Souveraineté ou alliance avec l'UE pour sa défense : l'Islande à l'heure des choix
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Reykjavik
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L'Islande s'interroge sur sa défense, notamment face à l'intérêt accru de Washington pour l'Arctique — exprimé bruyamment sur la question du Groenland — et aux bouleversements géopolitiques mondiaux. Sans armée, le pays a longtemps compté sur la protection américaine via l'Otan. Aujourd'hui, Reykjavik réévalue sa stratégie sécuritaire.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, les liens militaires entre l'Islande et les États-Unis sont forts. Un accord de défense signé en 1951 permet aux Américains de maintenir des forces sur l'île, bien que la base de Keflavík ait officiellement fermé en 2006. Pour autant, comme le note l'universitaire Valur Ingimundarson, « la base n'a pas été officiellement rouverte en Islande mais les soldats américains sont là toute l'année, même si c'est par rotations ». Cette présence vise notamment à sécuriser les infrastructures sous-marines.
Pourtant, l'intérêt marqué de l'administration américaine pour le Groenland voisin a ravivé des inquiétudes. Un sondage révèle que 74 % des Islandais perçoivent cet intérêt comme une menace. Le député social-démocrate Dagur Eggertsson exprime cette solidarité : « Nous pouvons facilement nous mettre dans la peau des Groenlandais. »
Malgré ce contexte, l'idée de créer une armée islandaise reste un sujet délicat. Selon Valur Ingimundarson, « si le gouvernement l'inscrivait à l'ordre du jour cela provoquerait un débat public très conflictuel et les opposants [à une telle évolution] auront probablement le dessus ». Le ministère des Affaires étrangères insiste d'ailleurs sur la solidité des liens avec Washington : « L'Islande et les États-Unis entretiennent depuis longtemps des relations étroites en matière de sécurité et de défense... Il n'y a aucune raison de penser que cela va changer. »
Pourtant, une évolution se dessine. Le député Dagur Eggertsson constate que « la vision claire de l'après-guerre selon laquelle l'Europe ne devrait pas se réarmer mais se défendre sous l'égide de l'Otan et des États-Unis s'efface ». Face à l'imprévisibilité, l'Islande explore des alternatives. Valur Ingimundarson affirme : « Nous devons avoir comme plan B d'établir des relations de proximité avec l'Union européenne. » La diplomatie islandaise reconnaît d'ailleurs que les partenariats avec l'UE « devraient s'approfondir dans les années à venir ».
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L'idée d'une « Otan européenne » séduit également. Pour Valur Ingimundarson, « l'Islande soutiendrait sans hésiter une Otan européenne si les États-Unis se retiraient de l'Alliance ». Il ajoute que cela serait « l'option la plus simple » et « ne requerrait pas de l'Islande qu'elle devienne un État membre de l'Union européenne si elle cherchait à se défaire de sa dépendance aux États-Unis ». Un référendum sur la reprise des négociations d'adhésion à l'UE est prévu dans deux ans.
Cependant, l'adhésion à l'UE soulève des enjeux importants, au-delà de la sécurité. Dagur Eggertsson souligne : « Il s'agit aussi de prospérité économique, de droits de douane bas avec nos principaux partenaires commerciaux, de pêche et de bien d'autres choses encore ». La politique de pêche reste un point sensible, l'Islande souhaitant conserver un « contrôle souverain absolu sur ses zones de pêche lucratives », un pilier de son économie. L'avenir de la défense islandaise se jouera donc entre la fidélité à son allié historique et la tentation d'un ancrage européen, tout en préservant ses intérêts nationaux.
Le cas islandais n'est pas isolé. À travers le monde, plusieurs nations, souvent de petite taille ou ayant fait des choix politiques spécifiques après des conflits, dépendent pour leur sécurité du parapluie militaire d'un État tiers ou d'une organisation transnationale. On pense notamment à certains micro-États européens comme Monaco, dont la défense est assurée par la France, ou le Liechtenstein, qui s'appuie sur la Suisse. Des pays comme le Costa Rica, qui a constitutionnellement aboli son armée, comptent sur des accords régionaux et le droit international pour leur sécurité.
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Ces arrangements, bien que parfois stables pendant des décennies, sont de plus en plus scrutés à l'aune des nouvelles réalités géopolitiques. La montée des tensions internationales, la remise en question de l'ordre multilatéral et l'affirmation de nouvelles puissances posent des questions quant à la fiabilité et la pérennité de ces dépendances. À l'instar de l'Islande, ces nations sont confrontées à la nécessité de repenser leur posture stratégique et d'envisager des alternatives pour garantir leur sécurité et leur souveraineté dans un monde en mutation rapide. La réflexion islandaise sur son avenir sécuritaire résonne ainsi comme un avertissement et une source d'inspiration pour tous les « petits Poucets » de la défense mondiale.
(Avec AFP)
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