.
La crise économique engendrée par la pandémie de Covid-19 va "changer profondément" l'économie mondiale, vers plus d'écologie, de numérisation et dans les modes de travail, et l'Europe est en "excellente position", a estimé samedi la présidente de la BCE Christine Lagarde.
Elle a notamment évoqué le télétravail, qui va "transformer les modes de fonctionnement de l'ensemble des salariés", au moins des pays développés, et "l'accélération de la numérisation, dans les services ou l'automatisation dans les industries".
Par ailleurs, du fait du confinement qui a concerné au même moment la majorité des habitants de la planète, le commerce en ligne s'est fortement développé.
Cette évolution devrait encore s'accélérer à l'avenir "au détriment du commerce plus traditionnel", a-t-elle ajouté.
Face à ces transformations, "l'Europe est en excellente position pour prendre cette transition en marche", a-t-elle jugé. Le continent "héberge déjà le plus vaste secteur d'économie circulaire et d'innovation écologique au monde", a noté Mme Lagarde, ajoutant que l'euro était la première monnaie utilisée pour l'émission d'obligations vertes.
Elle a toutefois estimé que cela ne serait "pas suffisant" et qu'il faudrait mettre en place "un cadre de politique économique qui permette de mobiliser les financements" nécessaires.
Dans un message vidéo diffusé aux rencontres d'Aix-en-Seine, la présidente de la Commission européenne a affiché samedi sa conviction que "oui, l'Europe allait s'en sortir, et elle allait s'en sortir plus unie qu'avant".

"La relance sera un nouveau chapitre dans notre histoire", a dit Mme Von der Leyen.
Il faut "appuyer sur pause" sur le sujet de la réforme des retraites, alors que la sauvegarde de l'emploi et de la compétitivité des entreprises est la priorité, a estimé samedi le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux.

Laurent Berger, qui avait déjà dénoncé vendredi la volonté d'Emmanuel Macron de relancer dès cet été la "concertation" sur les équilibres financiers du système de retraites, a pour sa part constaté "une telle opposition dans notre pays sur ce sujet qu'on a aucun intérêt à se mettre sur la figure à la rentrée ou pendant l'été sur sujet".
Pour le président du Medef, "si on a réussi à sauvegarder l'emploi, si on n'a pas ce million de chômeurs (supplémentaire) que tout le monde nous promet à la fin de l'année, on pourra repartir".
M. de Roux de Bézieux a aussi réitéré ses réserves sur un système universel à points voulu par M. Berger.
Les interdictions d'exportation d'équipements de protection et d'équipements médicaux prises par certains pays de l'UE au début de la crise sanitaire ont provoqué des blessures qui seront "longues à guérir", a estimé vendredi la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager.

L'Allemagne avait interdit début mars l'exportation de matériel médical de protection, notamment de masques, et la France avait pris une mesure similaire en réquisitionnant tous les stocks et la production de masques de protection, pour les distribuer en priorité aux soignants et aux personnes atteintes du Covid-19.
Le Commissaire européen à l'Industrie Thierry Breton avait ensuite exhorté les États membres de l'UE à répondre à la demande de l'Italie de masques et d'appareils respiratoires, alors que la Lombardie était touchée de plein fouet par la vague épidémique.
Elle a rappelé que "l'Union européenne n'avait pas de compétences en matière de santé", mais qu'il avait été "constaté à quel point il était important de [se] coordonner", pour que par exemple "les camions puissent circuler", afin d'éviter les longs embouteillages de poids lourds qui s'étaient formés aux frontières intra-européennes.
La ministre espagnole de l'Économie Nadia Calviño, candidate à la présidence de l'Eurogroupe, s'est dite vendredi "plutôt optimiste" quant à la conclusion d'un accord européen sur le plan de relance européen de 750 milliards d'euros à la suite de la pandémie de Covid-19.
Au sujet des difficultés des États de l'Union européenne à s'entendre en 2008 pour surmonter la crise financière, Mme Calviño a estimé que "cette fois-ci [ils avaient] réagi très vite et de façon très efficace".

Les dirigeants européens mènent actuellement des négociations pour parvenir à un accord sur la création d'un plan de relance de 750 milliards d'euros, composé de 500 milliards de subventions directes aux États membres et de 250 milliards de prêts aux capitales.
Selon la ministre espagnole, ce plan de relance, s'il est adopté, "permettra à l'Europe de reprendre le plus tôt possible la croissance dans laquelle on était jusqu'à ce que cette crise, ce virus, nous frappe".
Nadia Calviño, candidate pour prendre la tête de l'Eurogroupe, est considérée comme la favorite face aux deux autres prétendants, le ministre irlandais des Finances Paschal Donohoe et son homologue luxembourgeois Pierre Gramegna.
Le successeur du portugais Mario Centeno sera élu le 9 juillet à la majorité simple par les ministres des Finances des 19 pays ayant adopté la monnaie unique.
REPLAY
latribune.fr