La liberté, seule garante de la confiance
Propos recueillis par Patrick Cappelli
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Mathieu Laine, entrepreneur et fondateur de la société de conseil Altermind.
Juliette Valtiendas
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Mathieu Laine, entrepreneur et fondateur de la société de conseil Altermind.
Juliette Valtiendas
LA TRIBUNE - Dans l'introduction de votre livre, vous dites que « les valeurs du monde libre sont les garantes autant que les moteurs de la société de confiance ». Pouvez-vous expliquer comment ?
MATHIEU LAINE - Ce que j'ai appelé le monde libre, c'est tout un univers de principes essentiels passés au tamis de l'Histoire et structurant notre destinée. Ces valeurs, ce sont la liberté, la responsabilité, la propriété, la protection de la personne humaine, la séparation des pouvoirs, la sécurité juridique, la démocratie, le pluralisme et la libre confrontation des idées contraires. Elles ont fini par borner efficacement nos vies et sont devenues les piliers de notre développement. Elles sont les garantes autant que les moteurs de ce qu'Alain Peyrefitte a appelé, dans un livre merveilleux, la société de confiance. À l'opposé du matérialisme historique, « le sésame du développement, c'est la personne humaine », nous dit Peyrefitte, et le contexte idéal pour que le plus grand nombre s'émancipe, c'est la confiance accordée à l'initiative personnelle, à la liberté en tant que matrice de création et d'invention, tout en bornant celle-ci grâce à l'État de droit. Toutefois, au fil des siècles, le monde libre est devenu notre quotidien. L'Occident, qui ne représente plus que 12 % de l'humanité, a fini par lui tourner le dos. Ce monde de paix et de prospérité, qui a tant contribué à l'amélioration de nos vies, c'est le nôtre et nous n'y prêtons plus attention. Comme l'air que l'on respire, comme l'eau que l'on boit. Il est urgent de réagir pour sauver le monde libre !
La crise de confiance à l'égard des institutions (politique, médias) se durcit, comme l'a montrée la crise des « gilets jaunes ». Comment y remédier ?
Nourris de ces émotions à jamais mauvaises conseillères que sont la colère, la peur et l'envie, nous défions nos valeurs et lui préférons, c'est vrai, d'autres modèles. Les extrêmes, autrefois cantonnés à des scores non menaçants, se sont nourris de ces élans de frustration. Ce faisant, nous faisons fausse route et nous devons d'abord le démontrer. En prenant du recul, en analysant les données disponibles, on perçoit très vite notre chance immense de vivre dans un monde qui a su s'appuyer sur ces matrices. Nos valeurs essentielles ont réalisé des merveilles en nous offrant objectivement un monde où l'on vit en paix, mieux, plus longtemps, en meilleure santé, où l'on est davantage prospère, moins pauvre et plus en sécurité. S'il fallait d'ailleurs choisir un temps et un lieu où passer notre existence, sans pouvoir décider ni de notre classe sociale, ni du lieu où nous arriverions sur Terre, il serait fou de se prononcer pour une autre époque que la nôtre. Bien plus que renier ces valeurs qui nous ont faits, il nous faut en réalité nous réconcilier avec elles, les redécouvrir, nous les réapproprier. Car ce ne sont pas elles qui nous ont trahi, mais nous qui les avons piétinées. Et pour mieux nous en convaincre, on pourra également décrypter les solutions alternatives... qui finissent toutes par brider la personne humaine au lieu de contribuer à son émancipation.
Propos recueillis par Patrick Cappelli