« Nous sommes à un moment d'incertitude économique extrême » : le débat entre Cécile Béliot (BEL), Maya Atig (FBF) et Sylvie Jehanno (Dalkia)

#REAix2022 . Alors que le monde connaît un choc inédit depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, La Tribune a donné la parole aux grands décideurs de l'économie en direct des Rencontres d'Aix-en-Provence du 8 au 10 juillet. Que pensent les patrons des désordres économiques actuels ? Est-ce la fin de la mondialisation ? Comment faire face au retour de l'inflation qui fait remonter les taux d'intérêt et craindre des tensions sociales ? Comment mener dans le même temps les grandes transitions énergétique, écologique et économique ? Revivez ici la vidéo de l'entretien avec Cécile Béliot, directrice générale de BEL, Maya Atig, directrice générale de la FBF et Sylvie Jehanno, directrice générale de Dalkia, enregistré depuis notre studio installé au cœur du Davos provençal.
Philippe Mabille
(Crédits : DR)

Cécile Béliot, directrice générale de BEL

Le secteur de l'alimentation connaît un tsunami d'inflation. Pour Bel, c'est + 36% sur les matières premières, +37% sur packaging, le doublement des prix du transport maritime. D'où une absolue nécessité d'augmenter les prix. Il n'y a pas d'autre solution, même si pour limiter les hausses, nous travaillons à améliorer la productivité de nos usines. Il faut cesser d'opposer les pauvres des villes qui n'ont pas accès à 3 repas sains par jour et la pauvreté des campagnes. Derrière l'alimentation il y a la santé, la planète, le bien être des agriculteurs et des animaux.

L'enjeu c'est de revaloriser l'alimentation pour donner envie de la payer un peu plus cher. A force de ne parler que de prix, on va tous dans le mur. Si un agriculteur gagne 300 euros à la fin du mois, on peut toujours lui parler de l'avenir de la planète, il ne sera pas en capacité de se transformer. Chez Bel, il y a 5 ans on a demandé à nos éleveurs comment passer en lait de pâturage tournant, comment les aider à être autonome en protéine. Ils nous ont demandé de leur garantir un revenu annuel et d'accorder des primes à la nourriture non OGM, au lait de pâturage. Bel a investi 50 millions d'euros sur 5 ans dans l'amont laitier. C'est la seule façon de faire bouger le système. L'agriculture durable a un coût.

Maya Atig, directrice générale de la FBF

Nous sommes à un moment d'incertitude économique extrême. Tout bouge, mais c'est une énorme incitation à se regarder et à se dire, qui sont mes partenaires pour passer ce moment de manière structurelle. Banques et partenaires financiers sont dans une logique d'accompagnement plus forte que jamais. On gagne toujours à aller voir ses financeurs avant que les difficultés arrivent. Mais les entreprises sont résilientes. Malgré la Crise Covid, la trésorerie de 90% des entreprises s'est améliorée. La dette nette des entreprises avant crise était de 996 milliards, contre 1056 milliards euros aujourd'hui, soit moins de 1% de hausse. Les entreprises sont dans une phase de mobilisation de leurs ressources, d'optimisation, revoient leur modèle pour être résilientes. Elles rentrent avec des forces dans cette crise, et notamment celle de vouloir regarder choses de manière plus partenariale.

Depuis la crise Covid, davantage de particuliers investissent en actions. On note un appétit pour le risque plus rémunérateur que le reste de l'épargne. Les taux du marché immobilier remontent de manière encore limitée. Il sera plus difficile d'emprunter pour certaines personnes, mais la hausse des taux à un impact limité sur les mensualités des ménages. Et ceux qui achètent, fixent le prix de leur logement avec un taux fixe, pour les années qui viennent, ce qui peut avoir un intérêt de protection contre l'inflation.

Sylvie Jehanno, directrice générale de Dalkia

On vit une nouvelle crise liée au conflit en Ukraine. On a des prix de l'énergie dont on rêvait il y quelques temps, quand on disait qu'il fallait accélérer la transition. On demandait une taxe carbone. Là, on a un signal pour accélérer. Dalkia veut accompagner les acteurs à moins consommer. Il y a encore un champ d'économies d'énergie énorme : 2 degrés de moins, c'est 14% d'énergie économisée. Sur les sites industriels, il n'y a que 6% de chaleur produite en énergies renouvelables. La décarbonation de l'industrie est en route. Un exemple : la fonderie d'aluminium Constellium à Issoire dégage beaucoup de chaleur qu'on récupère pour l'injecter dans le chauffage urbain. On décarbone l'industriel et on apporte de la chaleur pour se substituer à des chaudières à énergie fossile.

Le nombre de demandes de raccordement à un réseau à énergie renouvelable a considérablement augmenté. C'est un moyen de réduire la consommation globale de gaz pour les mois à venir. Il va falloir substituer très vite l'énergie fossile, économiser et faire des investissements pour décarboner la chaleur. Les solutions technologiques sont là.

Il faut laisser libre court à l'innovation, utiliser le numérique pour optimiser la sobriété énergétique et il faut des compétences, des techniciens et des ingénieurs.

Philippe Mabille

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