La scène fait penser à un mariage. Ce jeudi soir, à l'Abbaye de Talloires, restaurant gastronomique qui borde le lac d'Annecy, les dirigeants de la droite dînent sous de petits chapiteaux. L'ambiance est joviale. Certains sont sur un petit nuage, peut-être trop. On évite de mentionner l'union à venir entre Les Républicains et la Macronie, précipitée par la désignation de Michel Barnier à Matignon par le chef de l'État. Pour ces deux familles politiques antagonistes, le processus en cours est dur à accepter. Autant se concentrer sur des choses plus simples. Les convives présents en Haute-Savoie, où s'achèvent les journées parlementaires LR, préfèrent fêter la réunion de leurs plus de 170 députés et sénateurs. Leurs relations ont été fluctuantes, souvent pénibles ces dernières années. La perspective de retrouver le pouvoir ressoude les liens.
Beaucoup d'élus ont eu le sentiment qu'en parallèle d'autres noces se jouaient, plus amères : celles du nouveau Premier ministre et de Laurent Wauquiez. Durant le repas, le patron du groupe Droite républicaine à l'Assemblée nationale a fait comme à son habitude. Il est passé de table en table, a flatté les uns et les autres, surjouant sa volonté de recréer du « collectif » et sa satisfaction de voir un proche succéder à Gabriel Attal. Heureux mais moins démonstratifs, Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy - ses homologues du Sénat et du Parlement européen - ont un peu détonné. « C'est toujours pareil, soupire un grognard témoin des agapes, le problème de Laurent, c'est qu'il a tout le temps des arrière-pensées. » Michel Barnier n'était pas là pour en juger. Pris par son marathon de consultations et le délicat agencement de son équipe gouvernementale, le Savoyard a fait un passage express à Annecy. Il n'est resté qu'une heure trente à l'Impérial Palace, où il s'est exprimé devant les troupes LR avant de repartir en avion avec Gérard Larcher. L'avant-veille, dans un entretien accordé au Figaro, le président du Sénat a fait comprendre que les conditions étaient réunies pour que son parti coopère avec l'exécutif. « Il fallait siffler la fin de la récré », décrypte un fidèle du sénateur des Yvelines, visant là les rétifs au sein des Républicains. À commencer par Laurent Wauquiez.