Ukraine : l'économie plombée mais pas coulée
Paul Marion
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Un ouvrier dans une usine d'armement de Kharkiv, le 16 mars.
Reuters
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Un ouvrier dans une usine d'armement de Kharkiv, le 16 mars.
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Comment fait-on tourner une économie sous les bombes ? L'Ukraine, sous le feu russe depuis quinze mois mois, offre un exemple frappant d'« économie de guerre résiliente ».
Pourtant, sur le tableau de bord, tous les voyants sont au rouge. Après avoir enregistré une croissance post-Covid de +3,4% en 2021, le PIB a dégringolé de 29,1% un an plus tard d'après les dernières données publiées jeudi dernier, quand les finances sont au bord du défaut de paiement selon Moody's. La machine économique n'a pourtant pas cassé net sous le choc de la guerre et garde de l'allant.
Dans un pays de 43 millions d'habitants, amputé de 20% de son territoire et privé de millions d'actifs, exilés et ou convoqués sous les drapeaux, les statistiques de croissance et de déficit n'ont plus une grande signification. L'essentiel est ailleurs pour les salariés et les patrons ukrainiens. Lesquels s'emploient à maintenir leurs entreprises debout pour permettre à la Nation de résister.
« En venant travailler, les Ukrainiens ont le sentiment d'être sur le front économique. Nos 2.500 salariés n'hésitent jamais à aller rouvrir les agences reconstruites. L'organisation du travail est même plus efficace depuis la guerre », raconte à La Tribune Carlos de Cordoue, directeur général du Crédit Agricole en Ukraine. Cinq agences de sa filiale ont été détruites, deux sont sous la main de banques russes en territoire occupé, mais le reste du réseau bancaire reste ouvert, quand il n'est pas en réparation comme à Kherson.
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Après avoir quitté Kiev une semaine après l'invasion par l'ultime corridor laissé par les troupes russes, Carlos de Cordoue relativise la chute du PIB au regard de ce que le pays traverse. « Le -30% de croissance correspond aux territoires perdus par l'Ukraine, qui sortent de facto du PIB », tempère-t-il. « Quand on a quitté l'Ukraine, on ne savait même pas si on allait y revenir. On craignait qu'elle devienne une nouvelle Biélorussie. Il y avait une immense interrogation sur l'avenir », se rappelle-t-il. Le dirigeant a regagné le pays dès le mois de mai.
Paul Marion