Trump-Poutine : une rencontre sans percée en Alaska
latribune.fr
Dans un entretien à Fox News, enregistré juste après la rencontre, Donald Trump a estimé qu'un accord pour mettre fin à la guerre « dépendait vraiment du président » ukrainien.
Donald Trump et Vladimir Poutine se sont séparés vendredi en Alaska sans rien dévoiler d'un possible plan de paix pour l'Ukraine, mais ont multiplié les déclarations engageantes et les gestes amicaux. Le président ukrainien est attendu lundi à la Maison Blanche.
[Article rédigé le samedi 16 juin à 07H16 et mis à jour à 10H35]
La conférence de presse n'aura duré que douze minutes, sans que les journalistes soient autorisés à poser des questions. Donald Trump a parlé d'une réunion « très productive », Vladimir Poutine d'un entretien « constructif », mais rien n'a filtré de leurs trois heures de discussion sur une base militaire de l'Alaska censées jeter les bases d'une paix en Ukraine.
Le président américain, qui aime tant se présenter en négociateur décisif, a assuré, lors de brèves déclarations conjointes, qu'il restait « très peu » de points à régler pour trouver une issue à la guerre déclenchée il y a plus de trois ans par l'invasion russe. « L'un d'entre eux est probablement le plus important », a-t-il ajouté, sans préciser lequel.
« Nous n'y sommes pas, mais nous avons fait des progrès. Il n'y a pas d'accord jusqu'à ce qu'il y ait un accord », a averti Donald Trump, avant de redécoller pour Washington. Les deux dirigeants auront passé au total six heures en Alaska.
Le républicain s'était fixé pour ambition d'organiser rapidement un sommet tripartite avec Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky afin de décrocher un cessez-le-feu. Rien de tout cela n'a été évoqué devant la presse. Il a néanmoins informé samedi le président ukrainien et d'autres dirigeants européens de l'issue de sa rencontre a annoncé une porte-parole de la Commission européenne (encadré). « Le monde est plus sûr qu'hier après le sommet Trump-Poutine », se félicite le président hongrois Viktor Orbán.
Trump renvoie la balle dans le camp ukrainien
Dans un entretien à Fox News, enregistré juste après la rencontre, Donald Trump a estimé qu'un accord pour mettre fin à la guerre « dépendait vraiment du président » ukrainien. Avec Vladimir Poutine, il a adopté un ton nettement plus conciliant qu'avant le sommet, lorsqu'il assurait que le dirigeant russe ne « ferait pas le malin ».
Celui qui menaçait Moscou de « conséquences très graves » a précisé ne plus envisager de mesures immédiates. « Vu comme cela s'est passé aujourd'hui, je ne pense pas que je doive penser à cela maintenant », a-t-il déclaré à Fox News. Le président a dit espérer que « l'entente » trouvée en Alaska apportera « la paix » en Ukraine.
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Un spectaculaire retour sur la scène internationale pour Poutine
Les Européens et Kiev redoutaient que ce sommet ne permette à Vladimir Poutine de manipuler son homologue américain, qui avait évoqué en amont d'éventuelles concessions territoriales. Donald Trump a promis de s'entretenir ensuite avec les dirigeants de l'Otan et avec Volodymyr Zelensky.
Il a aussi évoqué la possibilité d'une nouvelle rencontre avec le président russe. « La prochaine fois à Moscou », a lancé Vladimir Poutine dans un anglais souriant. « J'imagine que cela pourrait arriver », a répondu Donald Trump, amusé.
Avec ce sommet au ton chaleureux, le maître du Kremlin signe un retour remarqué sur la scène internationale, alors que le conflit le plus meurtrier en Europe depuis 1945 se poursuit. Les deux dirigeants ont affiché leur complicité : applaudissements, sourires, poignées de mains et mise en scène militaire sur le tarmac de l'Alaska.
Premier concerné mais grand absent, Volodymyr Zelensky avait déclaré « compter » sur Donald Trump pour mettre un terme au conflit. « Les soldats russes continuent à tuer le jour des négociations », avait-il déploré, tandis que l'armée ukrainienne annonçait vendredi la reprise de six villages occupés par les forces russes. La Russie exige que l'Ukraine lui cède quatre régions partiellement occupées (Donetsk, Lougansk, Zaporijjia et Kherson), en plus de la Crimée annexée en 2014, et qu'elle renonce aux livraisons d'armes occidentales comme à toute adhésion à l'Otan. Des conditions jugées inacceptables par Kiev, qui réclame un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel ainsi que des garanties de sécurité.
On en est loin : l'armée russe, selon l'Ukraine, a lancé 85 drones et un missile sur pendant la nuit de vendredi à samedi, au moment où se tenait le sommet.
Volodymyr Zelensky a annoncé samedi qu'il rencontrerait Donald Trump lundi à Washington pour discuter du règlement du conflit en Ukraine. Sur son compte X, il a affirmé que Donald Trump, lors d'un appel téléphonique, l'avait informé des « principaux points » de sa conversation avec le président russe en Alaska.
« Lundi, je rencontrerai le président Trump à Washington pour discuter de l'ensemble des détails pour mettre fin aux tueries et à la guerre », a déclaré Volodymyr Zelensky, se disant « reconnaissant de l'invitation ». Il a insisté sur l'importance de l'implication européenne « à chaque étape » afin d'apporter des garanties de sécurité fiables aux côtés des États-Unis.
Le chef de l'État ukrainien a précisé avoir parlé environ une heure avec Donald Trump, avant que des dirigeants européens ne rejoignent la conversation. Il a réitéré son souhait d'une rencontre trilatérale avec les présidents américain et russe. « Il est important que la force de l'Amérique ait un impact sur le développement de la situation », a-t-il souligné, évoquant des « signaux positifs venant de la partie américaine » pour fournir à Kiev des garanties de sécurité.