Durant la campagne présidentielle, Donald Trump avait évoqué la loi biblique du talion pour la réadapter à sa manière : « Œil pour œil, droit de douane pour droit de douane, exactement le même montant. »
CARNET DE CULTURE. C'est la nouvelle mesure commerciale radicale du président Trump : l'imposition à tous les pays du monde de « droits de douane réciproques » sur toutes les marchandises importées aux États-Unis. Problème, cette décision va à l'encontre de certaines règles fondamentales de l'OMC.
🔥 Donald Trump serait-il en train de déclarer sa guerre commerciale à tout le monde... sans aucune exception ?
➡️ Cette nouvelle décision radicale intervient après d'autres mesures annoncées par Donald Trump ces derniers jours : des droits de douane de 10 % supplémentaires sur tous les produits chinois, puis 25 % sur l'aluminium et l'acier de tous les États qui en exportent sur le sol américain. Notamment le Japon, l'Inde, la Corée du Sud ou encore la Chine, premier producteur et exportateur mondial.
➡️ Et l'idée de ce type de taxe n'est clairement pas nouvelle chez le président américain. Durant sa dernière campagne, ce dernier avait évoqué la loi biblique du talion pour la réadapter à sa manière : « Œil pour œil, droit de douane pour droit de douane, exactement le même montant. »
🎙️ La phrase qui... tue
« S'ils nous imposent un droit de douane ou une taxe, on leur impose exactement le même niveau de droit de douane ou de taxe, c'est aussi simple que ça », a déclaré le président républicain hier, pour justifier cette nouvelle mesure choc. Avant d'ajouter, un brin provocateur : « C'est équitable pour tout le monde, donc aucun pays ne pourra se plaindre. »
🤯 « Houston, we've got a problem... », pourquoi ?
Ces droits de douane réciproques sont tout simplement contraires à deux règles fondamentales de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) :
➡️ L'interdiction de pratiquer des tarifs en fonction des partenaires commerciaux, une règle qui, en théorie, permet d'éviter des discriminations économiques.
➡️ Respecter le traitement différencié en fonction du niveau de développement d'un État membre de l'OMC. Un principe qui permet aux pays les plus pauvres de pouvoir commercer plus facilement, avec des conditions d'exportation préférentielles.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
➡️ Plusieurs pays pourraient engager des démarches juridiques auprès de l'OMC. La Chine n'a d'ailleurs pas attendu longtemps : le 5 février, elle a déposé un recours auprès de l'organisation, dans le cadre du « mécanisme de règlement des différends ».
☎️ Quels seront les pays les plus impactés ?
➡️ Hier, un responsable de la Maison-Blanche a expliqué à la presse qu'une revue des disparités commerciales serait lancée, visant tous les pays - « nos rivaux comme la Chine communiste, comme nos alliés de l'Union européenne, le Japon ou la Corée du Sud ». Et que les droits de douane réciproques seraient « personnalisés », en fonction de chaque situation.
➡️ Mais certaines nations devraient être plus impactées que d'autres, à commencer par les pays émergents, à l'instar du Brésil, de la Malaisie, du Vietnam ou de l'Inde. Pourquoi ? Afin de protéger leurs économies, plus faibles que celles des pays occidentaux riches, ces États imposent en général des droits de douane plus élevés que les pays développés. Par ailleurs, leurs exportations dépendent beaucoup du marché américain.
🔎 Mais encore ?
➡️ Pour Narendra Modi, le Premier ministre indien, qui se dit proche de Trump, cette mesure est une vraie déconvenue. L'Inde est en effet une des nations les plus protectionnistes du monde, avec des droits de douane élevés. Elle sera donc particulièrement impactée par cette mesure. Plusieurs fois, le président Trump avait d'ailleurs qualifié l'Inde de « roi des droits de douane », en citant l'exemple des Harley-Davidson lourdement taxées à leur entrée sur le sol indien.
➡️ L'Union européenne est aussi particulièrement visée par ce nouveau décret Trump. En effet, celui-ci cite la « taxe sur la valeur ajoutée » ou (TVA), parmi les « taxes injustes, discriminatoires ou extraterritoriales ». À plusieurs reprises ces derniers mois, le président américain a accusé l'Union européenne d'utiliser la TVA comme « un droit de douane déguisé ».
➡️ Selon lui, celle-ci impose une taxe aux marchandises américaines exportées vers Europe, sans réciprocité des États-Unis. Mais selon les données de la Banque mondiale, Washington applique en réalité en moyenne des droits de douane supérieurs à ceux imposés par les pays européens (2,72 % contre 1,95 %).
🍿 Trump II fait du Trump I : le retour de la « diplomatie transactionnelle »
➡️ Ces mesures commerciales radicales sont le reflet de la seule politique étrangère qui vaille pour Donald Trump : une diplomatie du « deal », unilatérale, à l'avantage exclusif de la souveraineté américaine.
➡️ L'idée est « de créer de l'incertitude pour en faire une tactique de négociation. Mais l'incertitude est une forme d'impôt sur les sociétés », a déclaré hier à l'AFP Jeffrey Schott, chercheur au centre de réflexion Peterson Institute for International Economics.
➡️ Ces taxes sont utilisées pour obtenir d'autres avancées que Trump estime bénéfiques pour son pays. Par exemple, selon Jeffrey Schott : inciter les pays européens à ne pas se positionner sur les ressources minières présentes en Ukraine, ou les pousser à acheter plus de gaz naturel liquéfié américain. Faire baisser le déficit commercial des pays envers les États-Unis passe donc aussi par les obliger à investir davantage sur le sol américain.