Le président américain et son homologue russe se retrouvent ce vendredi sur la base militaire d'Elmendorf-Richardson à Anchorage en Alaska. L'objectif pour Trump : trouver une issue au conflit entre Kiev et Moscou alors que la Russie réclame toujours que l'Ukraine lui cède quatre régions partiellement occupées.
[Article publié le vendredi 15 août à 15 h 30 et mis à jour à 17 h 30]
Vladimir Poutine a « aujourd'hui l'occasion d'accepter un cessez-le-feu », selon le chancelier allemand, Friedrich Merz. Pourtant, rien n'est moins sûr à quelques heures de la rencontre entre le dirigeant russe et son homologue américain, ce vendredi. Un échange qui se tiendra à Anchorage en Alaska et auquel l'Ukraine n'a donc pas été conviée, mais qui pourrait être décisif pour la suite de la guerre entre Kiev et Moscou.
« GROS ENJEUX! », a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, peu avant de monter à bord d'Air Force One pour un vol de sept heures environ à destination de l'Alaska.
Tête à tête, repas de travail et apparition commune
La réunion doit débuter vendredi vers 19 h 30 GMT (21 h 30 heure de Paris), a précisé le Kremlin. Peu avant, « à 11 heures précises (21 heures à Paris), le président [Poutine] doit atterrir, et le président Trump l'accueillera » sur le tarmac, a déclaré le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, aux agences officielles russes avant le départ du dirigeant russe pour l'Alaska.
Le tête-à-tête des deux hommes sera suivi par un repas de travail, avec leurs conseillers. Les présidents russe et américain donneront ensuite une conférence de presse, la première depuis une apparition commune devant les caméras en 2018 à Helsinki, restée dans les mémoires comme un moment de connivence.
Trump prévoit déjà une rencontre tripartite avec l'Ukraine
Les négociations pourraient durer « au moins 6 à 7 heures », a indiqué le Kremlin, selon la télévision d'État russe, sans pour autant se prononcer sur leur conclusion. Le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, s'est, en effet, montré prudent quant à l'issue de cette rencontre : « Nous ne faisons aucune prédiction », a-t-il déclaré à une télévision russe. Et d'assurer : « Nous savons que nous avons nos arguments et notre position est claire et sans ambiguïté. Nous la présenterons ».
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Des propos brefs qui contrastent avec l'optimisme de Donald Trump, qui n'est pas homme à s'embarrasser de nuances. Ce dernier se fait fort de savoir en « cinq minutes » maximum si sa première rencontre en personne depuis 2019 avec le président russe sera un fiasco, ou si elle permettra d'esquisser une issue au plus sanglant conflit en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Si tout se passe bien Donald Trump assure que « cette rencontre va ouvrir la voie à une autre », à trois, incluant cette fois Volodymyr Zelensky. Il a, en effet, laissé entendre qu'un sommet tripartite pourrait se tenir très rapidement, et également en Alaska.
Kiev pourrait alors se retrouver face à un accord russo-américain redessinant la carte de l'Ukraine selon la volonté de Moscou, le pire scénario pour le pays. La Russie réclame, en effet, que l'Ukraine lui cède quatre régions partiellement occupées (Donetsk, Lougansk, Zaporijjia et Kherson), en plus de la Crimée annexée en 2014, et qu'elle renonce aux livraisons d'armes occidentales et à toute adhésion à l'Otan. Des conditions jugées inacceptables par Kiev. L'Ukraine « compte » sur Trump pour convaincre la Russie de mettre fin à la guerre, a déclaré, avant la rencontre, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Mais Donald Trump, depuis l'invasion russe de février 2022, ne cesse de renvoyer dos à dos les deux belligérants, sans jamais désigner la Russie comme l'agresseur et parle désormais de « donnant-donnant » en matière de concessions territoriales, d'« échange » ou de « partage ». Mais que peut « donner » ou « échanger » Vladimir Poutine, à l'heure où l'armée russe accélère sa progression en Ukraine, forçant les autorités ukrainiennes à évacuer des villages entiers dans la région de Donetsk (est) ?
Entre sanctions et concessions
Or, l'enjeu de taille pour le président américain qui avait promis pendant sa campagne de mettre fin au conflit en un clin d'œil. Le milliardaire se rêve, en effet, en grand réconciliateur. Arrêter le plus sanglant conflit en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale conforterait sa conviction, bien connue désormais, de mériter le prix Nobel de la paix. À bord de l'Air Force One, il a vanté le « respect » mutuel existant entre lui et Vladimir Poutine. « C'est un homme intelligent. Il fait cela depuis longtemps, mais moi aussi (...) Nous sommes présidents. Nous nous entendons bien », a-t-il assuré.
Au-delà de cette entente - selon le dirigeant américain - ce dernier, pour tenter de convaincre Vladimir Poutine, pourrait recourir à une arme qu'il a largement utilisée ces derniers mois : celle des droits de douane punitifs. Il a d'ailleurs déjà sanctionné l'Inde en signant un décret ajoutant 25 % de surtaxes sur les produits indiens et qui s'ajoutent aux 25 % déjà en vigueur depuis le 7 août. Un coup dur pour l'Inde mais aussi pour le brut russe dont New Delhi est le premier client.
À l'inverse, selon le journal britannique The Telegraph, Donald Trump pourrait aussi proposer à son homologue l'ouverture de ressources naturelles de l'Alaska à des projets avec la Russie. « L'Alaska et l'Arctique sont des zones où les intérêts économiques de nos deux pays se recoupent », s'est d'ailleurs réjoui Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Poutine, et qui est l'un des 5 membres de la délégation russe. Et pour cause, 13 % des réserves mondiales de pétrole se trouvent dans la zone.
En amont de la rencontre Donald Trump a parlé par téléphone au dirigeant biélorusse, Alexandre Loukachenko, fidèle allié de Vladimir Poutine, selon l'agence de presse officielle de Biélorussie. « Loukachenko et Trump ont eu une conversation téléphonique », a-t-elle indiqué sur Telegram. Ils ont discuté « de questions d'ordre bilatéral, de sujets régionaux et de situations dans des zones sensibles, y compris l'Ukraine », a indiqué le compte Telegram Poul Pervogo, affilié au service de presse de la présidence biélorusse.
Ce choix présente des avantages logistiques évidents. Le président russe est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, dont les États-Unis ne sont pas membres, ainsi que de multiples sanctions.
Pour gagner le vaste État américain, il lui suffit de traverser le détroit de Béring, sans devoir traverser un quelconque pays tiers. Le lieu choisi, la base militaire d'Elmendorf-Richardson, est déjà parfaitement sécurisé et clos.
Mais ce n'est pas seulement un choix pratique. Il est aussi hautement symbolique. Car l'Alaska, territoire à l'intersection des histoires russe et américaine, a été cédé par la Russie aux États-Unis au XIXe siècle. Et la base militaire d'Elmendorf-Richardson a joué un rôle stratégique très important pendant la guerre froide.